‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 17 sur 134 · LA QUESTION DU DANUBE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU DANUBE

de 1856, après la guerre de Crimée, en vue d'appliquer au Danube et à ses embouchures les principes posés au Congrès de Vienne pour la navigation des fleuves qui séparent ou traversent plusieurs Etats, elle était composée d'un délégué de chacune des puissances signataires du traité de Paris. La durée de ses pouvoirs avait été tout d'abord limitée à deux ans ; ses attributions visaient seulement la partie du Danube comprise entre Isaktcha et la mer. C'était à une Commission riveraine permanente, composée des représentants de l'Autriche, de la Bavière, de la Turquie, du Wurtemberg et de trois commissaires des principautés danubiennes agréés par la Turquie, qu'était dévolue la mission d'élaborer les règlements de navigation et de police fluviale, de faire disparaître les entraves s 'opposant à l'application des dispositions du traité de Vienne, de faire exécuter les travaux nécessaires, et de veiller, après la dissolution de la Commission européenne, au maintien de la navigabilité des embouchures du Danube ef des parties avoisinantes. Or, à la suite de circonstances, assez logiques et naturelles, que nous ne pouvons relater ici, la Commission permanente ne fonctionna jamais que sur le papier, tandis que la Commission européenne provisoire vit encore. Celle-ci se montra entièrement digne de la mission qui lui était confiée. Elle fut aux prises avec bien des difficultés, bien des tiraillements. Mais elle conquit de plus en plus la confiance de ses mandataires, reconnaissants des immenses avantages procurés à la navigation grâce à des travaux conduits, après quelques tâtonnements, avec une méthode rigoureuse, par des ingénieurs de la plus haute intelligence. Elle vécut ainsi, toujours à titre provisoire, jusqu'en 1871. A ce moment, à l'occasion de la suppression dé la neutralisation de la mer Noire, ses pouvoirs furent prolongés par le traité de Londres, du 13 mars 1871,

jusqu'au 24 avril 1883. Au traité de Berlin, ils furent étendus jusqu'à Galatz. La Commission, accrue d'un délégué de la Roumanie, devait donéravant les exercer « en complète indépendance de l'autorité territoriale )>. Le traité de Londres, du 10 mars 1883, les étendit encore jusqu'à Braila et les renouvela pour vingt et un ans, avec prolongation de trois ans en trois ans par tacite reconduction. En 1904, lors de l'expiration de la période de vingt et un ans, en 1907, lors de l'expiration de la première période de trois ans prévue par l'article 2 du traité de 1883, aucune puissance ne fit d'observation. La Commission européenne a donc son existence assurée dans les mêmes conditions jusqu'au 24 avril 1910. Chaque puissance a le droit, un an avant l'expiration de chaque période triennale, de proposer des modifications à la constitution ou aux pouvoirs de la Commission. L'Autriche-Hongrie, comme la Roumanie, aura donc la faculté de faire usage de ce droit dès qu'elle le jugera convenable.

^yr

<«^ éé^^fX^é^ ««^

LA CRISE ORIENTALE

L'ANGLETERRE ET LA REVISION DU TRAITÉ DE BERLIN. — INSINUATIONS ALLEMANDES. — LA BULGARIE ARME.

14 octobre 1908.

LES négociations engagées à Londres semblent en bonne voie. D'après un communiqué officieux du Cabinet britannique, le Foreign Office s'est rendu compte qu'il n'était plus possible de limiter la revision du traité de Berlin aux articles visant la Bulgarie et la Bosnie-Herzégovine. Les événements survenus coup sur coup ces jours derniers ne permettent plus aux puissances de borner leur examen à ces^deux questions. Sir Edward Grey le reconnaît. Il recherche, avec M. Isvolsky, le moyen de dédommager la Turquie du nouveau sacrifice qu'elle serait appelée à consentir. Les dédommagements ne peuvent pas être de nature territoriale ; mais^ il n'est pas impossible d'en trouver d'autres conformes aux intérêts réels et à la dignité de la Porte.

Nous sommes heureux de constater que la note officieuse anglaise relève avec insistance l'intention résolue des trois puissances alliées ou amies, la France, la Russie et l'Angleterre, de marcher entièrement d'accord en Orient. On comprend que, dans des circonstances aussi graves, dans des questions aussi complexes, en présence d'événe-. ments se succédant avec une telle rapidité, une entente

définitive ne puisse s'établir en quelques jours. Elle est à peu près complète, dit la note. C'est assez pour nous rassurer contre les singulières affirmations mises en circulation tout dernièrement. Il pai^ît qu'on avait découvert, on ne sait où, le parallélisme des intérêts de l'Allemagne et de la France en Orient, et que cette révélation venait de s'imposer aux deux pays. Si les personnes qui ont fait cette découverte nourrissent des illusions sur sa portée, elles n'ont qu'à lire la Gazette de Cologne de ce matin. Le grand journal rhénan accueille, avec une joie bien compréhensible, la grande nouvelle et ajoute : « Il ne semble pas qu'un groupement fixe d'autres puissances se soit déjà formé autour d'un programme fixe. Si cela n'est pas encore fait, il serait à désirer que cela n'arrivât pas à l'avenir ». Ce désir, de la part de la Gazette de Cologne^ est bien naturel. Est-ce à nous de nous y conformer ? Dans tous les cas, si une démarche de ce genre devait être faite, il faudrait que les personnes responsables en eussent, après mûres délibérations, pesé toutes les conséquences. Elle mènerait directement, inévitablement, au bouleversement du système politique auquel le président du Conseil et Al. Pichon, comme le pays tout entier, sont fermement attachés.

Quant aux événements eux-mêmes, il ne s'en est heureusement pas produit de nouveaux. La Serbie, toujours effervescente, ne s'est li\^rée à aucun acte irréparable. La Bulgarie accentue son attitude menaçante. Toutefois, il y a une contradiction visible entre les déclarations de ses hommes d'Etat. On répète de tous côtés qu'elle ne peut plus attendre, qu'elle est prête à la guerre, qu'elle ne peut supporter plus longtemps des charges militaires écrasantes. On pourrait en conclure qu'elle va se déclarer. satisfaite après la proclamation de son indépendance, puisque la Turquie ne lui a pas déclaré la guerre et se résigne, eflFec-

LA CRISE ORIENTALE 53

tivement, au fait accompli. Au contraire, la Bulgarie arme plus que jamais : elle veut que son indépendance soit reconnue officiellement sans retard, elle parle de la nécessité de créer une Macédoine autonome. Elle met tous ses soins, depuis longtemps, à donner à tous les voyageurs, à tous les hommes politiques, l'impression qu'elle se trouve acculée à l'obligation de faire quelque chose de grand ou de sombrer dans des convulsions. Le sentiment national bulgare ne serait pas tellement exalté s'il n'était encouragé. Il doit exister des moyens de le calmer.

•%ér\»^\»^"*é^'%é^\é^\é^\»^\ér\éé'\ér\éé'\à^\ér

LE PROGRAMME ANGLO -FRANCO -RUSSE. — LA QUESTION DU DANUBE. — LES SATISFACTIONS POUR LA SERBIE ET LE MONTENEGRO.

15 octobre 1908.

L'entente que nous faisions prévoir hier entre la France, l'Angleterre et la Russie est aujourd'hui réalisée. Les trois puissances, résolues à ne pas se séparer et à traiter d'accord, sans arrière-pensée, toutes les affaires se rattachant, directement ou indirectement, à la question d'Orient, ont élaboré un programme commun. On en lira plus loin les différents articles. Nous nous bornerons aujourd'hui à en dégager le sens général.

En premier lieu, les trois puissances marquent l'intention de ne contester, ni à l'Autriche-Hongrie, ni à la Bulgarie, le bénéfice des faits accomplis. Seulement, elles ne veulent pas se contenter de donner purement et simplement à des actes contraires au droit des gens la sanction légale. Elles considèrent que leur ratification comporte un certain nombre d'engagements corrélatifs : entre autres, l'attribution d'une partie correspondante de la Dette ottomane aux Etats qui se sont approprié une partie de l'empire ottoman. C'est l'équité même. Prévoyant une condition de ce genre, le président du Conseil bulgare, M. Malinof, a déjà pris les devants pour s'insurger contre une pareille prétention.

Il a déclaré que son pays donnerait tout son sang pour acheter son indépendance, mais pas d'argent. M. Paprikof persiste dans le système d'intimidation que nous signalions Hier. Il oublie qu'à la guerre le sang ne coule pas sans qu'il en coûte aussi beaucoup d'argent. Ne vaudrait-il pas mieux donner l'argent en épargnant le sang } Si l'on exigeait une rançon déshonorante, nous comprendrions l'indignation de M. Malinof. Mais, dans l'espèce, il s'agit d'une simple restitution. Le Trésor bulgare pourra en être obéré ; il le serait plus fâcheusement encore par les dépenses d'une guerre où il y aurait, en outre, d'autres risques.

En second lieu, les puissances admettent que l'indépendance bulgare et l'annexion de la Bosnie-Herzégovine ne sont plus seules en jeu. Elles se montrent disposées à reconnaître aussi les faits accomplis en Crète et au Monténégro. Pour la Crète, les quatre puissances protectrices, Angleterre, France, Italie et Russie, s'entendront d'abord avec la Turquie et en référeront ensuite à la Conférence. La Grèce, appelée à bénéficier de l'annexion, sera également appelée à décharger l'Etat suzerain d'une partie de sa dette. En ce qui concerne le Monténégro, on abrogerait, sans exception, les restrictions de souveraineté stipulées dans l'article 29 du. traité de Berlin.

En troisième lieu, les articles 43 à 57, relatifs au Danube, seraient examinés en vue de modifications favorables à l'extension des droits des riverains. Il faut féliciter les trois puissances d'avoir inséré cette clause dans leur programme. Les déclarations du baron d'Aehrenthal sur ce sujet, que nous avons rapportées avant-hier, donnaient à entendre que l'Autriche-Hongrie, d'accord avec « sa grande amie » la Roumanie, avait l'intention de régler les diverses questions qui touchent le Danube, entre

voisins, en dehors des Etats occidentaux. C'est, en effet, une des grandes idées du baron d'Aehrenthal que, TAutriche-Hongrie et la Russie mises à part, les grandes puissances sont des intruses dans l'Orient européen. Comme son journal officieux le lui a fait dire l'autre jour, il croit, sur ce terrain, n'avoir rien à demander. Mais c'est la France, l'Angleterre et l'Italie qui, au prix des plus lourds sacrifices, de sang et d'argent, ont obtenu la liberté de la navigation du Danube." L'Autriche-Hongrie s'est contentée de manger les marrons tirés du feu : la Russie a éprouvé les effets de son désintéressement au Congrès de Paris, en 1856. Nous pensons avoir aussi un mot à dire dans la discussion. Nous nous permettons encore d'élever quelques doutes sur l'agrément et le profit que trouverait la « grande amie )) à régler la question du Danube en tête à tête avec le baron d'Aehrenthal. La Roumanie, en maintes circonstances, n'a eu qu'à se réjouir de l'appui des intruses. Laissée seule en présence de sa grande voisine, elle pourrait avoir des heures difficiles. Ce qui lui est arrivé lors de l'ouverture du canal des Portes de Fer et de l'établissement des péages hongrois est un avertissement. Le premier ministre roumain actuel, M. D. Stourdza, a qualifié lui-même de « déni de justice international » l'application des règlements hongrois. Il est trop attaché à la liberté de navigation du Danube pour s'exposer au même traitement aux embouchures qu'en amont de Turnu-Severin. La vive sympathie que nous éprouvons pour la Roumanie nous fait désirer qu'elle accueille avec satisfaction le vœu exprimé dans le programme des trois puissances.

Le point le plus délicat du programme est le septième. Il vise une rectification év^entuelle des frontières de la Bosnie-Herzégovine et du sandjak de Novi-Bazar en faveur de la Serbie et du Monténégro. Ce serait justice. Mais

il est fort à craindre que, sur ce point, l'Autriche-Hongrie se montre intraitable. Quoi qu'il en soit, la question des satisfactions de la Serbie et du Monténégro est posée. Nous espérons que ces deux pays, dont l'émotion est si légitime, verront là une preuve des bonnes intentions de l'Europe à leur égard et feront l'effort nécessaire, si grand qu'il doive être, pour conserver leur sang-froid.

">ïr

\é*^\t^\ér\àr^ér\é^\ér\t^\ér\é^\»^\ér\ér \m^ \éfwk*\è^\é^\é^\é^\èr^é^\é^%*^\é^\»r\ér\ér\ér

LA CRISE ORIENTALE

[un communiqué anglais. — LA QUESTION DES GROUPEMENTS

Page 1