‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 36 sur 134 · LE DIFFEREND F R A N C O - A L L E M A N D III · texte numérisé non relu

LE DIFFEREND F R A N C O - A L L E M A N D III

la poursuite des déserteurs qui est intervenu dans ce que les Allemands appellent l'exercice de la juridiction consulaire, ou si c'est l'agent consulaire qui s'est immiscé dans l'exercice de l'action réglementaire de nos troupes. Si des torts incontestables avaient été constatés à la charge de militaires français, le Cabinet de Paris n'eût pas hésité à exprimer tous les regrets convenables. Mais comment pourrait-il manifester officiellement ces regrets s'il possède la conviction, que les personnes qu'ils viseraient ont fait simplement leur devoir ? Malgré cette conviction, il s'est déclaré prêt à soumettre toute la question à l'arbitrage et il n'est pas douteux qu'il s'engagera à formuler des regrets, des excuses même, pour le cas où le tribunal arbitral déciderait qu'il doit en être ainsi. Seulement, il lui est impossible de préjuger la décision arbitrale et de blâmer d'avance, implicitement, des agents dont la parfaite correction sera peut-être reconnue plus tardi par les arbitres. A lire les journaux allemands, il est vrai, on ne nous demanderait pas de blâmer m&s officiers ; on reconnaîtrait volontiers qu'ils ne pouvaient guère agir différemment le 25 septembre ; on réclamerait seulement une expression de regrets sur leur attitude à l'égard de l'agent du consulat d'Allemagne. Mais cela ne revient-il pas au même } Le regret n'impliquerait-il pas un blâme } Le gouvernement français nous semble avoir fait preuve, en cette circonstance, de la plus grande bonne volonté. Il ne lui est pas venu à l'esprit de porter la plus légère atteinte à l'honneur allemand. Réciproquement, il est en droit d'attendre qu'à Berlin on tienne un aussi grand compte du point d'honneur français. Nous sommes persuadés que tous les officiers allemands, en conscience, comprennent notre manière de voir.

Mais on a tort de parler de point d'honneur. Il s'agit

simplement d'une bagarre qui relèverait du tribunal correctionnel si elle s'était passée entre particuliers. Dès lors qu'aucun tribunal ordinaire n'est compétent pour se prononcer en l'espèce, il reste à soumettre le cas à la haute juridiction instituée précisément par les représentants de toutes les puissances pour juger les affaires de ce genre. Et qu'on ne dise pas que la Cour internationale de la Haye a été créée pour trancher uniquement les différends d'ordre juridique. Sa compétence n'est pas limitée. Elle peut appeler devant elle les parties, entendre des témoins, comme le feraient des juges ordinaires. D'ailleurs, c'est la procédure qui a déjà été adoptée lors de l'incident de Hull. Le tribunal arbitral chargé de prévenir le conflit qui menaçait de mettre aux prises l'Angleterre et la Russie à l'occasion d'une question de fait, s'est acquitté de sa délicate mission à la satisfaction générale. Aucun regret n'a été demandé, ni exprimé, avant le prononcé de la sentence Rien n'a été préjugé. L'honneur britannique est aussi pointilleux que celui de n'importe quelle autre nation. S'il s'est tenu pour satisfait du mode de règlement de l'incident de Hull, l'honneur allemand peut se contenter d'un règlement analogue pour l'incident de Casablanca.

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L*OBSTINATION DE L'aLLEMAGNE DANS LA QUESTION DES REGRETS CONTINUATION DE LA PRESSION. — LES CONSULS ALLEMANDS. AU MAROC.

6 novembre 1908.

LES négociations relatives à l'affaire de Casablanca sont devenues très actives. A Berlin, M. Cambon s'est longuement entretenu du différend franco-allemand avec M . de Schoen, que son état de santé n'empêche pas de diriger l'Office impérial des Affaires étrangères jusqu'à l'arrivée de M. de Kiderlen-Waechter. A Paris, hier soir, le prince Radolin a discuté avec M. Pichon les points qui sont l'objet du désaccord. D'après les communications officieuses, auxquelles il y a lieu d'ajouter foi, les deux gouvernements ont manifesté un sincère désir de conclure un arrangement honorable pour les deux pays, et, sans quitter leurs positions, ils ont donné tous deux une preuve de leurs sentiments conciliants.

Comme nous le faisait pressentir la dépêche d'hier aprèsmidi de notre correspondant de Berlin, l'Allemagne admet aujourd'hui que l'expression des regrets dont, à son avis, l'incident de Casablanca doit être l'objet antérieurement à la signature du compromis arbitral, soit mutuelle et simultanée de la part des deux pays. Mais* elle persiste à demander que les regrets de la France portent sur l'attitude

des soldats français à l'égard de l'agent consulaire allemand de Casablanca. Elle offre de déclarer en même temps' que cet agent n'a pas agi correctement en délivrant un saufconduit à des légionnaires qu'il n'avait pas le droit de protéger. De son côté, la France est disposée à accepter une formule d'après laquelle les deux gouvernements déclareraient simultanément qu'ils considèrent comme regrettable l'incident du 25 septembre et l'échange de voies de fait qui s'est produit à cette occasion. Cette déclaration pourrait être faite, soit dans le préambule du compromis arbitral, soit dans des conversations concertées entre les ministres des Affaires étrangères et les ambassadeurs des deux pays, soit à la tribune du Parlement.

A première vue, la différence entre les deux points de vue semble réduite à peu de chose. En réalité, elle reste importante. Nous ne pouvons pas encore savoir exactement dans quels termes se sont exprimés M. de Schoen et M. Cambon quand ils ont examiné la question de l'arbitrage et des regrets préalables. Mais il est sûr que le Cabinet de Berlin n'a jamais cru sérieusement que nous accepterions de formuler des regrets qui ne fussent pas mutuels et simultanés. En effet, dans le déplorable incident qui nous divise, une seule chose était certaine et reconnue sans contestation : c'est que le consul d'Allemagne avait prétendu couvrir de sa protection des légionnaires non Allemands et que son drogman avait tenté de soustraire ceux-ci par la force à la poursuite des soldats français. Si des regrets préalables avaient dû être exprimés, il semble bien, en bonne justice, que c'est le consul d'Allemagne qui aurait dû en prendre l'initiative. Toutefois, avec grande raison, nous n'avons pas soulevé cette question. Nous nous sommes cantonnés sur le terrain de l'arbitrage. Nous n'avons rien demandé, et, réciproquement,

nous n'avons rien voulu accepter qui préjugeât la décision des arbitres. Or, la formule de regrets communiquée hier par le gouvernement allemand, tout en étant plus modérée que celles dont on a parlé jusqu'ici sans que la teneur en ait été publiée, continue d'impliquer, au fond, un blâme, ou, si Ton veut, un désaveu de la conduite de nos soldats. Le désaccord ne porte plus que sur un point ; seulement ce point est capital.

Il importe, à ce propos, de prévenir un malentendu. Les lecteurs allemands des journaux de Berlin pourraient croire que la France conteste les droits des agents consulaires d'Allemagne au Maroc. Les articles écrits à leur usage tendent à faire naître l'idée que nous aurions refusé ou refuserions de reconnaître à ces agents le<iroit de protéger leurs nationaux. Il n'en est rien. Ni le gouvernement français, ni le général commandant le corps d'occupation de Casablanca n'ont songé à mettre des entraves à l'exercice régulier des attributions des consuls de n'importe quel pays dans le territoire occupé. La question actuelle est précisément de savoir s'il a été fait de ces attributions un exercice régulier et si nos soldats pouvaient, sans bouger, se laisser arracher de leurs mains les déserteurs qu'ils avaient ressaisis ou laisser échapper ceux qui s'enfuyaient. En exprimant d'avance des regrets au sujet de l'intervention de nos troupes ,^nou s reconnaîtrions par là même que cette intervention était injustifiée. Or, c'est un des points sur lesquels auront à se prononcer les arbitres. Le gouvernement français est donc pleinement autorisé à repousser toute formule de regrets impliquant dans une mesure quelconque un désaveu pour nos marins et nos soldats. Comme nous l'avons déjà dit, et comme il l'a peut-être déjà dit luimême, il n'hésitera pas, la sentence une fois rendue, à exprimer tous les regrets nécessaires, si les arbitres lui don-

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nent tort. Jusque là, il veut que la question resté entière, pour la France comme pour l'Allemagne .

Dans toute cette négociation, M. Pichon, approuvé par tous ses collègues et soutenu par le pays tout entier, a mis autant de soin à ménager l'amour-propre allemand qu'à sauvegarder l'honneur national. Il est allé aussi loin que possible dans la voie de la conciliation. Il a le droit d'espérer que l'Allemagne, à son tour, se décidera à confier a la Cour d'arbitrage, sans réservée, le règlement total d'un conflit, insignifiant en lui-même, que nous n'avons rien fait pour provoquer, et qui n'aurait jamais dû parvenir à ce degré d'acuité.

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LES FORMULES DE REGRETS. — LA NATIONALITÉ DES DÉSERTEURS. ki £s^ L-^ QUESTION DES VOIES DE FAIT.

7 novembre 1908.

LES négociations franco-allemandes n'aboutiront "peutêtre pas aussi rapidement qu'on serait en droit de l'espérer. Les deux gouvernements se sont communiqué les formules de regrets que nous avons mentionnées hier. Conformément à ses instructions, M. Jules Cambon a déclaré que la France n'accepterait pas la formule allemande contenant des regrets séparés et constatant « qu'une atteinte a été portée par des agents du gouvernement français aux prérogatives d'un consul allemand ». Il a ajouté qu'elle adhérerait seulement à une formule générale portant « que les deux gouvernements regrettent l'incident du 25 septembre qui a amené leurs agents à des violences et à des voies de fait ». Afin de permettre au Cabinet de Berlin de se rendre mieux compte de la réalité des faits, M. Pichon a décidé de porter à sa connaissance le rapport de M. Bordé, commissaire spécial de police à Casablanca, sur l'incident du 25 septembre. Le prince de Bulow aurait pu se rallier, sans plus tarder, et sans compromettre en aucune façon la dignité nationale, à la formule française de conci-

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liation. Mais il semble qu'il préfère attendre d'avoir examiné le rapport de M. Bordé. En effet, à l'heure où nous écrivons, aucune réponse n'est arrivée de Berlin. Il eût été désirable pourtant de ne pas laisser plus longtemps l'opinion livrée à l'incertitude.

Dans tous les cas, un examen plus approfondi de l'affaire ne servira qu'à mieux mettre en lumière notre bon droit et notre modération. Nous pouvons, dès aujourd'hui, signaler deux constatations dont l'importance n'échappera à personne. En premier lieu, il vient d'être établi d'une manière irrécusable que, parmi les trois légionnaires déserteurs dont la nationalité allemande paraissait certaine, il y a un Français. On avait eu tout d'abord certains doutes sur l'identité de la personne. Mais il résulte de pièces officielles, dont l'authenticité a été soigneusement contrôlée^ qu'il s'agit bien d'un individu naturalisé français en vertu d'un décret inséré dans le Bulletin des lois du mois de mars de cette année. Ainsi, le consul d'Allemagne à Casablanca a non seulement couvert de sa protection un Autrichien, un Russe et un Suisse, sans y être autorisé par les gouvernements desquels ressortissaient ces trois légionnaires. Il a englobé aussi dans son laisser-passer un citoyen français, dont la véritable nationalité pouvait être facilement connue de ses camarades et de ses chefs puisqu'elle remontait seulement à quelques mois. Comment donc pourrait-on découvrir l'atteinte la plus légère, la plus indirecte, aux prérogatives d'un consul allemand dans le fait d'agents français, militaires ou civils, de s'emparer d'un compatriote déserteur ? Si des agents étrangers ont cru devoir offrir à celui-ci leur protection, c'est à leurs risques et pé" rils et, s'ils ont reçu des coups, on peut dire qu'ils devaient s'y attendre. Le légionnaire en question, il est vrai, est originaire de Strasbourg. Nous ne savons -pas si et jusqu'à

quel point les autorités allemandes pourraient, dans certaines circonstances, le considérer encore comme Allemand. En général, la naturalisation régulièrement acquise à l'étranger fait perdre la nationalité d'origine. Mais, en tout cas, cette revendication ne pourrait s'exercer qu'en territoire allemand. En territoire étranger, au Maroc, dans l'espèce, elle ne serait fondée sous aucun rapport.

En outre, il résulte des témoignages concordants, recueillis immédiatement après l'incident, que les voies de fait sur les personnes accompagnant les déserteurs ont cessé dès que ces personnes ont été reconnues pour être le chancelier et le cawas indigène du consulat d'Allemagne. Elles ne portaient aucun insigne extérieur, aucun vêtement caractéristique de leur qualité officielle. Nos soldats, sur le point de ressaisir les déserteurs, se sont heurtés à des individus qui protestaient. Ils ont commencé par mettre la main sur les fugitifs et ont écouté ensuite les protestations. Quand des agents de la force publique poursuivent un criminel, ils ne s'attardent pas en route à des conversations avec ses avocats.

Le gouvernement français a donc les meilleures, les plus fortes raisons de n'accepter d'avance, sous aucune forme, un blâme quelconque visant, même indirectement, de braves gens qui ont fait simplement leur devoir. Quand on demande à des soldats le sacrifice de leur vie devant l'ennemi, on ne les désavoue pas avant de s'être convaincu qu'ils avaient tort. Actuellement, le gouvernement français a la conviction contraire. Il attend donc, en toute tranquillité, que le gouvernement allemand se rende à l'évidence.

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le rapport bordé. — la manœuvre autrichienne. — la liaison de la question marocaine et de la question d'orient.

8 novembre 1908.

LE gouvernement allemand est en ce moment en possession du rapport Bordé sur Tincident du 25 septembre. Il résulte- de nos informations, concordant d'ailleurs avec celles de plusieurs autres journaux, qu'il se réserve d'examiner ce rapport et de le comparer avec celui du consul d'Allemagne à Casablanca avant de proposer à M. J. Cambon une nouvelle formule de regrets. M. de Kiderlen-Waechter, arrivé à Berlin, continuera les négociations avec l'ambassade de France. Il lui faudra sans doute un jour ou deux pour se mettre exactement au courant de l^afFaire délicate qu'il est appelé à traiter. Ce n'est donc pas avant quelques jours, suivant toute vraisemblance, qu'une solution interviendra. Le chancelier ne sera sans doute pas en mesure de s'expliquer à ce sujet au Reichstag à la séance de mardi. Il convient d'ajouter que son état de santé semble en ce moment préoccuper ses amis.

A en croire les dépêches de Berlin, ce temps d'arrêt ne doit pas être interprété dans un sens défavorable à l'heureuse issue des négociations. Nous le souhaitons très vive-

ment. Toutefois, il faut remarquer la manière tout à fait spéciale dont les dépêches de Berlin exposent la situation. Elles s'attachent à donner l'idée que les deux gouvernements sont presque d'accord, qu'il ne s'agit plus que de trouver une formule sans importance, que l'on ne peut pas envisager l'hypothèse d'un échec des négociations, que le Cabinet de Berlin n'a jamais varié dans ses intentions pacifiques et conciliantes. D'où la conclusion que, si l'accord ne finissait pas par s'établir, la responsabilité en retomberait sur la France, dont les exigences auraient rendu l'entente impossible. C'est le sens très- net qui se dégage des télégrammes adressés de Berlin au Fremdenhlatt et à la Neue Frète Presse, les deux journaux de Vienne les plus officieux. On ne saurait protester trop tôt et trop énergiquement contre cette manœuvre. Dans l'affaire de Casablanca, la France ne demande rien, ne met en avant aucune exigence, ne formule même aucune proposition. On lui a proposé de soumettre le différend à un arbitrage ; elle a accepté. On lui a dit ensuite que l'arbitrage devrait être précédé d'une expression de regrets : regrets de la France d'avoir porté atteinte aux prérogatives d'un consul allemand ; regrets de l'Allemagne que ce consul ait outrepassé ses attributions. La France a répondu qu'elle ne demandait pas qu'on lui exprimât des regrets, mais qu'elle refusait d'en exprimer elle-même tant que le tribunal arbitral n'aurait pas rendu une sentence en ce sens. Alors l'Allemagne a présenté successivement des formules plus ou moins variées dans leur rédaction, mais impliquant toutes des regrets de notre part pour des torts dont nous nions l'existence. Le fait que les regrets seraient mutuels et simultanés ne changerait absolument rien à la situation dès lors qu'ils constitueraient, en ce qui nous concerne, un désaveu préalable de la conduite de nos soldats. Aucun

accord ne sera possible tant que le Cabinet de Berlin n'aura pas définitivement renoncé à mentionner dans la formule de regrets généraux la prétendue atteinte portée aux prérogatives de son consul. Jusque-là, toutes les modifications de rédaction sont parfaitement superflues. Il ne s'agit pas d'une question de forme, mais de fond.

Il faut encore signaler, à titre de curieuse coïncidence, la mise en circulation de nouvelles suggestions sur l'avantage qu'il y aurait à rattacher la question d'Orient à la question marocaine. Au moment où la crise orientale a éclaté, on nous a fait savoir de divers côtés que le moment était venu de parler du Maroc à Berlin : nous étions sûrs de voir nos vœux exaucés si, nous séparant de nos alliés et amis, nous nous entendions avec Vienne et Berlin sur la solution du problème balkanique ; mais surtout, pour mériter les bonnes grâces qu'on daignait nous promettre, il fallait nous garder de nous concerter avec la Russie et l'Angleterre. Ces suggestions, qui ont peut-être impressionné des personnes peu familiarisées avec la stratégie bismarckienne, n'ont pas eu le succès attendu. Alors, les difficultés marocaines, assoupies, se sont réveillées. Ce qui n'était qu'une mesquine question de détail s'est transformé en point d'honneur. Les bureaux de la Wilhelmstrasse, toujours fidèles aux vieilles traditions, ont sorti le spectre de la rupture diplomatique. Après nous avoir laissé le loisir de considérer cet épouvantail dans toute son horreur, ils reviennent à leur idée très chère : entendons-nous avec eux sur l'Orient, abandonnons nos alliés et amis, et le spectre rentrera dans sa boîte... jusqu'à la prochaine occasion. Le retard dans les négociations a pour but de nous donner le temps de bien réfléchir. L'Autriche-Hongrie est là, toute disposée à nous prêter ses bons offices, dont elle ne tarderait pas à nous demander le prix. Guillaume II et

François-Joseph viennent d'avoir à Schœnbrunn une conversation où, sans témérité, Ton peut supposer que ces combinaisons ont été agitées.

Aujourd'hui, comme hier, la question d'Orient reste indépendante de celle du Maroc. En Orient, nous ne recherchons aucun avantage particulier ; nous n'avons donc à payer aucun concours. Au Maroc, nous nous conformons scrupuleusement à nos engagements. Là, comme ailleurs, notre plus vif désir est de vivre en paix, loyalement, avec tous nos voisins, en faisant honneur à notre parole. Nous demandons seulement le bénéfice de la réciprocité.

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M. DE KIDERLEN-WiïlCHTER A LA WILHELMSTRASSE.

9 novembre 1908.

LA situation n^a pas changé depuis hier. M. de Kiderlen-Waechter a pris la direction de l'Office impérial des Affaires étrangères et a rendu à l'ambassadeur de France une visite de courtoisie. M. Cambon lui a exposé la manière de voir du gouvernement français au sujet de l'incident de Casablanca. Cette conversation est restée sans conclusion. Aucun fait nouveau ne s'est produit, aucun élément nouveau n'est intervenu dans les négociations. Le gouvernement français conserve la même attitude. Il attend que le Cabinet de Berlin se rende compte de rinutilité de persister dans une prétention inadmissible. Patient et ferme, conscient de son bon droit, fort de l'approbation du pays, il ne se laissera pas énerver par l'att-ente, ni ébranler par des diversions.

En ce moment, c'est plutôt la presse allemande qui trahit de l'émotion. On trouvera plus loin de longs extraits des articles des journaux de Berlin sur la crise de la chancellerie, sur l'opportunité d'instituer une Commission permanente des Affaires étrangères, sur la nécessité d'apporter des modifications au fonctionnement du régime actuel. Ce

sont là des affaires intérieures. C'est aux Allemands de les discuter. Pour nous, nous devons nous borner à souhaiter que le régime actuel fonctionne désormais ou, s'il est modifié, qu'il soit remanié de manière à permettre entre la France et l'Allemagne l'établissement de rapports réguliers, amicaux et confiants. Nous avons eu trop souvent l'impression que les directeurs responsables de la politique de l'empire cherchaient à exercer sur nous, par des voies détournées, une pression injustifiable, difficilement conciliable avec les assurarfces officielles. Nous serions heureux de pouvoir saluer à Berlin l'inauguration d'un système qui réponde mieux aux intérêts bien entendus comme aux vœux de la population des deux pays. De notre côté, nous sommes allés jusqu'aux extrêmes limites des concessions. Il appartient à l'Allemagne de décider si le moment n'est pas venu pour elle d'entrer dans une nouvelle voie.

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