LE PROGRAMME DU PRINCE DE BULOW
DISCOURS DU CHANCELIER AU REICHSTAG. — LA QUESTION FINANCIÈRE ET L'INVITATION A L'ÉCONOMIE.
20 novembre 1908.
LE Reichstag allemand a éprouvé hier une profonde déception. Il s'attendait à ce que le chancelier lui donnât des explications sur les résultats de l'entretien de Potsdam et dissipât, au moins 'en partie, l'obscurité du communiqué du Moniteur de V Empire. Après les séances historiques du 10 et du 11 novembre, où les représentants de tous les partis et le chancelier lui-même avaient solennellement déclaré que le régime ne pouvait pas fonctionner plus longtemps de la même manière, que l'initiative de l'empereur devait être limitée, il était naturel, il semblait nécessaire que le prince de Bûlow rendît compte de sa mission aux députés de la nation. Il n'en a pas dit un mot. Evidemment les concessions qu'il a rapportées de Potsdam n'ont pas l'importance que certains journaux ont bien voulu leur attribuer. On s'est trop pressé de parler de son triomphe et de la capitulation de Guillaume II. Non seulement l'empereur n'a rien cédé de ses prérogatives, mais il a obtenu qu'on ne les discutât plus. Il a trouvé indécents les discours prononcés le 10 et le 11 novembre et
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les articles des commentateurs. Devant une manifestation aussi grave, encore sous le coup de l'émotion de la mort tragique du chef de son cabinet militaire à Donaueschingen, il a consenti à subir les remontrances, à ratifier les vagues promesses du chancelier. Mais il n'a pas permis que la moindre atteinte constitutionnelle fût portée à son autorité. Il a sans doute exigé qu'il n'en fût plus question au Reichstag. Après avoir fait notifier sa volonté dans le Moniteur^ il considère l'incident comme clos. La continuation de sa confiance au « cher Bernard » est à ce prix. Quand on a crié dans les rues de Berlin « Bûlow reste ! » la population a pu croire un instant que c'était la victoire des idées constitutionnelles. C'est tout au plus un compromis.
Le prince de Bûlow s'est donc contenté hier d'exposer les raisons générales qui militent en faveur de l'adoption des nouveaux impôts d'empire. Sans faire la moindre allusion aux séances de la semaine précédente, il a développé ses idées sur la façon de mettre fin au déficit chronique des finances impériales. Il s'agit de trouver plus de 600 millions de francs de recettes nouvelles. Huit projets de loi, visant huit impôts différents, ont été déposés par le gouvernement. Destinés^ à faire sortir de la bourse du contribuable une somme énorme chaque année, ils soulèveront dans le Reichstag et dans le pays une violente opposition. Tout le monde sera frappé. Le ministre des finances demande les suppléments de ressources qu'il croit indispensables aux impôts directs et indirects, aux consommateurs de bière, d'alcool, de vin et de tabac, à l'usage du gaz et de l'électricité, à la publicité et aux successions. C'est un lourd sacrifice qu'on exige du pays. Il faut, il est vrai, arrêter les emprunts dont le montant total a dépassé 5 milliards depuis trente ans. Il faut rétablir l'équilibre
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d'un budget dont le dernier exercice s'est soldé par un déficit de 500 millions. Mais l'opération sera extrêmement dure. Le chancelier aurait désiré la faciliter en apportant aux députés des satisfactions sur le terrain constitutionnel. Or, il n'a pas été autorisé à faire même des promesses en ce sens. Il a dû se borner à produire des arguments généraux.
Son discours peut se résumer ainsi : l'Allemagne doit être plus forte, plus riche, plus économe. Il veut l'Allemagne plus forte, parce qu'elle inspire, a-t-il dit, plus de respect que de sympathie. Il l'a comparée à un parvenu parmi des Etats jaloux de l'accroissement de sa population, de son expansion économique et de ses forces productives. Il s'est hâté d'ajouter que, suivant lui, ces rivalités s'apaiseraient ou s'atténueraient avec le temps et qu'il n'y avait pas de danger de guerre prochaine ; du sang-froid et de la persévérance parviendront à faire surmonter les difficultés intérieures et extérieures. Mais, dans les temps actuels, pour être fort, il faut être riche. Et il n'y a pas de richesse sans économie.
Le chancelier a tenu à mettre particulièrement en contraste avec les habitudes de dépenses, de luxe, introduites en Allemagne depuis une génération, l'esprit d'économie de la race française. Il a reconnu dans la préparation financière une arme aussi nécessaire à un Etat que la préparation militaire. Il est permis de penser qu'en conviant les classes moyennes et supérieures de son pays à renoncer au luxe superflu pour accumuler les produits de l'épargne, il songeait autant à forger à l'empire un nouvel instrument d'influence dans le monde qu'à combler les déficits du budget. Son admiration pour l'épargne française vient sans doute en grande partie de là. C'est pour nous à la fois un compliment et un avertissement. Notre force mihtaire
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tend malheureusement à décroître, du moins relativement'. Il faut, malgré tout, la maintenir à la hauteur nécessaire. Mais nous devons aussi savoir faire de notre force financière un usage conforme aux grands intérêts nationaux.
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LA CRISE ORIENTALE