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satrice qui a été la grande chimère autrichienne. A Vienne, dans les cercles gouvernementaux, on est toujours resté, malgré certaines apparences contraires, sous l'empire du dogme de la supériorité de la race allemande, de la société germanisée, sur les autres races vivant dans la monarchie. Quand on a songé à faire à celles-ci une place dans le gouvernement, ce n'est point par esprit de justice, dans des vues d'avenir, c'est afin de sortir de difficultés inextricables, avec l'idée de concéder le moins possible.

L'empereur est probablement la personne qui a le plus vite reconnu les vices du système. Dans les dernières années surtout, il semble avoir mis tous ses soins à préparer un état de choses répondant mieux aux grands intérêts de la monarchie. Toute son influence personnelle a été employée à dissiper de vieux préjugés, à calmer les susceptibilités, à mettre en contact, à habituer à vivre ensemble les diverses nationalités. Passant par-dessus des considérations très graves et les résistances d'une partie de son entourage, il a lui-même décidé d'introduire le suffrage universel en Cisleithanie et en Transleithanie. Il a vu dans ce mode de consultation populaire un moyen d'affermir l'unité. Il n'a pas voulu qu'une des nationalités pût se dire sacrifiée dans la représentation nationale. Cette résolution n'a pas été suivie, jusqu'à maintenant du moins, des résultats espérés. En Autriche, la réforme a été réduite à presque rien. En Hongrie, les Magyars ont combiné un mode de scrutin et une répartition des circonscriptions dans des conditions telles qu'il ne peut plus vraiment être question ni de suffrage universel, ni d'élections libres. Les désirs du souverain se sont heurtés à de vieilles passions plus fortes que le sentiment de l'intérêt général.

A l'extérieur, un coup de barre a été donné vers l'inconnu. On nous a reproché d'avoir apprécié trop sévère-

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ment là politique dont le baron d'Aehrenthal est Texécuteur responsable. Nos critiques sont simplement provoquées par le regret de voir l'Autriche abandonner son rôle modérateur et la crainte qu'il en résulte un bouleversement. C'est parce que l'Europe a besoin d'une Autriche forte que nous avons dénoncé, que nous combattons les tentatives de déformation d'une Autriche artificiellement agrandie, désarticulée, fatalement vouée à la dislocation et au démembrement. L'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine fait basculer la monarchie du côté de l'Orient. La poussée vers le sud, vers Salonique, rompt l'équilibre. Les hommes politiques viennois qui voient avec orgueil dans les deux provinces annexées le noyau d'une Grande Serbie autrichienne ne semblent pas s'apercevoir qu'ils pratiquent une politique de suicide. Il y aura peut-être une Grande Serbie au siècle prochain ; mais, si c'est l'Autriche qui l'a faite, elle ne sera plus autrichienne. L'intérêt vital de l 'Autriche-Hongrie est la concentration, non la dispersion.

Dans un livre du plus haut intérêt que M. André Tardieu vient de publier sur « la France et ses alliances y\ notre confrère du Temps vient d'exposer avec autant de clarté que de vigueur les raisons qui ont déterminé la France à s'allier à la Russie, à s'entendre avec l'Angleterre, à conclure des accords méditerranéens. Toutes ces raisons se confondent en une seule : la lutte pour l'équilibre. C'est pour l'équilibre que nous avons combattu à Algésiras, que nous venons de négocier à Berlin ; c'est, comme le dit M. Tardieu, pour maintenir « l'ordre de choses nouveau, qui exprime, par des groupements symétriques de puissances, le besoin de stabilité de la matière internationale ». C'est pour empêcher la destruction de ces groupements, la ruine de ces ententes, que le gouvernement français oppose aux pressions, aux séductions du dehors, une résis-

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tance imperturbable. Quant à nous, la personnalité des ministres étrangers dirigeants est secondaire. Si, comme on l'annonce, le baron d'Aehrenthal doit être créé comte demain, nous le féliciterons bien sincèrement de cette promotion prévue dans la hiérarchie mondaine. Nous n'envisageons que les intérêts d'Etat. Or, c'est un intérêt commun à tous les Etats d'Europe qui veulent la paix, non par l'hégémonie d'une puissance, mais par le maintien de l'équilibre, que l'Autriche reste le pivot du système continental. La Conférence qu'il est question de réunir n'aura de raison d'être que si elle a pour but de rétablir l'équilibre en Orient.

Nous souhaitons que les souvenirs du 2 décembre 1848 inspirent à Vienne de sages déterminations. Personne ne serait plus heureux que nous de voir la vieillesse de l'empereur François-Joseph entourée de l'amour de tous ses sujets et de l'admiration respectueuse de toute l'Europe.

LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE AU REICHSTAG. — La QUESTION DE LA RESPONSABILITÉ DU CHANCELIER.

3 décembre 1908.

UN journal satirique allemand a résumé cette semaine, en six petits dessins, la crise constitutionelle qui, pendant quelques jours, a bouleversé la vie^ nationale. On voit d'abord, sur le sommet d'une colline, un voyageur, ressemblant au prince de Bûlow, qui regarde venir des nuées chargées d'orage. Il paraît rassuré: l'orage n'éclatera pas. Mais les nuées, déchirées d'éclairs, s'avancent menaçantes. Alors le voyageur les adjure de se détourner en leur promettant d'être bien sage. L'orage éclate ; le voyageur effaré implore sa miséricorde et s'écrie : « Mais je serai bien, bien sage! » [Les nuages s'éloignent, le voyageur respire : « Ce n'était donc que ça! » et le soleil triomphant, sous les traits de Guillaume II, resplendit à l'horizon.* La gloire impériale n'a pas encore recouvré son éclat d'antan, mais le seul changement qu'on ait observé dans le fonctionnement des institutions impériales, depuis les retentissantes séances du Reichstag, c'est qu'à l'Hôtel de Ville de Berlin, quand l'empereur a prononcé son allocution à l'occasion du centenaire de l'organisation municipale en Prusse, il a reçu le

manuscrit des mains du chancelier au lieu de le prendre dans sa poche.

Le Reichstag semblait hier sous cette impression quand a commencé la discussion des diverses motions tendant à modifier les rouages constitutionnels. Les radicaux proposaient d'établir la responsabilité effective du chancelier de l'empire, sanctionnée par la création d'une Haute Cour siégeant à Leipzig, chargée de se prononcer sur les mises en accusation votées par le Parlement à la majorité des deux tiers des voix. Jusqu'ici^ aux termes de l'article 17 de la Constitution de l'empire, les lois et ordonnances signées par l'empereur doivent, pour être valables, être contresignées par le chancelier, « qui en assume ainsi la responsabilité ». Ce dernier membre de phrase est actuellement la seule garantie constitutionnelle. Les radicaux veulent le supprimer et stipuler, dans des articles distincts, que le chancelier ou son suppléant est responsable, devant le Parlement, de sa propre administration et de tous les actes de l'empereur qui sont de nature à influer sur la politique intérieure ou extérieure de l'empire^ Le Centre va plus loin. Il demande qu'il soit précisé que la responsabilité des ministres s'étende aux actes de l'empereur qui ne sont pas contresignés, c'est-à-dire à ses actes, discours et écrits ayant un caractère politique. Au nom de ce puissant parti, numériquement le plus fort dans le Reichstag, M. Spahn a spécifié qu'il ne suffisait pas que le chancelier couvrît après coup ce genre de manifestations en déclarant qu'il en prenait la responsabilité. Mais, au point de vue de la procédure, le Centre est plus réservé. Il se borne à proposer de voter une résolution invitant le chancelier à prier les gouvernements confédérés de présenter au Reichstag un projet de loi sur la matière.

De leur côté, les socialistes ont déposé deux motions. La

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première est analogue à celle des radicaux. La seconde a pour objet d'empêcher que la guerre puisse être déclarée sans l'approbation du Reichstag. Une cinquième motion émane des Polonais ; si elle était adoptée, le Reichstag devrait être convoqué d'office dès qu'un tiers de ses membres en aurait fait la demande.

Aucune de ces propositions n'a de chance d'aboutir. Au Reichstag même, malgré l'unanimité et la vivacité des critiques formulées Ife mois dernier, les partis ne sont pas d'accord sur la portée des réformes à introduire et sur la procédure à employer pour les réaliser. Leur indignation, leurs regrets, leurs désirs restent les mêmes. Seulement ils sont un peu abasourdis de l'audace avec laquelle ils les ont exprimés dans l'émotion du premier moment. Encouragés par l'approbation tacite du président, la tristesse des déclarations du chancelier, les récriminations véhémentes de toute la presse, ils s'étaient laissés aller. Aujourd'hui, l'orage est dissipé. Le chancelier et l'empereur se sont ressaisis. La presse officieuse se conforme au mot d'ordre. Les députés se sentent dans une autre atmosphère ; ils ne somment plus, ils prient.

Gomme le chancelier a promis d'être bien sage, il a délégué près de ces Messieurs* du Parlement le secrétaire d'Etat à l'Office impérial de l'intérieur pour leur confirmer ses bonnes intentions. Jusqu'ici, a dit en résumé M. de Bethmann-Hollweg, le Conseil fédéral n'a pas trouvé l'occasion de prendre une décision sur la question de la responsabilité du chancelier au point de vue doctrinal et juridique ; aujourd'hui que les partis ont déposé des motions à ce sujet, les gouvernements confédérés attendront, pour préciser leur attitude, que le Reichstag ait pris des résolutions fermes ; quant à l'empereur, il n'a pas à intervenir, il n'est pas le souverain de l'Allemagne, il est seulement

primus inter pares parmi les souverains des Etats confédérés. M. de Bethmann-Hollweg a négligé un détail. Quoique simplement premier parmi ses égaux, l'empereur d'Allemagne dispose, en qualité de roi de Prusse, de 17 voix au Conseil fédéral. Avec le concours d'autres Etats qui lui sont dévoués, il peut toujours compter sur la majorité. C'est pourquoi les séances de cette haute assemblée font si peu de bruit. On peut donc prédire le sort réservé aux grandes réformes projetées. Elles seront l'objet d'un vote de principe du Reichstag, conçu en termes vagues, et renvoyées pour examen au Conseil fédéral. Elles y resteront longtemps. Pas plus que la Prusse, les autres Etats confédérés, c'est-à-dire leurs gouvernements, ne se soucient de réformes destinées à augmenter l'influence du Parlement d'Empire au détriment de l'autonomie des Etats.

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