L'ITALIE ET RUSSIE DANS LA CRISE ORIENTALE
on pourrait dire : cette mise en scène, M. Giolitti s'est tiré d'affaire. Il peut maintenant s'appuyer sur les manifestations de l'opinion publique pour justifier les précautions militaires que l'Italie croira devoir prendre sur sa frontière du Nord-Est. Il est également fondé à demander à ses deux partenaires la récompense de sa fidélité à l'alliance.
M. Isvolsky saura-t-il évoluer aussi habilement ? Il doit exposer devant la Douma, cette semaine, mercredi probablement, la politique russe en Orient. Il ne se trouvera pas en présence d'une Assemblée de vieux parlementaires comme son collègue d'Italie à Montecitorio, et il n'aura pas à jouer le rôle d'un ministre constitutionnel obligé de rendre des comptes à ses commettants. Néanmoins, tout en n'étant responsable que devant le tsar, il sait que l'irritation provoquée parmi les membres de la Douma par les procédés autrichiens dans les Balkans est partagée dans l'empire par toutes les classes de la population. Depuis son retour en Russie, il a reconnu que ce sentiment général était si fort que le gouvernement, quel qu'il fût, autocratique ou constitutionnel, ne saurait, sans danger, remonter le courant. Il lui faut donc donner à la Douma des explications acceptables de son attitude antérieure et faire des promesses satisfaisantes pour l'avenir. Aussi se préoccupe-t-il déjà de préparer l'opinion. Il vient de faire à ce sujet, au correspondant pétersbourgeois d'un grand journal de Berlin, des confidences caractéristiques. M. Isvolsky lui a déclaré que la Russie n'avait jamais donné son consentement à l'incorporation de la Bosnie-Herzégovine dans la monarchie austro-hongroise, que la solution de la question bosniaque était de la compétence exclusive des puissances signataires du traité de Berlin, et qu'une Conférence européenne peut seule permettre à l'Autriche de
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sortir honorablement de la situation illégale où elle s'est placée.
M. Isvolsky n'a pas cru devoir parler de l'entente italorusse dont M. Tittoni a révélé l'existence vendredi. C'est sans doute que cette entente n'est pas aussi formelle, d'aussi longue portée que le ministre des Affaires étrangères d'Italie avait besoin de le laisser croire à la Chambre. Mais tout fait supposer qu'elle existe réellement et qu'on en verra prochainement des applications partielles. A-t-elle été conclue cet été à Desio et à Racconigi dans des conversations ? A-t-elle été renforcée depuis ? Nous ne pouvons le dire encore. Toujours est-il qu'il est certain que l'Italie et la^Russie sont tombées d'accord, verbalement ou autrement, pour empêcher que le statu qiio balkanique soit modifié au détriment de l'une d'elles. Seulement, elles n'ont peut-être pas défini très clairement ce qu'il fallait entendre par statu qiio. Autrefois déjà, M. Prinetti avait conclu, avec le comte Goluchowski, un arrangement du même genre qui, semble-t-il, se référait plus spécialement à )/ Albanie. Tous ces accords se concilient-ils bien entre eux? Les contractants en comprennent-ils l'application de la même manière } Les événements ne peuvent tarder longtemps à le montrer.
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