‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 56 sur 134 · LE DISCOURS DU PRINCE DE BULOW · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DU PRINCE DE BULOW

Une affirmation aussi catégorique est peut-être un peu hasardée. Le baron de Marschall est-il bien sûr de s'être toujours conformé à ce sage axiome? Son. compatriote et collègue au Monténégro, M. de Pilgrim Baltazzi, ne Ta certainement pas suivi. Quand il a soumis au prince Nicolas, au mois de novembre, un plan destiné à faire de la Tchernagore un Eden alpestre sous le protectorat autrichien, a-t-il donc fait le maître d'école à l'insu de son chef .^ Nous avons déjà posé la question. On s'est bien gardé d'y répondre.

Le prince de Bûlov^ a soulevé un des coins du voile sous lequel s'est accomplie l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. « Nous avons été informés, en même temps que l'Italie et la Russie, a-t-il avoué, de l'intention de l'Autriche-Hongrie de transformer l'occupation en annexion ; mais on ne nous a pas dit quand et comment, et, franchement, j'en suis reconnaissant au Cabinet de Vienne. » Franchement aussi, il a montré bien peu de curiosité au sujet d'une opération constituant une violation formelle du traité conclu à Berlin sous les auspices de son grand prédécesseur. Cette discrétion n'est-elle pas de la complicité ? On l'a cru à Constantinople ; on le croira aussi dans tous les pays où l'on garde le respect du droit. Mais la Russie et l'Italie ont-elles été prévenues en même temps, comme le chancelier l'annonce ? On peut encore en douter. L'archiduc François-Ferdinand a dû confier ses projets à Guillaume II quand il l'a rencontré aux grandes manœuvres d'été. C'est sans doute seulement après cette entente entre l'empereur allemand et l'archiduc héritier que la grande décision a été prise à Vienne. La Russie, dans la personne de M. Isvolsky n'a été mise au courant qu'à Buchlau. Quant à la France, dont le baron d'Aehrenthal escomptait gracieusement les bons offices, on a usé à

son égard de la suprême discrétion : on ne lui a rien dit du tout. Aussi a-t-elle observé la même réserve quand on lui a demandé d'intervenir à Constantinople. N'était-ce pas la meilleure manière de témoigner sa reconnaissance ?

Le chancelier a voulu aussi remercier MM. Tittoni et Giolitti de leurs déclarations sur la Triple Alliance. Il l'a fait en rappelant ce que lui disait le comte Nigra peu de temps avant sa mort, en 1902 : « L'Italie ne peut être que l'alliée ou l'ennemie de l 'Autriche-Hongrie. » Il a terminé par quelques phrases aimables pour l'Angleterre, une nouvelle promesse de fidélité aux alliés et une protestation en faveur de la paix. C'était, en effet, la conclusion naturelle du discours. Maintenant, la parole est à M. Isvolsky.

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