‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 57 sur 134 · LA SITUATION MINISTERIELLE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA SITUATION MINISTERIELLE EN ANGLETERRE

LES DIFFICULTES DU PARTI LIBERAL. — LA RESISTANCE DE LA CHAMBRE DES LORDS. — RETRAIT DE L' « EDUCATION BILL )). — LA QUESTION FINANCIÈRE.

10 décembre 1908.

DEMAIN vendredi, M. Asquith prendra la parole au National Libéral Club dont il sera l'hôte. Depuis longtemps, le Premier anglais n'a pas prononcé de grand discours sur la politique intérieure. Il s'est contenté d'intervenir à la Chambre des Communes au cours de la discussion des différents projets de loi, sans formuler un programme d'ensemble. Or, la situation créée au ministère et au parti libéral par les élections partielles et par l'attitude de la Chambre des Lords est telle aujourd'hui qu'il est indispensable que M. Asquith parle clairement. Arrivé au pouvoir en janvier 1906 avec une majorité de 300 voix à la Chambre des Communes, le parti libéral a subi, depuis cette rentrée triomphale, une série presque ininterrompue d'échecs. Aux élections partielles, presque tous ses candidats ont été battus par des unionistes ; il a perdu plus de 40.000 voix. Au Parlement, ses grandes réformes ont sombré devant la résistance obstinée de la Chambre des Lords. Disposant aux Communes d'une majorité comme aucun autre ministère n'en avait eue, porté au pouvoir par un immense mouvement populaire.

le Cabinet libéral s'est montré impuissant à réaliser le programme sur lequel il avait été élu. Les raisons en sont de diverses sortes. La majorité actuelle est constituée d'éléments hétérogènes coalisés contre les unionistes, mais séparés par de profondes divergences de vues sur des questions de première importance. Les tâtonnements et l'indécision de sir H. Campbell-Bannerman ont encore aggravé ce vice congénital. Soit par faiblesse de caractère, soit par défaut de précision dans l'esprit, l'héritier de Gladstone ne sut pas dégager les données du problème posé devant lui. Pour conserver sous son drapeau tous les corps de troupes qu'il avait menés à la victoire, il s'appliqua à donner successivement satisfaction à chacun d'eux. Seulement, comme leurs desiderata étaient contradictoires, il n'aboutit à rien. Aux non-conformistes, il promit la loi sur l'enseignement ; aux Sociétés de tempérance, la loi sur les tavernes ; aux Irlandais, la loi sur le contrat des terres, VIrish Council billy et la réorganisation des Universités ; aux socialistes, les retraites ouvrières. Or, V Education bill soulevait de profondes répugnances chez les Anglicans ; le Liceming bill touchait à des intérêts privés considérables qui n'étaient pas seulement ceux des conservateurs ; le bill sur les Universités irlandaises exaspérait les non-conformistes. Les Irlandais eux-mêmes repoussaient ^'Irish Council bill, pourtant destiné à leur être agréable ; le 21 mai 1907, la Convention nationaliste réunie à Dublin sommait les députés irlandais de voter contre lui, et les chefs du parti adhéraient à cette décision.

En fait, ce sont les socialistes seuls qui ont reçu satisfaction. Sir Henry Campbell-Bannerman était avec eux en coquetterie réglée. Quoiqu'ils eussent à la Chambre des Communes seulement 54 représentants, répartis en trois groupes distincts, ils ont joué un rôle, sinon prépondérant.

SITUATION iMINISTÉRIELLE EN ANGLETERRE 215

du moins absolument disproportionné avec leur importance réelle. De tous les grands projets de loi figurant sur le programme libéral, les retraites ouvrières seules ont été votées sans encombre. La Chambre des Lords a rejeté la loi sur les tavernes, sans même lui faire l'honneur d'une seconde lecture. Quant à la loi sur l'enseignement, également rejetée par les Lords, le gouvernement avait négocié avec l'archevêque de Canterbury un nouvel arrangement, dans l'espoir de vaincre les répugnances des Anglicans et les résistances de la Chambre Haute. Mais, la semaine dernière, les pourparlers ont été rompus. L'archevêque de Canterbury a informé le ministre de l'Instruction publique, M. Runciman, que l'accord n'était pas possible, et, lundi, M. Asquith a déclaré qu'il retirait V Education bill. C'est pour le Cabinet une grosse déception. Il ne peut pas rester sur ce nouvel échec. S'il veut conserver le pouvoir dans des conditions acceptables, il lui faut absolument ressaisir l'autorité sur les éléments divers dont il se compose et prendre franchement position devant le pays. Autrefois, sir Henry Campbell-Bannerman s'en était pris de ses déboires à la Chambre des Lords, et M. Asquith luimême, alors son second, avait prononcé, le ii décembre 1907, à VEighty Club y un réquisitoire très vif contre elle. Mais ces violences verbales sont stériles. La Chambre Haute se rend parfaitement compte de la situation. Elle sait que les projets qu'elle rejette ont contre eux une bonne partie de l'opinion et qu'elle ne met pas en péril sa propre existence en prenant cette attitude contre les Communes. Si les élections partielles étaient favorables aux libéraux, elle s'inclinerait probablement devant la manifestation de la volonté populaire. Comme elles tournent régulièrement au profit des conservateurs, les Lords ne risquent rien. La menace de nouvelles élections générales n'est pas pour les

2i6 l'europe au jour le jour

effrayer ; une dissolution pourrait bien prononcer la faillite de la majorité libérale actuelle.

Le Cabinet a délibéré hier sur les résolutions qu'il convient de prendre. Il semble qu'il veuille, d'un côté, intimider ses adversaires en les frappant dans leurs intérêts, et, d'un autre côté, se concilier de nouvelles sympathies. Il serait, paraît-il, décidé à augmenter considérablement l'income-tax sur les revenus supérieurs à 125.000 francs, à faire adopter la journée de travail de huit heures dans les mines, et à supprimer les restrictions qui pèsent encore sur les catholiques. Le bruit court que tous les ministres ne s'entendent pas parfaitement sur la conduite à tenir. Les déclaratidlis de M. Asquith au National Libéral Club jetteront probablement un peu de lumière sur la situation. Dans tous les cas, on les attend avec une vive curiosité.

"^ÏT

^*K\éé \*« \é* \é4 \éé \é*'\»r'\éf\éf'\é^\ér\ér\é^\è^\ér\é^\é^\»r\ér\tr\é^\é^\é^\é^\»^\*^\»^\»r\é^

Page 1