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LE MONTENEGRO ET L'AUTRICHE

RECTIFICATION DE M. DE PILGRIM-BALTAZZI. — NOUVELLES INTRIGUES AUTRICHIENNES.

15 décembre 1908.

APRÈS un long silence, M. de Pilgrim-Baltazzi s'est enfin décidé à répondre aux [articles que nous avons publiés sur le rôle qu'il a joué à Cettigné dans la première 'quinzaine du mois de novembre. Après enquête, nous avions confirmé et complété une information du Petit Parisien, d'ajirès laquelle le ministre d'Allemagne au Monténégro avait soumis au prince Nicolas des propositions ayant pour objet de placer la principauté sous le protectorat autrichien. Des avantages matériels divers devaient compenser cette abdication politique. M. de Pilgrim-Baltazzi avait même formulé ses propositions par écrit dans un mémoire resté entre les mains du prince. Il ne pouvait donc nier. Il n'en a pas moins été aussi surpris qu'ému par la publicité imprévue donnée à une démarche évidemment suggérée par Vienne. Le baron d'Aehrenthal sentant le terrain se dérober sous ses pieds avait voulu frapper un grand coup. Toujours dominé par l'idée que l' Autriche-Hongrie est appelée à faire le bonheur des peuples balkaniques, toujours guidé par la maxime dont se sont inspirés tant de ses prédécesseurs : diviser pour régner, il a prétendu transformer le Mon-

tenegro en pays de Cocagne, le séparer de la Serbie, et devenir ainsi le maître de la situation. L'Allemagne lui a prêté son loyal concours. Mais le prince Nicolas n'a pas fait à cette ingénieuse combinaison l'accueil espéré. Il a mis le plan dans sa poche en promettant de l'examiner avec soin. La mise en état de défense des points stratégiques de la Tchernagore et la demande de rétrocession de Spizza ont, été sa réponse.

M. de Pilgrim-Baltazzi s'est trouvé fort ennuyé. Il a tenu à se justifier. Sur sa demande, le Journal officiel du Monténégro vient de publier une note explicative qui a l'intention d'être une rectification et qui est, en réalité, une confirmation. Après avoir mentionné la nouvelle, lancée par la presse parisienne, que le ministre d'Allemagne aurait soumis au« prince Nicolas « un projet, suggéré par Vienne, d'une entente qui ferait du Monténégro une province privilégiée de l 'Autriche-Hongrie », la Note ajoute : « Nous sommes en mesure de déclarer que M. de Pilgrim- Baltazzi, fort apprécié à notre Cour, a avancé en son nom personnel, et au cours d'une conversation tout à fait académique avec le Gospodar, l'idée que le Monténégro aurait tout profit politique et économique à s'entendre amicalement avec l 'Autriche-Hongrie ». N'est-ce pas, en style officiel, ce que nous avons dit nous-même } Est-il un seul homme politique qui puisse croire un instant que le ministre d'Allemagne à Cettigné, s'entretenant avec le chef de l'Etat des solutions de la crise orientale, lui ait parlé seulement en son nom personnel et à titre académique.? M. de Pilgrim-Baltazzi pouvait-il, sans autorisation de son gouvernement, promettre les « profits politiques et économiques » qui devaient être le prix de la tutelle autrichienne ? Le papier laissé entre les mains du prince Nicolas était-il un mémoire destiné à l'Académie de Cettigné } La

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