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LE MONTENEGRO ET LAUTRICHE

note du Journal officiel du Monténégro n'est donc pas un démenti, mais une confirmation. D'ailleurs, elle est immédiatement suivie de l'observation suivante, qui prouve bien que le prince a pris au sérieux les propositions de son interlocuteur : « Cette idée ne saurait être admise à Cettigné, où, jusqu'à l'heure actuelle, on n'a jamais pu réussir à conclure même un traité de commerce avec la puissance voisine. » En effet, si les négociations sur cette question n'ont jamais abouti, c'est que le Cabinet de Vienne ne voulait pas un traité de commerce, mais une union commerciale, prélude de l'union politique.

Le Cabinet de Vienne renonce difficilement aux plans qu'il a conçus, même quand ils ont échoué. Il les reprend sous une autre forme. Depuis quelques jours il fait annoncer que, dans un esprit de conciliation auquel une partie de la presse européenne rend un hommage prématuré, il a résolu de faire aux Etats balkaniques des concessions de nature à les satisfaire. Il voudrait bien consentir à « discuter la concession d'un droit de passage à travers la Bosnie pour un chemin de fer mettant en communication la Serbie avec le Monténégro ». Seulement cette grande concession ne pourrait être discutée qu'après le rétablissement complet du calme dans ces régions. Ainsi, la Serbie et le Monténégro veulent absolument être reliées directement Tune à l'autre par une voie ferrée conduisant à un port sur l'Adriatique, afin d'échapper à la nécessité de faire passer leurs marchandises par le territoire autrichien, où elles sont arrêtées suivant le bon plaisir de Vienne, et le baron d'Aehrenthal fait miroiter à leurs yeux, comme une concession dont la simple promesse doit les faire tenir bien sages, l'ouverture d'une nouvelle voie passant sur le territoire récemment annexé. C'est dans le même esprit de conciliation que le marquis Pallavicini aurait proposé à

Kiamil Pacha de garantir à la Turquie l'intégrité du sandjak de Novi-Bazar et de lui avancer les fonds pour la construction de la ligne de jonction d'Uvac à Mitrovitza» Cette avance constituerait un des avantages financiers que la Porte recevrait en compensation de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. Peut-être même, à titre de témoignage d'amitié à l'égard de la France, dont le concours dans les affaires d'Orient est si apprécié au Ballplatz, offrirait-on au Marché de Paris de faire des placements d'argent dans ces deux opérations. On attend avec impatience de savoir ce que pense M. Isvolsky des négociations en cours.

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