‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 62 sur 134 · LE PARLEMENT OTTOMAN · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT OTTOMAN

LES ÉLECTIONS A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — LES JeUNES- TURCS ET LES LIBÉRAUX. — QUELQUES NOMINATIONS.

17 décembre 1908.

LE Parlement ottoman s'ouvre aujourd'hui jeudi à Constantinople. Il se réunira au ministère de la justice, dans la salle où a siégé, en 1877, le Parlement convoqué par Midhat Pacha. On ne sait encore de combien de membres se composera la Chambre des députés, combien pourront assister ,à la séance d'ouverture, entre quels groupes ils se répartissent. Les élections générales viennent d'être terminées il y a quelques jours à peine et les nouveaux députés n'ont pas eu tous le temps matériel de se rendre à Constantinople. Quant au Sénat, il a été constitué hier seulement. Le sultan, usant de la prérogative que lui confère la Constitution, a désigné, pour siéger à la Chambre Haute, trente-neuf personnes parmi lesquelles se trouvent la plupart des ministres, de hauts fonctionnaires, quatre Grecs, quatre Arméniens, un Bulgare et un Roumain. Il faut y ajouter les trois sénateurs inamovibles survivants du premier Parlement : Saïd Pacha, l'ancien grand- vizir ; Aristarchi Efïendi, grand logothète du patriarcat grec, et l'Arménien Abraham Pacha qui, paraît-il, n'a cessé de porter le titre de sénateur depuis 1877. Ces trois vénérables

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personnages sont seuls à former le trait-d'union entre l'ancien et le nouveau Parlement.

Lès élections à la Chambre des députés se sont faites dans des conditions anormales. La Constitution prescrit qu'il doit y avoir un député par 50.000 habitants mâles. Mais aucun recensement n'a jamais été fait dans l'empire. Il n'existe aucune statistique permettant d'évaluer à peu près exactement le nombre des habitants. Dans un grand nombre de villages, le dénombrement a pu se faire sans trop de difficultés . Dans les villes, on n'avait ni listes de recrutement, ni listes de contributions, pour dresser des listes d'électeurs. Les registres de l'impôt foncier n'ont même pas pu servir utilement, car l'impôt foncier était perçu jusqu'ici avec une irrégularité et une fantaisie déconcertantes. Les membres des communautés chrétiennes et israélites sont peut-être les seuls dont le nombre pouvait être établi avec une exactitude approximative. Encore a-t-il fallu que les chefs de ces communautés procédassent en toute bonne foi à la confection de leurs listes, et l'on sait quelle âpreté mettent certains d'entre eux à grossir artificiellement le chiffre de leurs ouailles. La tâche des municipalités était vraiment surhumaine. On a vu, affichées sur les murs de Constantinople, des listes de 25.000 noms parmi lesquels chacun devait se retrouver. Le suffrage à deux degrés a encore compliqué les opérations. Jusqu'au dernier moment, le gouvernement lui-même n'a pas su combien de députés se présenteraient aujourd'hui pour siéger. Il avait d'abord pensé à les réunir au palais de Dolma-Bagtché. On avait même un instant agité l'idée d'inaugurer les séances sous la coupole de Sainte-Sophie. Quel spectacle eût offert la basilique byzantine! On s'est finalement décidé pour le ministère de la justice, quoique l'ancienne salle des séances soit beaucoup trop exiguë.

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