LE DISCOURS DU TRÔNE OTTOMAN
que ses relations avec tous les Etats sont excellentes. Il n'y a pas un seul mot dont puisse s'offusquer l'empereur François-Joseph ou le roi Ferdinand. Le discours se borne à exprimer l'espoir qu'avec l'assistance des grandes puissances amies les questions politiques en discussion seront résolues. Nous nous associons de grand cœur à ce vœu. Déjà les négociations entre la Porte et la Bulgarie ont fait des progrès sensibles. On a de sérieuses raisons de croire qu'elles pourront aboutir assez prochainement si des influences extérieures ne s'interposent pas entre les deux parties. Avec l' Autriche-Hongrie, les pourparlers viennent seulement de commencer. Ils sont encore enveloppés d'un certain mystère. Le marquis Pallavicini s'est déclaré prêt à négocier, sans se dire autorisé à formuler des propositions. Il sonde le terrain. Il voit venir. Il fait miroiter des concessions éventuelles que certaines contre-parties, soigneusement réservées, réduiraient facilement à zéro. Si le Cabinet de Vienne montrait autant de sens politique que celui de Constantinople, la paix ne courrait plus aucun risque d'être troublée.
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LA CRISE ORIENTALE
LA REPONSE RUSSE A LA NOTE AUTRICHIENNE. — LE BOYCOTTAGE OTTOMAN. — LA QUESTION DE L'INDEMNITÉ A LA TURQUIE.
21 décembre 1908.
LE Gouvernement russe a expédié à Vienne, dans le courant de la semaine passée, sa réponse à la note autrichienne sur les affaires d'Orient. La réponse a été tenue aussi secrète que la note. Les Cabinets de Pétersbourg et de Vienne semblent aussi désireux l'un que l'autre de poursuivre leurs négociations dans une obscurité discrète. Ils ne mettent aucune hâte à communiquer à leurs amis et alliés le résultat de leurs conversations. Ils n'attendent plus rien de bon de la publicité. Ils reviennent aux vieilles méthodes. Les chancelleries échangent entre elles des papiers mystérieux. On ne sait encore si ce retour à la discrétion professionnelle, succédant à l'abondance de déclarations diplomatiques dans les premiers temps de la crise, est un signe de l'amélioration de la situation générale ou si elle dissimule simplement l'embarras des diplomates.
Malgré l'incertitude qui règne sur les véritables dispositions des gouvernements, il y a de bonnes raisons de croire que la crise orientale se trouve actuellement dans l'état que voici. Le baron d'Aehrenthal a bien proposé à M. Isvolsky, comme nous l'avions fait pressentir, que les
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puissances signataires du traité de Berlin renoncent provisoirement à la réunion d'une Conférence et traitent séparément avec le Cabinet de Vienne la question de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. Il a exprimé le désir qu'il soit tout d'abord conclu avec lui des ententes séparées dont la Conférence serait ensuite appelée à prendre acte. Nous ne pouvons que renouveler les protestations contre cette procédure anormale. Autant il est utile et naturel que des pourparlers sérieux précèdent la Conférence, autant il est abusif de prétendre placer les plénipotentiaires en présence d'actes séparés déjà signés. Les décisions ainsi enregistrées n'auraient aucune autorité vis-à-vis des Etats non signataires du traité de Berlin, du sort desquels il s'agit précisément. Elles auraient plus de chances de déchaîner la guerre que de la prévenir. Les diplomates ne doivent plus se faire d'illusion sur la valeur intrinsèque de leurs protocoles. Ceux-ci pèseront juste autant que des feuilles de papier s'ils ne stipulent pas des condition équitables. Pour que la crise se dénoue pacifiquement, il faut qu'elle reçoive des solutions acceptées, non pas imposées. Or, il ne paraît pas que ce soit le but auquel tende le baron d'Aehrenthal. L'auteur responsable du bouleversement balkanique se préoccupe avant tout de faire cesser le boycottage des marchandises austro-hongroises en Turquie. Délivré de ce cauchemar, il compte ensuite avoir assez facilement raison des objections des grandes puissances. Quant aux petites, le sort qui leur est réservé apparaît clairement dans la déclaration d'une « haute personnalité » du monde politique viennois à l'un de nos confrères : « Quoi qu'il arrive, il est à peu près certain que, si l'Autriche est obligée de faire la guerre à la Serbie, le conflit restera localisé ». La localisation du conflit avec la Serbie, voilà bien, en eflPet, le dernier mot de la politique hardie
inaugurée par le baron d'Aehrenthal. Toutefois, cette localisation n'est pas aussi certaine qu'on se l'imagine au Ballplatz. En dépit des combinaisons des diplomates, les hostilités contre la Serbie isolée ne tarderaient pas à provoquer dans le monde slave, en Russie particulièrement, une telle émotion que les gouvernements les plus pacifiques devraient céder à la pression populaire.
L'attitude du peuple ottoman est une leçon pour les gouvernements. Les Jeunes-Turcs ont percé [sans peine les plans de Vienne. Ils ont catégoriquement refusé de mettre fin au boycottage tant que leur pays n'aurait pas reçu satisfaction. La Forte a donné toutes les instructions nécessaires pour que les autorités ne participent sous aucune forme à ces représailles pacifiques. Mais, le voulûtelle, elle ne pourrait pas forcer la volonté de la population. Le marquis Pallavicini, qui ne parle plus de quitter les rives du Bosphore, a donc dû sortir des généralités, des protestations banales de bonne volonté, et aborder les questions sérieuses. Il reconnaît, en principe, le droit de la Turquie à une compensation pécuniaire pour la perte définitive de deux de ses provinces. On commence à parler de chiffres. On dit que Kiamil Pacha a demandé d'abord 125 millions, puis 75 seulement. Tout en refusant de prendre à sa charge une part quelconque de la Dette ottomane, l'Autriche se dit prête à faire un sacrifice de quelques dizaines de millions. S'il s'agit d'une somme nette, la conversation peut continuer utilement. S'il fallait en déduire le montant d'indemnités pour les frais occasionnés par les réfugiés bosniaques après 1876 et pour les dommages subis par le commerce austro-hongrois par suite du boycottage, les négociations de Constantinople ne seraient plus qu'un leurre, destiné à amuser la Porte pendant la session du Parlement ottoman.
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