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LE DISCOURS DE M. ISVOLSKY

L*ACCORD RUSSO-ANGLAIS EN PERSE. — L'aLLIANCE FRANCO- RUSSE. — LE RAPPROCHEMENT AVEC L'ItALIE. — LA QUESTION BOSNIAQUE. — LA SOLIDARITÉ DES ETATS BALKANIQUES.

26 décembre 1908.

LE ministre des Affaires étrangères de Russie a prononcé hier à la Douma un discours qui complète sa dépêche circulaire du 19 décembre. Il a commencé par dire que c'était avec l'autorisation spéciale du tsar qu'il allait parler de la politique extérieure du pays. Le discours emprunte à cette déclaration un caractère particulier. Ce n'est pas une œuvre de polémique, ni une défense personnelle, mais un exposé officiel, avec toutes les nuances et les réserves que comporte ce genre de littérature oratoire. Avant d'aborder les questions balkaniques, M. Isvolsky a voulu préciser quelques points spéciaux de la politique russe. Il a tout d'abord exprimé l'avis qu'aucune complication n'était à craindre du côté du Pacifique. Puis il a dissipé tous les malentendus que, dans certains milieux, on s'attachait à créer au sujet de la Perse. Il a très nettement affirmé que, dans les affaires de Perse, l'action de la Russie était et resterait en complète harmonie avec celle de l'Angleterre. Trop de personnes étaient désireuses de voir 4a politique brouillonne du chah devenir une cause de mésintelligence entre Londres et Pétersbourg pour que cette constatatioi?

ne fût pas superflue. M. Isvolsky a parlé ensuite de l'alliance franco-russe dans les meilleurs termes. En observant qu'elle n'était pas dirigée contre l'Allemagne, ni contre aucune autre puissance, il n'a fait que répéter ce que M. Pichon a dit lui-même à maintes reprises à la tribune. Il a tenu aussi à faire ressortir l'importance du rapprochement avec l'Italie, dans la conviction que ce rapprochement « facilitera beaucoup une solution pacifique et équitable des importantes questions actuellement en suspens ». Ce sont à peu près les mêmes expressions dont s'est servi M. Tittoni devant la Chambre des députés italienne. Ces explications préliminaires ont été suivies de la déclaration que la Russie, tout en ayant besoin de recueillement et de paix, constituait toujours un facteur important de l'équilibre européen et ne pouvait renoncer à son rôle de grande puissance européenne.

C'est de cet esprit que le Cabinet de Pétersbourg s'est inspiré dans la question d'Orient. M. Isvolsky n'a pas voulu cacher à la Douma que la Russie n'avait pas les mains entièrement libres dans les Balkans. Il a parlé « d'engagements préalablement assumés », des conventions de 1877 et de 1878 et d'une série de conventions diplomatiques ultérieures qui ne lui permettaient pas d'opposer à l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine une protestation efficace. Mais, a-t-il aussitôt ajouté, dès lors qu'une des puissances signataires du traité de Berlin s'est décidée à provoquer la modification d'un de ses articles, la Russie a l'obligation morale de signaler les autres articles qui constituent une gêne, non seulement pour elle, mais surtout pour les Etats balkaniques et la Turquie. L'ancien état de droit a été détruit par des actes qui lui ont substitué un état de fait. Pas plus en Bosnie-Herzégovine qu'en Bulgarie, la Russie ne veut porter atteinte au nouvel état de fait. Mais elle juge

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