‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 68 sur 134 · LE DISCOURS DE M ISVOLSKY · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DE M ISVOLSKY

indispensable l'établissement d'un nouvel état de droit tenant compte des intérêts légitimes de toutes les parties. C'est une Conférence qui doit être chargée de cette mission. C'est à sa réunion que la Russie a travaillé pendant ces derniers mois, en parfait accord avec la France, l'Angleterre et l'Italie.

La situation générale est ainsi clairement définie. La Russie — pas plus que la France, d'ailleurs, ou toute autre puissance signataire du traité de Berlin — ne dispute la Bosnie et l'Herzégovine à T Autriche-Hongrie. Seulement, l'annexion définitive de ces deux provinces implique le remaniement d'autres clauses du traité de Berlin, notamment de celles qui touchent la Bulgarie, la Serbie et le Monténégro. Pour la Bulgarie, M. Isvolsky a eu un mot un peu amer, preuve de la grande tristesse éprouvée par beaucoup de Russes à voir les Slaves émancipés en 1878 proclamer leur indépendance à Tinsu de la puissance libératrice. Toutefois, il n'a pas hésité à promettre aux Bulgares toute sa sympathie, subordonnée à la condition qu'ils resteraient solidaires des autres Etats balkaniques. C'est là, en effet, le nœud de la situation. Depuis longtemps, la Russie a renoncé à tout agrandissement territorial dans les Balkans. Elle désire sincèrement se faire une amie de sa vieille ennemie la Turquie. Elle souhaite bonheur et prospérité aux Etats constitués avec les anciennes provinces ottomanes. Mais elle ne veut pas que son désintéressement se retourne contre elle. Grande puissance slave, elle nourrit pour les petits Etats slaves de chaudes sympathies qu'elle désire réciproques. Si la Bulgarie, cédant à des pressions extérieures ou à de mauvaises inspirations, séparait ses intérêts de ceux de la Serbie et du Monténégro, elle risquerait de trouver contre elle, à Constantinople, toute l'influence de Pétersbourg.

En somme, toute la politique orientale de la Russie apparaît dans la fin du discours de M. Isvolsky : c'est la solidarité des Etats balkaniques et leur entente étroite avec la Turquie. Si modéré au fond, si courtois dans la forme que soit ce discours, il n'en est pas moins une profession de foi très nette, et c'est pour cela que la Douma l'a salué d'applaudissements unaninies. Malgré son amour et son besoin de la paix, le gouvernement russe — et avec lui le peuple russe — ne tolérera pas que l'indépendance des peuples slaves libérés grâce à lui soit violée. Il ne renie pas ses engagements antérieurs contractés à une époque troublée. Mais il n'ira pas au delà. L'annexion de la Bosnie- Herzégovine doit être une conclusion et non pas une préface. C'est à stipuler des garanties en ce sens que doit servir l'échange de vues préalable auquel l'Europe est aujourd'hui conviée.

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