L'INCIDENT AUSTRO-SERBE
l'incident du discours MILOVANOVITCH.'^^ — RECTIFICATION DE M. MILOVANOVITCH."
6 janvier 1909.
IL y a lieu de croire que l'incident "créé entre l'Autriche et la Serbie par le discours de M.Milovanovitch est sur le point d'être clos. Le prétexte impatiemment attendu par les partisans de la grande politique autrichienne ne se présente plus assez bien. La lecture des dépêches de certaines agences leur avait donné un moment d'espoir. Certains des propos attribués au ministre des Affaires étrangères de Serbie leur semblaient propres à provoquer un conflit. L'organe du Ballplatz déclarait déjà que la patience de l 'Autriche-Hongrie était à bout. Le comte Forgasch était chargé de demander des explications à Belgrade. Le Cabinet serbe, solidaire de M. Milovanovitch, était mis en demeure de se donner un démenti et de se courber devant les remontrances autrichiennes ou de refuser satisfaction et de fournir ainsi l'occasion tant désirée par certains.
Les explications demandées n'ont abouti à aucun de ces deux résultats. Comme nous le faisions prévoir dès hier, il paraît aujourd'hui bien établi que le résumé du discours incriminé, télégraphié en allemand à Vienne et de là aux autres cap^.tales de l'Europe par une agence locale,
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n'était pas exact. Cette traduction était une trahison. Il est caractéristique que, sans avoir entendu lui-même les déclarations de M. Milovanovitch et sans attendre d'en avoir le texte sous les yeux, le ministre d'Autriche-Hongrie à Belgrade ait immédiatement formulé une réclamation. Cet empressement, ou plutôt cette précipitation, à un moment où la moindre imprudence peut mettre le feu aux Balkans, donne la mesure de l'esprit de conciliation du baron d'Aehrenthal. L'opinion publique austro-hongroise, considérablement refroidie par les mécomptes qui ont suivi l'incorporation ostentatoire de la Bosnie et de l'Herzégovine, avait besoin d'être réchauffée. Les « insolences » serbes venaient à point pour cela. En même temps, elles détourneraient de la Serbie les sympathies de l'Europe. Le coup a failli réussir. Les télégrammes jouent aujourd'hui un tel rôle dans la politique, l'opinion publique se forme si rapidement, avec une telle absence de contrôle, qu'une dépêche tendancieuse, lancée au bon moment, peut produire des effets incalculables. Il y en a de sinistres exemples. Dans le cas particulier, la version du discours de M. Milovanovitch transmise par les premiers télégrammes a produit tout d'abord une impression pénible. Les personnes qui ne connaissaient pas personnellement la grande prudence de ce ministre pouvaient croire, en effet, qu'il avait cédé à l'exaltation irréfléchie des chauvins et que^ repris par le courant populaire à son retour à Belgrade, il s'était laissé aller à prononcer devant la Skpouchtina des paroles dont les ennemis de son pays pouvaient faire des
griefs.
Heureusement, il n'en était rien. M. Milovanovitch a déclaré au comte Forgasch que son discours avait été inexactement transmis par les agences et qu'il n'assumait de responsabilité que pour le texte officiel. Or, contraire-
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ment à ce qui se passe dans la plupart des pays parlementaires, les discours prononcés à la Skoupchtina ne sont pas reproduits in extenso dès le lendemain des séances. M. Milovanovitch est complètement dans son droit en n'acceptant pas la responsabilité des résumés ou des comptes rendus publiés par des tiers. Il nie s'être servi des expressions jugées blessantes par le Cabinet de Vienne. Au lieu de la phrase : « La première démarche de l'Autriche dans les Balkans a consisté à transformer en esclaves deux provinces serbes », il prétend avoir dit : « L 'Autriche - Hongrie a pris possession de deux provinces habitées par les Serbes. » Quant aux phrases : « Il faut que l'Autriche- Hongrie cesse d'être un Etat balkanique... autrement il ne reste au peuple serbe qu'une guerre d'exaspération qui décidera de sa vie ou de sa mort », elles auraient été travesties. Le ministre aurait simplement affirmé que la frontière de droit entre l 'Autriche-Hongrie et les Balkans était constituée par la Save et le Danube et que la Bosnie-Herzégovine devait être appelée à jouir de l'autonomie. La première affirmation ne peut être incriminée ; elle est conforme aux stipulations du traité de Berlin qui, à notre connaissance, n'ont pas encore été abrogées. La seconde est une opinion sujette à discussion, mais qui n'a rien d'injurieux. Tant que les puissances signataires du traité de Berlin n'auront pas ratifié l'annexion des deux provinces occupées, il sera permis à tous les intéressés de proposer des solutions à leur sujet.
Il faut retirer une leçon de cet incident. C'est que, tant que la crise orientale restera à l'état aigu, les ministres responsables, dans tous les pays, devront soigneusement peser les paroles qu'ils prononcent en public, et se garder de toute expression pouvant être mal interprétée. Les hommes d'Etat serbes, en particulier, ne sauraient être trop pru-
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dents. La sauvegarde de leur pays n'est pas dans l'enthousiasme populaire soulevé par des mouvements oratoires, mais dans les sympathies que leur cause inspire à l'Europe. Ils s'aliéneraient cette sympathie en quittant l'attitude qu'ils ont su garder jusqu'ici.
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OFFRE d'indemnité DE l'aUTRICHE A LA TURQUIE. — LA QUESTION DE LA DETTE OTTOMANE.
10 janvier 1909.
POUR la première fois depuis que l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine a rouvert la question d'Orient, l'Autriche vient de faire un pas dans la voie des concessions effectives. Les prétendues satisfactions qu'elle avait offertes à la Turquie dans les derniers jours de 1908 étaient des attrape-nigauds. Elles étaient purement illusoires, comme l'abandon du protectorat sur les catholiques d'Albanie, protectorat que la Porte n'a jamais reconnu et qui ne s'est jamais manifesté que par le versement de subventions aux catholiques jugés par le Ballplatz aptes à soutenir l'influence austro-hongroise en Albanie. Ou bien, comme l'augmentation des droits de douane, elles dépendaient du consentement des autres puissances, dont le commerce devait faire les frais de l'opération. Cette fois, le Cabinet de Vienne -s'est enfin décidé à consentir un sacrifice qu'il serait seul à supporter. Il a envoyé au marquis Pallavicini des instructions lui prescrivant d'offrir à la Sublime-Porte une somme de deux millions et demi de livres turques, soit de cinquante-sept millions de francs environ.