LES NÉGOCIATIONS AUSTRO-TURQUES
Cette somme, déclare le Fremdenblatt d'hier, serait ' nette. Il n'en serait rien déduit à titre d'indemnité aux négociants et industriels victimes du boycottage. Elle serait payée comptant. L'Autriche-Hongrie, il est vrai, persiste à refuser de prendre à sa charge une part quelconque de la Dette publique ottomane. Elle n'admet pas que la Bosnie et l'Herzégovine passent en sa possession grevées d'une part de cette dette. Ce refus, croyons-nous, est inique. En effet, l'incorporation des deux provinces occupées à la monarchie dualiste n'a pas eu lieu par droit de conquête, à la suite d'une guerre victorieuse, exploitée par le vainqueur en vertu du droit du plus fort. Exécutée en pleine paix, elle constitue une spoliation dans toute la force du terme. A défaut de tribunal en mesure de lui faire rendre justice, le propriétaire dépouillé peut, pour diverses raisons, ne pas recourir à la force. Mais il a le droit d'exiger du spoliateur, obligé par les circonstances à lui demander la reconnaissance des faits accomplis, le remboursement des charges dont était grevée sa propriété. Et, parmi ces charges, «se trouve incontestablement une portion de la dette publique correspondant aux facultés contributives des pays détachés de l'empire. Le Cabinet de Vienne ne veut pas se placer à ce point de Yut. Il consent uniquement à payer à la Turquie une indemnité pour l'ancien domaine public, pour les anciennes propriétés d'Etat en Bosnie et en Herzégovine. En vérité, ce n'est pas là une compensation, mais seulement une restitution. Toutefois, la proposition du marquis Pallavicini a une importance qu'il ne faut pas déprécier. Elle constitue au moins une base de discussion.
Si l'on s'en tenait aux termes de la note publiée par le Fremdenblatt, la discussion risquerait fort de ne pas aboutir à une entente. L'organe de la chancellerie du Ballplatz
déclare que le chiffre proposé est définitif, qu'il doit être accepté tel quel ou refusé net. Cela semble être une sorte d'ultimatum. Nous pensons plutôt que c'est un langage de circonstance. Il appartient aux Turcs de décider s'ils peuvent renoncer au principe de la participation de l'Autriche-Hongrie à leur dette publique, et nous croyons que leur esprit de conciliation peut aller jusque-là si leur adversaire leur donne des preuves indiscutables de sa loyauté. Mais, s'ils abandonnent ce terrain, le Cabinet de Vienne ne pourra pas, de son côté, se refuser sérieusement à discuter les chiffres. Il existe donc une possibilité d'accord. Avec de la bonne foi et de la bonne volonté, le conflit austro-turc, comme les autres différends orientaux, pourrait être résolu sans trop de difficultés. Malheureusement, de nombreuses influences agissent en sens contraire. Les choses en sont arrivées au point que nous ne pouvons plus rester longtemps sans connaître les véritables intentions des gouvernements.