‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 80 sur 134 · L'EMPEREUR ET LE CHANCELIER · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR ET LE CHANCELIER

DISCOURS DU PRINCE DE BULOW AU LANDTAG PRUSSIEN. — l'interview du V DAILY TELEGRAPH ». — PLAIDOYER POUR LA COURONNE.

20 janvier 1909.

LE prince de Bûlow a pris hier la parole au Landtag prussien au cours de la discussion générale du budget. Il a commencé par parler, assez longuement, du projet de loi relatif à l'établissement de nouveaux impôts, de la réforme électorale et de diverses questions d'administration provinciale. Il convient de retenir surtout deux points. En premier lieu, d'après le chancelier, l'Allemagne ne peut sortir de sa mauvaise situation actuelle qu'en acceptant un impôt sur les successions ; il y aurait de trop graves inconvénients à voter des impôts directs d'empire, car ils impliqueraient en quelque sorte la médiatisation des Etats confé(Jérés. En second lieu, la réforme électorale, dont le gouvernement admet le principe, est toujours en préparation ; on ne prévoit pas encore le moment où le Parlement pourra en être saisi. Mais, pour l'étranger, la partie la plus intéressante du discours est celle où le prince de Bûlow, revenant sur l'incident de l'interview publiée dans le Daily Télégraphe s'est expliqué sur le rôle de l'empereur, j

En commentant ces explications, le Berli?ier Tageblatt dit ce matin que le chancelier excelle dans l'art de se cou-

l'empereur et le chancelier 285

vrir lui-même en faisant mine de couvrir les autres. Rien de plus exact que cette appréciation. Les mémorables séances du mois de novembre au Reichstag, la campagne inouïe de la presse allemande tout entière contre Guillaume II n'auraient pas été possibles si le prince de Bùlow lui-même n'avait donné le branle. La presse officieuse, tout d'abord pleine d'éloges pour l'interview impériale publiée avec le visa du ministre responsable, s'était retournée brusquement le jour où il avait été constaté que les confidences de l'empereur, jugées naturelles et habiles à l'Office impérial des affaires étrangères, étaient considérées par toute l'Allemagne et toute l'Europe comme une sorte de monstruosité. Et l'on vit ce spectacle surprenant du chancelier de l'Empire, dont le visa devait couvrir l'empereur, déclarant solennellement au Reichstag « que ça ne pouvait plus aller comme cela », qu'il fallait adopter un contrôle plus efficace des actes et des paroles de l'empereur. Et toute la presse officieuse de faire chorus avec lui. Le prince de Bùlow avait évolué avec une telle habileté dans ces conjonctures délicates que son prestige, loin d'être affaibli, sortait grandi de l'épreuve. Il devenait l'homme nécessaire. Tout de même, après l'entrevue du 17 novembre à Potsdam, il fallut changer de ton. Sur un nouveau mot d'ordre, la presse officieuse arrêta la campagne. Discrètement, mais avec persévérance, elle s'efforça de remettre les choses au point, de ménager les justes susceptibilités de Guillaume II.

Depuis ces jours troublés, beaucoup d'esprits se sont ressaisis. On s'est mieux rendu compte des responsabilités réciproques dans l'affaire qui avait bouleversé l'empire. De divers côtés, des coups ont été portés contre l'autorité du prince de Bùlow. C'est à eux que le chancelier a voulu riposter hier. Il a fait allusion « à de perfides articles de

journaux, .à des cancans, à des intrigues de camarilla. » C'est donc qu'il a senti leur pointe. Aussi, son discours au Landtag prussien a-t-il été bien différent de celui du mois de novembre au Reichstag. C'est un hommage rendu aux rares qualités de Guillaume II, à ses généreuses intentions, aux grands services rendus par lui au pays depuis son couronnement, aux glorieuses traditions de la Maison royale de Prusse, à la nécessité d'un accord harmonieux entre le peuple et son roi. Visiblement, le prince de Bûlow a senti qu'il ne pouvait pas, ôans danger pour la monarchie et pour lui-même, laisser prendre racine dans les cerveaux allemands aux idées qui ont fermenté dans l'imagination du public pendant « les douloureuses journées de novembre ». Il a donc prononcé un plaidoyer pour la Couronne. Et finalement ,ce sont les social-démocrates qu'il a accusés de saper les principes de la monarchie et la puissance de l'Allemagne. Il n'est plus question de réformes constitutionnelles ; si un péril point à l'horizon, le prince de Bûlow demandera le vote d'une nouvelle loi d'exception contre les socialistes.

^é^\éf'%é^\tr\éf\éf\éf\»f'\»r>*^\é^^éf\ér

Page 1