LA CRISE SERBE
DÉMISSION ET MAINTIEN DU CABINET VELIMIROVITCH . — RIVALITÉS INTÉRIEURES EN SERBIE.
22 janvier 1909.
LA conclusion de l'accord austro-turc, quoiqu'elle ne soit pas encore définitive, a provoqué en Serbie une recrudescence de tristesse, d'irritation, de découragement. Une crise ministérielle s'est ouverte. Le Cabinet Velimirovitch s'est demandé s'il était assez fort pour faire face aux difficultés présentes ; il a remis sa démission au roi Pierre. On comprend que, devant une nouvelle situation, il ait voulu s'assurer dé nouveau de la confiance du souverain et de l'Assemblée nationale. On ne se serait pas expliqué, à l'étranger du moins, que sa démission fût acceptée ou qu'il y persistât malgré les instances du roi pour le retenir au pouvoir.
Le ministère présidé par M. Velimirovitch, et dans lequel M. Milovanovitch est chargé de la directioji des affaires étrangères, s'est acquitté jusqu'ici de sa très lourde tâche de manière à justifier la sympathie de l'Europe. Nous ne savons s'il représente plus ou moins exactement la majorité de la Chambre, ni s'il donne entièrement satisfaction aux partis. Mais nous sommes certains que ce n'est pas le moment pour les Serbes de retomber dans les divisions intestines, les compétitions ministérielles, les partages
d'influences, les rivalités de personnes. Dans les circonstances actuelles, une lutte autour du pouvoir aurait quelque chose d'odieux. On dit, il est vrai, que la constitution d'un nouveau ministère aurait eu précisément pour but d'y faire entrer les chefs de tous les partis et de le mettre au-dessus des partis. Aux yeux de beaucoup de patriotes, la gravité de la situation exigeait cette solution héroïque. Il nous semble plutôt que celle-ci était moins indiquée que jamais. Un Cabinet de coalition patriotique se forme naturellement aux moments de crise aiguë où des résolutions immédiates, d'une importance capitale, doivent être prises, pour conjurer une révolution ou sauvegarder l'indépendance nationale. Tel a été le cas après l'assassinat du roi Alexandre et de la reine Draga. Une fois le danger passé, une fois le roi Pierre assis sur son trône, le Cabinet de concentration, né des circonstances, s'est reconstitué conformément aux traditions parlementaires.
Aujourd'hui, il n'en est pas de même. C'est bien l'indé-, pendance du peuple serbe qui est en jeu. Seulement, il ne s'agit pas de la défendre par des actes immédiats, de prendre et d'exécuter sans délai des décisions urgentes. Jamais, au contraire, il n'a fallu plus de réflexion, de prudence, de patience, d'esprit de suite chez des ministres responsables. Comment un gouvernement, composé des chefs de parti, dont la seule raison d'être apparente serait l'action, pourrait-il suivre avec le sang-froid nécessaire les longues et délicates négociations qui se préparent ? Il serait fort à craindre qu'il n'eût pas, vis-à-vis des Etats étrangers, l'autorité indispensable pour défendre les grands intérêts nationaux. On serait tenté de lui prêter des intentions peu propres à lui concilier les bonnes volontés. Quel que soit le résultat des négociations austro-turques, la Serbie n'a rien à gagner à des actes précipités. Seule, elle