LE PRINCE DE BULOW ET L'OPINION ALLEMANDE
ce genre serait de faire cesser immédiatement tous les dissentiments, tous les tiraillements, entre les divers éléments du parti contre lequel serait dirigée une mesure aussi brutale. Les socialistes, qui ont perdu environ la moitié de leurs sièges aux dernières élections au Reichstag, auraient de grandes chances de les regagner. Enfin, les nationauxlibéraux et les radicaux se sont demandé ce que pouvait bien signifier l'hymne à la Couronne chanté par le chancelier et si les réformes constitutionnelles promises solennellement en novembre étaient abandonnées. De sorte que les membres du Bloc ont été presque unanimes à dire que le prince de Bûlov^ avait perdu une belle occasion de se taire.
Les amis du chancelier ont si bien senti le danger de la situation qu'ils se sont empressés de donner à son discours une interprétation rassurante. Ils disent partout aujourd'hui que les déclarations contre les socialistes étaient purement théoriques, que le prince de Bûlov^ songe uniquement à appliquer avec une méthode rigoureuse les moyens de répression mis à sa disposition par les lois en vigueur et qu'il aimerait mieux se retirer que de proposer une nouvelle loi contre les socialistes. La Gazette de r Allemagne du Nord elle-même est entrée en lice. Dans un article publié hier soir, elle adresse aux conservateurs un pressant appel en faveur de l'adoption de l'impôt sur les successions. Elle va jusqu'à dire que « dans la situation critique actuelle de l'empire » le vote du projet du gouvernement est un devoir patriotique. D'autre part, de nouvelles dispositions ont été prises au sujet de la publication du bulletin quotidien du maréchalat de la Cour sur les faits et gestes de l'empereur. Ce bulletin, autrefois détaillé, puis ramené à de plus modestes proportions depuis les incidents du mois de novembre, ne paraîtra plus, en
principe, que deux fois par semaine dans le Moniteur de r Empire. Il enregistrera seulement les actes du souverain ayant un caractère officiel ou politique. On ne sait pas encore très bien à qui revient l'initiative de cette modification.
Les Berliner Neueste Nachrichten disaient hier soir : (( Jamais la situation intérieure de l'empire n'a paru aussi embrouillée et l'horizon aussi sombre que depuis le dernier discours du prince de Bùlow au Landtag ; ce discours n'a rien éclairci et n'a malheureusement convaincu personne. )) Peut-être cette note est-elle un peu trop pessimiste. Toutefois il semble certain que dans le gouvernement comme à la Cour, dans les partis comme dans le pays, règne une certaine confusion mêlée d'inquiétude. Pour l'empereur, le prince de Bùlow n'est plus le « cher Bernard » ; il reste seulement le chancelier de l'empire et le ministre-président prussien. Pour les vieux conservateurs, il n'est plus ni le soutien de la monarchie absolue, ni le défenseur des intérêts traditionnels. Pour les socialistes et le Centre, il est l'ennemi. Pour les libéraux et les radicaux, il est une énigme. Il est donc naturel que, voyant son influence minée dans les cercles de la Cour et combattue dans les milieux parlementaires, il ait tenté de rallier autour de lui ses troupes déconcertées. A lire les journaux allemands, on ne peut pas affirmer qu'il y a réussi.
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MOBILISATION DE DEUX DIVISIONS BULGARES. — LA QUESTION d'argent et LA QUESTION DE FRONTIÈRES. — VOTE DE CON- FIANCE DU SOBRANIÉ.
26 janvier 1909.
LES négociations turco-bulgares, interrompues après le retour de la mission Liaptcheff à Sofia, devaient être reprises dans le courant de ce mois. Dans son exposé politique devant le Parlement ottoman, Kiamil Pacha avait déclaré que les deux pays étaient tombés d'accord sur le principe d'une indemnité pécuniaire et qu'une solution définitive ne tarderait pas à intervenir. Il avait même prescrit au commissaire de Turquie à Sofia de prier le gouvernement bulgare de renvoyer son plénipotentiaire spécial à Constantinople pour terminer l'aflPaire. Et pourtant, voici qu'on parle de nouveau de mobilisation, d'appels de réservistes, de concentration de troupes sur la frontière D'après les dernières dépêches, deux divisions bulgares, la deuxième et la huitième, auraient été mobilisées ; l'armée tout entière serait prête à être mise sur le pied de guerre. On serait ainsi revenu aux moments critiques qui ont immédiatement suivi la proclamation de l'indépendance de la Bulgarie.
La population du nouveau royaume a toujours été foncièrement hostile à la solution financière. Très peu idéaliste et très attachée aux intérêts matériels, elle ne voulait
pas, disait-elle, payer son indépendance avec de l'argent, mais avec son sang. Méthodiquement préparée à une grande action militaire depuis plusieurs années, elle se disait avide de combats. C'est à grand 'peine qu'on parvint à lui faire comprendre que le versement de sang n'irait pas sans grandes dépenses et qu'il était plus pratique d'économiser à la fois le sang et les frais de guerre. Grâce à la courageuse intervention du roi Ferdinand, à l'heureuse intervention de M. Pichon, au grand esprit de conciliation de la Porte, les hostilités furent provisoirement conjurées. Des deux côtés de la frontière on démobilisa. Dans les deux pays, les protestations cessèrent contre le règlement du différend au moyen d'une indemnité. Ici, en effet, la question ne se posait pas comme en Bosnie et en Herzégovine. Dans les deux provinces occupées, il s'agissait de vendre le droit de souveraineté du sultan sur des populations dont on ne demandait pas l'avis et dont la plus grande partie répugnait à être incorporée dans la monarchie austro-hongroise. En Bulgarie, au contraire, il s'agissait de céder un droit de souveraineté sur un peuple unanime à réclamer sa liberté. Dans les deux cas, les droits de la Turquie étaient incontestables. Mais, dans le second, les deux parties pouvaient débattre librement leurs intérêts. Dès lors qu'ils étaient convenus de conclure le marché, ce n'était plus qu'une question de chiffres.
Malgré la différence entre les chiffres proposés de part et d'autre, la négociation aurait sans doute suivi son cours pacifique s'il n'était venu s'y mêler d'autres préoccupations. Le bruit a couru dernièrement, et M. Paprikoff s'en est fait hier l'écho à la tribune du Sobranié, que la question d'argent se compliquait d'une question de frontières. On aurait eu vent à Sofia de combinaisons d'après lesquelles la Porte se serait proposé de céder sur les chiffres
moyennant une rectification de frontières sur divers points stratégiques. Or, sur la question territoriale, les Bulgares sont irréductibles. Leur amour-propre et leur patriotisme pointilleux, difficilement contenus depuis Torigine de la crise, se sont exaltés de nouveau. Le ministère Malinoff- PaprikoflF leur a donné satisfaction en prenant des mesures militaires qu'il qualifie de simples précautions, mais qui semblent tout à fait disproportionnées avec le péril qui leur sert de prétexte. Tout en protestant de son intention persistante de régler à l'amiable le conflit avec la Porte, il affirme la nécessité de se tenir en garde. Le Sobranié lui a voté, par acclamation, un ordre du jour de confiance.
Nous ne pensons pas que cette manifestation, superflue €t inopportune, ait des conséquences inquiétantes. Les combinaisons qui ont provoqué l'émotion bulgare ont pu "naître dans des imaginations échauffées. Elles n'ont certainement pas été élaborées par le Cabinet de Constantinople. Kiamil Pacha et les Jeunes-Turcs poursuivent en toute bonne foi l'œuvre de réconciliation avec les nations balkaniques. Ils savent très bien que la meilleure garantie de la paix dans la péninsule consiste dans l'établissement et dans l'entretien de bons rapports réciproques. L'occupation de quelques points stratégiques, obtenue ou imposée, serait une satisfaction militaire sans efficacité réelle et qui laisserait dans le pays aux dépens duquel elle serait donnée un ressentiment gros de périls. Comme l'a dit Naoum Pacha à l'un de nos confrères, la Turquie a donné trop de preuves de son ferme désir de ne pas troubler la paix pour qu'on puisse un instant supposer qu'elle ait l'intention de s'emparer de positions stratégiques sur la frontière bulgare. La mobilisation partielle bulgare peut donc être considérée comme une simple démonstration destinée à hâter la conclusion de négociations qui traînent en Ion-
gueur. Mais les démonstrations de ce genre comportent toujours de graves inconvénients. C'est une raison de plus de souhaiter que M. Liaptchefï retourne le plus tôt possible à Constantinople muni des instructions nécessaires pour signer l'accord définitif.
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LA CRISE ORIENTALE
NOTE BULGARE AUX GRANDES PUISSANCES. — DEMANDE DE CREDITS MILITAIRES EN Serbie. — EMOTION AU MONTENEGRO. — LE PROJET DE CONFÉRENCE RELÉGUÉ AU SECOND PLAN.
28 janvier 1909.
SUIVANT toute probabilité, la' mobilisation partielle de Tarmée bulgare n'aura pas de conséquences graves. Devant l'impression déplorable causée en Europe par cette mesure inattendue, le gouvernement du roi Ferdinand s'est empressé d'adresser aux grandes puissances une note rassurante. Il affirme qu'il n'est animé d'aucune intention agressive, et que les précautions prises ont un caractère tout provisoire. D'autre part, le grand-vizir a chargé le commissaire ottoman à Sofia de démentir formellement les nouvelles d'après lesquelles la Turquie aurait le des*sein d'occuper quelques points stratégiques sur la frontière. Une communication analogue a été envoyée aux différents Cabinets. Comme le corps d'armée turc d'Andrinople s'est contenté de se mettre en état de défense, sans faire de mouvements de troupes sur la frontière, il n'est pas à craindre qu'un choc se produise entre les deuxarmées à la suite d'un incident.
Néanmoins, il subsiste à Sofia, Belgrade, Vienne et Constantinople, pour des raisons diverses et avec des nuances différentes, un état d'excitation, de malaise,
auquel on ne saurait trop tôt mettre un terme. Si les gouvernements paraissent conserver leur sang-froid, la presse se livre à des écarts regrettables. L'opinion publique s'énerve. Elle demande qu'on fasse quelque chose et certains gouvernements deviennent incapables de résister à la poussée patriotique des masses. En Serbie, de nouveaux crédits militaires ont été demandés à la Skoupchtina. Ils sont parfaitement justifiés à un certain point de vue, si Ton considère l'état dans lequel se trouvait l'armée serbe au moment de la proclamation de l'annexion de la Bosnie- Herzégovine. Mais leur vote, n'en constitue pas moins un fait grave si l'on songe à la situation financière du pays et aux commentaires qu'il ne peut manquer de provoquer. Les invitations au calme adressées à Belgrade par les meilleurs amis des Slaves sont mal reçues. Elles sont, pour certains journalistes dont l'excitation semble aller jusqu'à la démence, l'objet de critiques aussi maladroites qu'injustes. Au Monténégro, la prolongation de l'incertitude devient insupportable. Les Cabinets de Belgrade et de Cettigné ont dû se concerter pour arrêter en commun les propositions, qu'ils croient indispensable de soumettre sans retard aux puissances signataires du traité de Berlin. D'après une dépêche d'hier, le prince Nicolas a jugé la situation si tendue que, sans attendre le résultat de ses pourparlers avec le roi Pierre, il a demandé la réunion immédiate d'une Conférence.
On ne saurait donc agir trop rapidement pour faire prévaloir les solutions équitables qui s'imposent. Il importe de ne pas laisser se répandre dans le public des projets sortis des cerveaux de personnes irresponsables et de nature à créer la confusion, sinon l'exaspération. N'avait-on imaginé dernièrement, dans certains milieux, de créer entre la Turquie et la Bulgarie une zone frontière, une
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sorte d 'Etat-tampon, destiné soi-disant à amortir les chocs entre les deux voisins ? On devine l'effet produit chez les intéressés par des combinaisons aussi extravagantes. Les négociations austro-turques progressent plus lentement que le supposaient les personnes sans expérience qui ont cru tout terminé le jour où Kiamil Pacha a.accepté en principe l'offre du marquis Pallavicini. Elles avancent pourtant et ce conflit sera sans doute réglé prochainement. Les négociations turco-bulgares sont en moins bonne voie. Elles sont scabreuses et compliquées. Elles ne peuvent, sans danger réel, se prolonger au delà de l'hiver. Au moment où l'on espérait que la Conférence pourrait se réunir avant la fin de 1908 ou tout au commencement de 1909, on avait cru qu'il suffirait que la Turquie et la Bulgarie tombassent d'accord sur le principe de la solution financière et que le montant exact de l'indemnité pourrait être fixé par la Conférence constituée en tribunal arbitral. Aujourd'hui, cette procédure n'est plus admissible. La réunion de la Conférence est problématique. A plus forte raison ne sait-on pas à quelle date, même approximative, la sentence arbitrale pourrait être rendue. Il appartient aux puissances signataires du traité de Berlin de prendre, sans autre délai, l'initiative à cet égard. Déjà, sans doute, elles ont fait entendre où il fallait des conseils de prudence et de modération. Mais elles doivent faire davantage. Dès lors qu'est admis le principe d'une indemnité globale pour la proclamation de l'indépendance bulgare et le rachat des chemins de fer rouméliotes, et que l'écart entre les chiffres proposés par les gouvernements turc et bulgare n'est plus très considérable, elles doivent engager ceuxci à adopter un chiffre transactionnel. Elles pourraient même, après s'être concertées, proposer un chiffre. Le Cabinet de Constantinople a montré jusqu'ici trop
d'esprit de conciliation, et le Cabinet de Sofia sent trop bien le péril de la situation pour que, des deux côtés, une proposition présentée dans ces conditions n'ait pas les chances les plus sérieuses d'être accueillie favorablement.
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LES NEGOCIATIONS ORIENTALES
LE POINT DE VUE TURC. — NOTE DU CABINET DE SAINT-PÉTERS- BOURG AUX GRANDES PUISSANCES. — PROPOSITIONS TRANSAC- TIONNELLES.
29 janvier 1909.
LES grandes puissances semblent toutes avoir reconnu la nécessité d'intervenir à Constantinople et à Sofia. Leurs démarches sont d'autant plus opportunes que le commissaire ottoman à Sofia a communiqué [hier soir au prési4ent du Conseil bulgare un télégramme du grandvizir qui prouve que les projets de rectification de frontière, qui ont servi de prétexte à la mobilisation partielle de l'armée bulgare, avaient bien un caractère officiel. En effet, tout en déclarant que la Turquie n'a aucune intention agressive contre la Bulgarie, Kiamil Pacha exprime dans ce télégramme le désir qu^il soit procédé à une rec tification de frontière : dans le cas où le Cabinet de Sofia adhérerait à cette manière de voir, les négociations pourraient reprendre tout de suite et la Porte serait disposée à réduire le montant de l'indemnité qu'elle réclame; en cas de désaccord entre les deux gouvernements, le diflPérend pourrait être tranché par une Conférence européenne. Sans être le moins du monde comminatoire, cette communication ne posait pas moins la question sur un terrain dangereux. M. Malinof a répondu que le gouvernement bulgare ne pourrait pas entamer de pourpar-
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lers avec [la Turquie tant que celle-ci songerait à une compensation territoriale.
Les négociations turco-bulgares viennent donc de se heurter à un obstacle sérieux. Au point de vue militaire, un choc ne semble pas plus à craindre que ces jours derners. Les troupes ottomanes ont, en effet, reçu l'ordre d'éviter tout engagement, et l'on ne peut pas douter de la sincérité de Kiamil Pacha quand il affirme que la Turquie désire se consacrer entièrement à sa rénovation intérieure. Mais on ne saurait laisser se prolonger indéfiniment une situation aussi tendue. Il faut donc applaudir à l'initiative que vient de prendre le Cabinet de Pétersbourg en adressant aux grandes puissances une note à ce sujet. Voici, d'après les agences, le texte de ce document :
A la suite des informations relatives à des mesures militaires prises par le gouvernement bulgare sur la frontière de la Roumélie orientale, le gouvernement russe a adressé aux gouvernements français, anglais, italien, autrichien et allemand une dépêche circulaire dans laquelle il déclare que la Russie, tout en prenant note de F assurance donnée par le gouvernement bulgare de son intention de conclure aussitôt que possible un accord défifiitif avec la Turquie, ne peut cependant s^empêcher d'exprimer ses craintes que des mesures militaires sur la frontière turco-bulgare ne soient de nature à compromettre les relations des deux pays et à constituer une menace pour la paix.
Le gouvernement russe propose donc aux grandes puissances susnommées d'adresser des représentations à Sofia et à Constantinople dans le sens suivant :
Des mesures militaires sur la frontière turco-bidgare ne peuvent que compromettre les efforts des puissances tendant à amener la coïKlusion d'un accord amical entre la Turquie
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et la Bulgarie. Les puissances donneront volontiers leur approbation à tout arrangement susceptible de provoquer le résultat désiré ; mais elles estiment que toute idée d'une modification de frontière au profit de Vune ou de Vautre partie doit être écartée^ car si cette question était soulevée, elle ne pourrait qu'avoir une influence fâcheuse sur les relations turco-bulgares , et, par conséquent, sur la situation européenne tout entière.
Enfin il est nécessaire, pour la conclusion satisfaisante des négociations, que la Turquie et la Bulgarie évitent tout ce qui pourrait être considéré comme une menace ou comme un défi.
Il n'est pas douteux que cette proposition sera chaudement appuyée par toutes les puissances qui l'ont reçue, par la France notamment. Elle est entièrement conforme aux idées que M. Pichon s'est constamment efforcé de faire prévaloir. Elle n'a, du reste, de caractère désobligeant pour personne et répond, au fond, aux pensées intimes des deux gouvernements en cause dont le plus ardent désir doit être de sortir honorablement de leurs difficultés actuelles. Le Cabinet de Londres, que la presse austro-allemande a bien gratuitement accusé de verser de l'huile sur le feu oriental, agira certainement dans le même sens que ceux de Pétersbourg et de Paris. Dès ce matin, le Times approuve dans les termes les plus nets la proposition russe et fait des vœux chaleureux pour qu'elle aboutisse au résultat désiré par tous les amis de la paix. D'après une dépêche de Constantinople, Sir Gerald Lowther aurait déjà reçu l'ordre de conseiller à Kiamil Pacha de ne pas insister sur la rectification de frontière et de réclamer une indemnité modérée. Si la Bulgarie portait son offre de 82 à 100 millions, les négociations seraient vraisemblablement renouées dans un bref délai avec de grandes chances
de succès. Or, il y a des motifs de croire que le Cabinet de Sofia n'est pas irréductible à cet égard. Malgré les déclamations des chauvins, le peuple bulgare est trop pratique pour courir les risques d'une guerre, en tout cas ruineuse. Le moment de l'entreprendre dans des conditions relativement favorables est passé. L'armée turque est prête aujourd'hui. Ce n'est pas une raison pour la Porte d'élever ses prétentions. Mais, à défaut d'autres, c'en est une pour la Bulgarie de se résigner aux sacrifices nécessaires.
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