‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 89 sur 134 · LA QUESTION DE BOSNIE EN AUTRICHE-HONGRIE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE BOSNIE EN AUTRICHE-HONGRIE

DIFFÉREND ENTRE VIENNE ET PEST AU SUJET DE l'ATTRIBUTION DE LA BOSNIE HERZÉGOVINE. — DISCUSSION AU REICHSRATH AUTRICHIEN.

i^^ février 1909.

L 'entente n'est pas encore conclue entre Vienne et Constantinople au sujet de l'annexion de la Bosnie- Herzégovine que l'Autriche et la Hongrie se disputent entre elles la possession de ces deux provinces. Cette querelle existait, à l'état latent, depuis le traité de Berlin. On a toujours prétendu à Budapest que la Bosnie faisait autrefois partie des domaines de la Couronne de Saint-Etienne, et que, si elle venait à être reprise aux Turcs, elle devait être réincorporée dans le royaume de Hongrie. Lors de son couronnement à Budapest, François-Joseph a prêté le serment traditionnel par lequel le nouveau souverain s'engage à faire en sorte de restituer à la monarchie les territoires qui lui ont été enlevés. Les Hongrois soutiennent aujourd'hui que le moment est venu pour le roi de tenir son serment. Toutefois, comme l'incorporation des provinces occupées dans la Transleithanie soulèverait en ce moment de graves difficultés intérieures, ils consentent à ne pas faire immédiatement usage de leurs droits. Ils acceptent le projet de loi qui sanctionne la proclamation de l'extension des droits de souveraineté de l'empereur-roi sur les

deux provinces. Seulement, ils ont introduit dans le texte rédigé au Ballplatz des modifications qui, à leurs yeux, réservent leurs droits pour l'avenir.

En premier lieu, le projet de loi soumis au Parlement de Pest prend simplement acte de l'extension des droits de souveraineté, tandis que le projet autrichien l'approuve. Ensuite l'article i^^ du projet hongrois se réfère expressément aux liens historiques entre les pays annexés et les ancêtres du monarque, tandis qu'il n'est fait aucune allusion à ces liens dans le projet autrichien. Enfin les deux rédactions diffèrent dans le paragraphe relatif à l'application de la Pragmatique Sanction qui règle l'ordre de succession au trône. La Commission du Reichsrath cisleithan chargée d'examiner le projet de loi d'annexion a été frappée de ces différences et a demandé des explications au gouvernement. Elle avait convoqué à cet effet les ministres communs austro-hongrois en même temps que le président du Conseil autrichien. Mais le baron d'Aehrenthal et le baron Burian n'ont pas cru devoir se rendre à l'invitation. Ils estiment qu'ils n'ont de comptes à rendre qu'aux Délégations. Le baron Bienerth (^) a donc seul répondu. Ses explications ont semblé embarrassées et peu convaincantes. Il s'est efforcé de prouver que prendre acte et approuver signifiaient la même chose et que l'allusion aux droits historiques constituait un motif et non une disposition ; quant à la différence dans le paragraphe relatif à la Pragmatique Sanction, elle tenait uniquement à ce que la Pragmatique Sanction autrichienne est une loi de famille qui règle automatiquement l'ordre de succession chez les Habsbourg pour toutes les possessions souveraines de cette famille, tandis que la Pragmatique Sanction hongroise rentre dans

(*) Président du Conseil autrichien.

les lois constitutionnelles. Cela dit, le baron Bienerth n'a pas pu s'empêcher de donner satisfaction dans une certaine mesure aux députés cisleithans. Tout en déclarant qu'il serait prématuré de régler définitivement dès maintenant le statut des deux provinces annexées, il a fait res- ' sortir qu'elles avaient été acquises et conservées grâce aux ressources des deux Etats de la monarchie, et qu'il y avait entre ceux-ci une indéniable communauté de droit à cet égard.

Ces explications ont été fraîchement accueillies par les journaux viennois. Ils n'ont pas eu de peine à démontrer que les différences de rédaction entre ' les deux projets pouvaient devenir la source de graves ennuis. Mais c'est à Pest surtout que le baron Bienerth a eu une mauvaise presse. Les Magyars ne lui savent aucun gré de son plaidoyer en faveur du projet de loi présenté par le Cabinet Weckerlé et ils le blâment énergiquement d'avoir osé mettre en question les droits exclusifs de la Hongrie. Une demande d'interpellation a déjà été déposée à la Chambre des députés. La discussion ne manquera pas d'être intéressante. M. Weckerlé revendiquera-t-il publiq'uement les droits historiques de Saint-Etienne } Ce serait une théorie bien dangereuse. Si chaque Etat se met à revendiquer les pays qui lui ont appartenu à un certain moment de l'histoire, que deviendra la paix entre les nations ? A ce comptelà, les Serbes ont le beau rôle. Eux aussi ont autrefois possédé la Bosnie. Et ils ont pour eux cet autre argument que les Bosniaques sont restés Serbes de langue et de mœurs et qu'ils n'ont jamais manifesté le désir de revenir sous la domination des successeurs de Saint-Etienne. En cett? affaire, Autrichiens et Hongrois feraient mieux de moins parler de droit.

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UNE NOUVELLE COMBINAISON POUR L'iNDEMNITÉ DE LA BULGARIE

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