‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 91 sur 134 · PRÉCISIONS SUR LA COMBINAISON RUSSE. — HÉSITATIONS DE LA TURQUIE · texte numérisé non relu

PRÉCISIONS SUR LA COMBINAISON RUSSE. — HÉSITATIONS DE LA TURQUIE

3 février 1909.

LES informations publiées hier au sujet de la solution proposée par le gouvernement russe pour régler le conflit turco-bulgare étaient vagues et incomplètes. Leur imprécision tenait [probablement à ce que la combinaison financière imaginée par M. Isvolsky comportait des variantes et qu*il était difficile d'exposer celles-ci en détail dans les dépêches. Toutefois, nous croyons pouvoir dire que le mécanisme de l'opération est bien celui dont nous avons essayé hier de montrer les rouages. Mais les renseignements complémentaires qui nous sont parvenus depuis nous permettent de préciser davantage.

En ce qui concerne la première partie de l'opération, elle consiste bien en ce que nous avons dit. La Russie, ferait remise à la Turquie d'un nombre d'annuités d'indemnité de guerre suffisant pour permettre à la Porte de contracter un emprunt dont elle retirerait une somme liquide de 120 ou 125 millions de francs. Le total de ces annuités abandonnées comprendrait donc tout d'abord 120 ou 125 millions, plus la somme nécessaire pour l'amortissement. On calcule que le total s'élèverait à environ

200 millions. La Turquie toucherait donc à bref délai la somme qu'elle réclame à la Bulgarie. Seulement, il lui faut s'assurer tout d'abord des conditions exactes auxquelles les banques s'engageraient à lui verser le montant net de l'emprunt. Cela exige des pourparlers préalables assez longs. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles la Porte n'a pas encore accepté la proposition de M. Isvolsky. Une autre raison pour elle d'hésiter est la perspective de la nécessité de verser régulièrement à partir de cette année les annuités de l'indemnité de guerre russe, puisque ces annuités constitueraient en quelque sorte le gage de l'emprunt. Mais ce versement était inéluctable. Dès lors que la Jeune-Turquie est résolue à clarifier ses finances, il est naturel qu'elle inscrive désormais à son budget toutes les dettes dont est grevé son passé.

Quant à la Bulgarie, elle ne payerait rien directement à la Turquie. M. Isvolsky lui demanderait seulement de verser au trésor russe pendant cinquante ans l'intérêt à 5 o/o de 82 millions, après quoi, elle serait entièrement libérée. Comme il lui faudrait contracter un emprunt pour payer la Turquie et qu'elle ne pourrait guère emprunter à moins de 6 0/0 net sans compter l'amortissement, l'avantage est évident. Après avoir payé pendant cinquante ans les intérêts simples, relativement très modérés, de la somme qu'elle est disposée à donner aujourd'hui en capital, elle verrait sa dette complètement éteinte. Aussi a-t-elle accepté d'ores et déjà la proposition russe. Il ne convient pas de trop s'alarmer des nouvelles qui nous arrivent de Constantinople. Il fallait s'attendre à ce que la combinaison de M. Isvolsky fût froidement accueillie dans le public. C'est même en prévision de cela, sans doute, qu'on a pris grand soin de ne pas la divulguer

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