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LA COMBINAISON RUSSO-TURCO-BULGARE

prématurément. On se méfie peut-être à Stamboul ; on craint que la Porte ne soit bernée. Mais la combinaison semble parfaitement loyale. Kiamil Pacha doit être tout à fait rassuréj^à ce sujet. D'ailleurs, il lui faut prendre des précautions. Malgré les bruits pessimistes transmis par quelques journaux qui croient volontiers que des affaires de cette nature peuvent se bâcler en deux heures, il y a tout lieu de croire que l'accord s'établira.

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LES NÉGOCIATIONS ORIENTALES

DISCUSSIONS EN TURQUIE. — OBJECTIONS FINANCIÈRES ET POLITIQUES CONTRE LA PROPOSITION RUSSE. — LE PROJET d'accord AUSTRO-TURC.

5 février 1909.

COMME il était facile de le prévoir, le gouvernement ottoman n'a pas encore pris de décision ferme au sujet de la proposition russe. Au Conseil des ministres qui s'est réuni hier chez Kiamil Pacha, les divers éléments de la combinaison Isvolsky ont été examinés dans leurs détails. A s'en rapporter aux dépêches arrivées ce matin de Constantinople, l'impression n'aurait pas été bonne. Au point de vue financier j plusieurs membres du Conseil auraient exprimé la crainte que l'opération comportât pour la Porte des frais accessoires qui réduiraient notablement la somme fixée, ou des garanties supplémentaires très gênantes pour l'avenir. Mais ce seraient les objections politiques qui auraient été les plus fort es.. Les vieilles défiances contre la Russie se seraient réveillées. Soit qu'elles restent très vivaces chez certains hommes d'Etat ottomans, soit qu'elles soient habilement entretenues par des agents étrangers, soit encore que la teneur de la proposition russe ne soit pas suffisamment claire, celle-ci n'aurait pas rencontré de prime abord un accueil favorable. La Yeni Gazetta, qui passe pour recevoir des communications du grand-vizir, traduit cette impression en disant

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que la Porte préférerait à la combinaison Isvolsky un accord direct avec la Bulgarie.

Nous continuons de croire que ces informations de provenances diverses sont trop pessimistes. La Porte n'a aucun intérêt à se prononcer d'emblée en faveur de la proposition russe. Il est certain que, matériellement et moralement, elle trouverait plus avantageux de recevoir directement de sa vassale émancipée l'indemnité qu'elle réclame. Mais, si la Bulgarie s'entête à refuser d'augmenter son offre, il faut choisir entre la rupture avec ses conséquences ou une combinaison indirecte. Or, tous les 'hommes d'Etat turcs sont d'accord avec ceux de l'Occident pour déclarer qu'une guerre,' dont les conséquences seraient incalculables, ne peut être déchaînée pour une différence de quelques millions. La combinaison du Cabinet de Pétersbourg vient à point pour donner en fait satisfaction à tout le monde. Peut-être est-elle un peu confuse et compliquée. On n'en connaît pas exactement les termes et nous ne pouvons la discuter avec précision. Mais elle comporte des variantes, et l'une de celles-ci peut certainement être rédigée de façon à faire tomber les objections financières de la Porte. Il suffit qu'il soit pris avec une banque ou avec un consortium de banques des arrangements fermes.

Quant aux objections politiques, elles ne sont pas sérieuses. Elles s'inspirent de vieux préjugés. La crainte que la Russie s'assure en Bulgarie une influence prépondérante est chimérique. Les rapports entre créancier et débiteur ne sont pas de ceux qui, d'ordinaire, entretiennent l'amitié. La reconnaissance ne pèse pas non plus d'un poids bien lourd dans la balance politique. Si la Russie était limitrophe d'une Bulgarie encore ottomane, les appréhensions seraient justifiées. Depuis le traité de Berlin

on peut être entièrement rassuré. Personne n'est assez fou à Pétersbourg pour nourrir encore des convoitises de ce côté. Les Anglais eux-mêmes ne mettent pas en doute la. bonne foi russe. Comme le dit très justement le Times ce matin, l'approbation sans réserve que l'Angleterre, la France et l'Italie ont donnée au projet russe est de nature à exercer une influence très puissante à Constantinople. (( Si les Turcs, ajoute notre confrère de Londres, rejettent définitivement cette offre, qui a l'appui de toutes les puissances qui les ont aidés depuis le début de la crise, ils risqueront de s'aliéner des sympathies indispensables pour le triomphe de leur cause. » Les sympathies françaises resteront toujours acquises à la Turquie, qui s'est trouvée jetée dans une crise vitale par la faute de voisins ambitieux sans scrupules. Nous comprenons très bien que le Cabinet ottoman prenne tout le temps de la réflexion et négocie afin de tirer de la transaction proposée tous les avantages sur lesquels il est en droit de compter. Mais nous le verrions avec un vif regret rejeter purement et simplement une proposition très honorable, présentée dans un grand esprit de conciliation par un gouvernement ami — à moins qu'il ne soit assuré de s'entendre directement avec la Bulgarie.

Le Conseil des ministres a délibéré également sur le projet d'accord avec l 'Autriche-Hongrie, qui venait d'arriver de Vienne. On nous informe qu'il l'a approuvé et que le boycottage des marchandises austro-hongroises va cesser. Quelques modifications ont été introduites dans le projet primitif. Le versement de l'indemnité de 57 millions de francs sera effectué dans les quinze jours qui suivront la ratification de l'accord. Cette solution a été facilitée par la sentence arbitrale rendue ces jours-ci au sujet des biens domaniaux de Bosnie et d'Herzégovine. M. Testa,

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l'arbitre désigné, a jugé que les propriétés en question étaient des biens d'Etat. Cette sentence, prévue et de pure forme, permettra au baron d'Aehrenthal de justifier devant les Chambres et devant le pays le payement de l'indemnité convenue ; il la présentera comme une simple restitution. C'est un artifice qui ne trompera personne. Mais peu importe le moyen. L'essentiel est que le résultat soit acquis.

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LA NOUVELLE CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — LA QUESTION DES LANGUES EN BOHÊME. — CLÔTURE DE LA SESSION.

6 février 1909.

LA preAiière Chambre des députés autrichienne élue au suffrage universel ressemble fort à ses devancières élues au suffrage restreint. Le travail parlementaire y est aussi stérile. Le soin qu'a pris le gouvernement, pour faire passer la réforme électorale, de découper le pays en circonscriptions correspondant aux exigences des partis et des nationalités et non au chiffre de la population, a produit les résultats attendus. La nouvelle Chambre contient des représentants de toutes les anciennes influences, de tous les partis, de toutes les nationalités suivant un dosage savamment combiné. Seulement elle ne peut prendre aucune décision sur les questions qui la divisent le plus, c'est-à-dire les plus importantes. L'antagonisme y est si vif entre les différents groupes qu'il suffit de la résistance de l'un d'eux pour arrêter le fonctionnement de la machine parlementaire. Hier vendredi, le gouvernement s'est vu dans l'obligation de prononcer la clôture de la session.

C'est la question des langues en Bohême qui a encore

.une fois déchaîné le conflit. Depuis plus de trente ans,

elle paralyse la vie parlementaire, suscite des troubles,

entrave le progrès général, provoque la chute des ministères. Les Tchèques ont là-dessus des idées irréductibles- Ils constituent presque les deux tiers de la population du royaume de Bohême. Ils veulent que la langue de la grande majorité de la population soit traitée comme Jangue nationale dans toute l'étendue du pays. Ils considèrent que la Diète de Bohême est seule compétente pour légiférer à ce sujet. Ils invoquent enfin l'ordre de Cabinet du 8 avril 1848 qui stipule formellement que la langue tchèque doit avoir les mêmes droits que la langue allemande dans toutes les branches de l'administration et de l'instruction, et que, dorénavant, tous les emplois officiels devront être remplis par des personnes possédant les deux langues. Si cet ordre avait été respecté, il y a longtemps sans doute que la question aurait perdu son acuité et que la population aurait pris son parti d'un état de choses équitable, quoique un peu gênant. Mais, en fait, il n'a pas été appliqué. C'est plutôt la langue allemande, celle de la minorité, qui a été traitée en langue officielle, même dans les districts purement tchèques. Les habitants des districts allemands ont toujours été exaspérés à l'idée que les fonctionnaires résidant chez eux devraient savoir le tchèque et qu'on aurait le droit de s'adresser à eux en tchèque. Comme ils ne veulent pas apprendre le tchèque, ils redoutent qu'avec ce système les fonctions officielles passent peu à peu entre les mains de Tchèques connaissant l'allemand. Tout dernièrement encore, ils se sont plaints que, dans le service intérieur, les employés de la poste de Prague se servissent du tchèque concurremment avec l'allemand. Et ils ont obtenu une ordonnance qui institue l'allemand comme langue exclusive dans le service intérieur des postes en Bohême, à l'exception des petits bureaux de province. Les députés tchèques, la

municipalité de Prague et des autres villes tchèques, les fonctionnaires tchèques de l'administration des poste s ^ ont protesté avec véhémence contre cette ordonnance. Ils la qualifient d'illégale et refusent de la tenir pour valable,

C'est dans ces circonstances que, le 3 février, le président du Conseil autrichien a présenté au Reichsrath un projet de loi sur l'emploi des langues en Bohême. Le projet est très long, très touffu, très compliqué. Il divise la Bohême en 115 districts politiques répartis en 20 cercles. Des 115 districts, 66 sont ^habités par au moins 90 0/0 de Tchèques, 42 par au moins 900/0 d'Allemands, 7 (dont Prague et Budweiss) par une population mixte. Des 20 cercles, 10 sont tchèques, 6 allemands et 4 mixtes. La langue officielle doit être l'allemand dans les districts allemands, le tchèque dans les districts tchèques ; les deux langues seront officielles dans les districts mixtes. Toutefois, tous les fonctionnaires de tous les districts indistinctement devront connaître les deux langues, et chaque habitant pourra s'adresser dans sa langue à tout fonctionnaire, dans n'importe quel bureau administratif et devant les tribunaux.

Les deux nationalités ont été mécontentes. Les Allemands combattaient surtout l'obligation de savoir le tchèque et de répondre en tchèque imposée aux fonctionnaires des districts allemands. Mais ils ne s'opposaient pas à la discussion du projet. Les Tchèques, au contraire, ont immédiatement décidé de faire l'obstruction. A aucun prix, ils n'admettent la division de la Bohême en districts allemands et tchèques. Tout au plus finiraient-ils par y adhérer si la loi, au lieu de fixer une fois pour toutes la répartition, permettait de la modifier au fur et à mesure des changements survenus dans la population. En principe, ils ne reconnaissent pas non plus la compétence du

Reichsrath en la matière. On a vu, dans les dépêches d'hier, quel accueil ils ont fait au baron Bienerth. Devant le charivari mené par les énergumènes du parti, le président du Conseil a dû lire un décret de clôture. Quand la Chambre pourra-t-elle reprendre utilement ses travaux? Il est bien difficile de le dire. Elle a pourtant à son ordre du jour des questions urgentes, d'un intérêt capital, général : par exemple l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, l'indemnité à la Turquie, le recrutement, le rachat des chemins de fer, le traité de commerce avec la Serbie. Le gouvernement devra abandonner son projet de loi sur les langues,, ou dissoudre la Chambre des députés, ou recourir à la quasi-dictature autorisée par le fameux paragraphe 14. En toute hypothèse le ministère Bienerth a devant lui une tâche bien ingrate.

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