L'ACCORD FRANCO-ALLEMAND SUR LE MAROC
CONCLUSION d'un ACCORD SPÉCIAL AVEC L'aLLEMAGNE SUR LE MAROC. — LES NÉGOCIATIONS ET LES RÉSULTATS.
9 février 1909.
LA journée du 9 février 1909 fera époque dans Thistoire des relations de la France et de T Allemagne. Séparés par un profond dissentiment depuis le voyage de Guillaume II à Tanger, les deux gouvernements viennent de se mettre d'accord suf la question qui était demeurée pour eux la source de difficultés sans cesse renaissantes et d'où pouvait, à chaque instant, surgir un conflit général. Ce matin même, M. Jules Cambon, revenu à Berlin, après un très court séjour à Paris, a signé avec M. de Schœn, au palais de la Wilhelmstrasse, une déclaration qui précise la portée de l'Acte d'Algésiras « en vue d'éviter toute cause de malentendus dans l'avenir )) entre les deux pays.
Les négociations qui viennent d'aboutir à cet heureux résultat duraient en réalité depuis longtemps. Engagées dès l'été de 1907, à la suite de la visite de notre ambassadeur à Berlin chez le chancelier de l'empire allemand à Norderney, elles avaient continué sous la forme de conversations régulières entre les chargés d'affaires des deux Etats à Tanger, M. de Saint- Aulaire et le baron de Lang-
werth. Les événements de Casablanca les avaient interrompues. La rivalité d'Abd el Aziz et de Moulai Hafid^ l'occupation de Casablanca, nos opérations militaires dans la Chaouïa, l'incident des légionnaires déserteurs créèrent ensuite entre les Cabinets de Paris et de Berlin une tension telle qu'il ne pouvait plus être question d'accord» Le ton de la presse allemande, des organes officieux comme des journaux pangermanistes, était monté à un tel diapason qu'il fallut, de notre côté, un sang-froid imperturbable pour empêcher la discussion de dégénérer en querelle. La paix même fut en jeu. Il y eut des jours critiques. La mise en demeure de reconnaître Moulai Hafid, la demande d'excuses pour la bagarre de Casablanca, sont encore présentes à tous les esprits. Nous recueillons aujourd'hui les bénéfices de notre fermeté, de notre patience. Après cette expérience, le gouvernement allemand s'est rendu compte que nous nous étions ressaisis depuis 1905, que nous ne céderions plus à l'intimidation, que nous nous maintiendrions inébranlablement sur le terrain des traités où il avait voulu lui-même nous placer. Les affaires d'Orient ont achevé d'éclairer l'empereur et son chancelier. Un instant, à Vienne et à Berlin, on s'est bercé de l'espoir qu'on pouvait acheter notre concours en Orient. Si nous avions consenti à entrer dans les vues du baron d'Aehrenthal, à exercer une pression sur la Turquie pour lui faire accepter sans compensation l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, si nous nous étions séparés de l'Angleterre sur le terrain oriental, nous eussions pu obtenir notre liberté d'action au Maroc. Ces combinaisons ont échoué. Avec autant de clairvoyance que d'énergie, M. Pichon les a déjouées. Fidèle à nos alliés et amis, conscient de nos grands intérêts nationaux > il n'a pas voulu payer d'un prix honteux la tranquillité