ACCORD FRANCO-ALLEMAND SUR LE MAROC
qu'on lui promettait. Il comptait seulement sur notre bon droit, sur le sentiment que nous avions su donner de notre force et de notre loyauté pour venir à bout de résistances injustifiées, également préjudiciables à la France et à l'Allemagne. Les événements lui ont donné raison.
La déclaration du 9 février est très simple. Les deux gouvernements s'assurent réciproquement de leur intention de ne pas porter atteinte à l'intégrité et à l'indépendance de l'empire chérifien, d'y sauvegarder la liberté économique, de ne poursuivre et de n'encourager, ni en leur faveur, ni en faveur d'une puissance quelconque, un privilège économique. Spécialement, la France s'engage à ne pas entraver au Maroc les intérêts commerciaux et industriels allemands. De son côté, l'Allemagne s'oblige à n'y poursuivre que des intérêts économiques et « à ne pas entraver les intérêts politiques particuliers de la France ». Les deux pays « chercheront à associer leurs nationaux dans les affaires dont ceux-ci pourront obtenir l'entreprise ».
Get accord se suffit à lui-même et ne dissimule rien. Il n'implique, d'aucune des parties, aucune concession clandestine. De la part de l'Allemagne, c'est l'abandon de la politique de chicanes, l'inauguration d'une politique de conciliation. Ce n'est pas le consentement à une mainmise, directe ou détournée, de la France sur le Maroc. Pas un instant, il n'a été question de cela. Nous n'avons jamais réclamé de protectorat, effectif ou déguisé. Nous ne le désirions pas. A plus forte raison, n'étions-nous pas disposés à le payer un prix qui, de toute façon, eût été hors de proportion avec les avantages de l'opération. Ce que nous venons d'obtenir, c'est la mise en vigueur de l'Acte d'Algésiras dans un esprit conciliant, bienveillant, c'est la reconnaissance « de nos intérêts politiques, parti-
culiers, étroitement liés à la consolidation de l'ordre et de la paix intérieure ». Il ne s'agit plus seulement des (( droits spéciaux » spécifiés dans l'accord négocié, en juillet 1905, par MM. Révoil et Rosen et signé par M. Rouvier et le prince Radolin. Il s'agit des intérêts politiques particuliers. Sous ce rapport, la déclaration du 9 février correspond à peu près, entre la France et l'Allemagne, à ce que l'accord d'octobre 1904 est entre la France et l'Espagne. Nous ne demandions pas, nous n'avions pas intérêt à demander davantage.
En retour, nous ne cédons rien que nous n'ayons déjà donné, rien que M. Delcassé lui-même .n'ait formellement concédé. Dès le 23 mars 1904, quand M. Delcassé fit part au prince Radolin de la prochaine conclusion de l'accord général franco-anglais qui devait être signé le 8 avril suivant, il lui fournit l'assurance catégorique que la liberté commerciale et l'égalité économique seraient respectées au Maroc. Il le lui répéta le 13 avril 1905, dans les termes les plus explicites, au dîner diplomatique offert par l'ambassadeur d'Allemagne, à l'instant le plus critique de la crise, quand notre ministre des Affaires étrangères était accusé de n'avoir pas voulu, de ne pas vouloir « causer » avec l'Allemagne. Aujourd'hui, nous adhérons donc simplement à ce qui était expressément convenu en 1904 et en 1905. M. Pichon n'a consenti, nulle part, aucune nouvelle concession. Aussi le félicitons-nous sans hésitation, sans réserve, du succès qu'il vient d'obtenir. Autant nous étions opposés à toute négocation marocaine quand l'Allemagne voulait y mêler les affaires d'Orient, autant nous nous réjouissons de l'établissement de l'entente à un moment où l'Autriche- Hongrie s'est résignée vis-à-vis de la Turquie aux sacrifices nécessaires, cù nos amis et alliés ne peuvent pas