LES SOUVERAINS ANGLAIS A BERLIN
VISITE d'eDOUARD VII ET Jm LA REINE ALEXANDRA A BERLIN. — LES PRÉCÉDENTS. — LES APPRÉCIATIONS DE LA PRESSE. — LES TOASTS.
10 février 1909.
EDOUARD VII et la reine Alexandra rendent en ce moment à Berlin la visite que Guillaume II et Timpératrice Augusta-Victoria leur ont faite au mois de novembre 1907. A la vérité, depuis cette époque, le roi d'Angleterre s'était déjà rencontré avec l'empereur Guillaume sur le territoire allemand. Se rendant à Marienbad au mois d'août dernier pour y faire sa cure habituelle, il s'était arrêté à Cronberg et, le 11 août, avait eu une entrevue avec son neveu au château de Friedrichshof. Mais cette entrevue, tout en étant officielle, n'avait rien d'une réception solennelle. Le fait qu'elle se passait dans la résidence préférée de la défunte impératrice Frédéric lui donnait un caractère familial. Aucun toast n'avait été prononcé. Edouard VII voyageait sans la reine. Il n'était accompagné d'aucun ministre. Le seul personnage officiel de sa suite était Sir Charles Hardinge, sous-secrétaire d'Etat permanent au Foreign Office. La courtoisie et l'intérêt des bons rapports entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne exigeaient donc que les souverains anglais rendissent au couple impérial allemand, dans leur capitab,
une visite entourée de toute la pompe d'usage dans ces circonstances solennelles. Ils ont fait connaître leur intention à cet égard, il y a longtemps déjà. Contrairement aux bruits répandus par certains journaux, les polémiques provoquées par la publication de l'interview du Daily Telegraph n'ont rien changé à leurs projets. Leur voyage à Berlin ne pouvait, sans grave inconvénient, être remis indéfiniment. Il n'a pas en lui-même d'importance politique particulière : c'est son ajournement qui eût été significatif.
Le langage de la presse britannique et allemande est entièrement conforme à cette impression. Les organes les plus qualifiés de l'opinion dans les deux pays s'accordent à dire qu'il ne se passera rien de sensationnel à Berlin, qu'aucune convention ne sera conclue, ni même préparée, que les conversations politiques tenues à cette occasion n'aboutiront à aucune conclusion pratique, qu'on évitera les entretiens sur les questions délicates. L'accueil fait par Guillaume II l'an dernier, lors de l'entrevue de Friedrichshof, aux suggestions de Sir Charles Hardinge relatives à la limitation des armements maritimes, a découragé les hommes d'Etat britanniques de renouveler cette timide tentative. Le prince de Bûlow n'a-t-il pas déclaré, récemment encore, que l'Allemagne s'inspirerait de ses seuls intérêts et de ses seuls besoins pour son organisation navale et que les économies sur le budget de la marine seraient les dernières qu'il se résignerait à faire? Aussi le Times et le Standard disent-ils tous deux aujourd'hui que la conversation de Friedrichshof ne sera pas reprise. A leur avis, l'Angleterre, elle aussi, ne doit se préoccuper, pour ses armements, que de ses propres convenances. « Sur ce terrain, dit le Times, il n'y a pas lieu à discussion. »