ATTENTAT CONTRE LE ROI D ITALIE
14 mars 1912.
Le roi Victor-Emmanuel III a été ce matin l'objet d'un attentat auquel il a heureusement échappé. Il se rendait en voiture au Panthéon où devait se célébrer un service solennel en mémoire du roi Humbert assassiné le 29 juillet 1900 à Monza par l'anarchiste Bresci, et le cortège royal passait sur la place de Venise quand un individu tira deux coups de revolver sur le souverain. Victor-Emmanuel III ne fut pas atteint ; ce fut le commandant de l'escorte, le major de carabiniers Lang, galopant à la portière du carrosse royal,
qui reçut les deux balles. Il s'en est donc fallu de bien peu que Victor Emmanuel III tombât comme son père sous les balles d'un anarchiste.
Cet attentat est odieux et stupide. « Ce sont les risques du métier », disait Humbert Ier en repoussant le couteau d'un assassin quelques années avant l'attentat de Bresci. Mais jamais le métier de roi n'a été exercé avec plus de simplicité, plus de désintéressement personnel, plus de confiance dans le peuple, plus de dévouement à la chose publique, que par Victor-Emmanuel III. Le couple royal italien donne un exemple parfait de la vie de famille. Le roi et la reine consacrent tout leur temps, tous leurs soins à l'Italie et à leurs enfants. Le mobile qui a poussé l'assassin, un jeune ouvrier maçon de la province de Rome nommé Dalba, serait incompréhensible si Tonne savait que la secte anarchiste, à laquelle il a dit être affilié, se propose de détruire uniquement pour détruire, et que son idéal est le bouleversement universel. Par bonheur, le criminel a manqué cette fois son but. Tous les Français s'en réjouiront du fond du cœur avec les Italiens. Nous félicitons très chaleureusement nos voisins de l'insuccès du féroce attentat de ce matin en leur souhaitant de conserver bien longtemps encore un roi qui offre un modèle accompli des vertus souveraines.
ENTREVUES DE GUILLAUME II AVEC FRANÇOIS-JOSEPH Ier, VICTOR-EMMANUEL III ET l'aRCHIDUC-HÉRITIER.
27 mars 191 2.
Guillaume II arrive ce soir à Corfou après avoir vu François-Joseph Ier à Schœnbrunn, Victor-Emmanuel III
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à Venise et l 'archiduc-héritier François-Ferdinand à Brioni. De ces trois entrevues, c'est celle de Venise qui excitait le plus de curiosité. Les journaux italiens et allemands ne nous apportent aujourd'hui à son sujet aucune information précise ; aucun toast n'a été prononcé au palais royal de la place Saint-Marc, ni à bord du Hohenzollern, et aucun communiqué officieux n'a été publié. Toutefois, il est invraisemblable que Guillaume II, cédant aux désirs de la [presse italienne, ait promis à Victor -Emmanuel d'exercer une forte pression sur la Turquie 'pour l'engager à se soumettre, ou qu'il ait encouragé une 'grande action [ italienne aux LDardanelles. Il 'aura bien plus probablement attiré l'attention de son allié sur les dangers d'une opération qui risquerait de mal tourner et qui, en tout cas, 'coûterait à la flotte italienne de nombreuses unités navales. Sans doute, il ne faut pas prendre à la lettre l'article de la Gazette de V Allemagne du Nord qui donne à entendre que Guillaume II s'est borné à exprimer au roi sa joie de l'échec de l'attentat de Dalba. Sans cloute aussi convient-il de tenir compte de ce que, si Guillaume II et Victor-Emmanuel III s'étaient entendus à propos d'une action sur les côtes ottomanes, la presse allemande se garderait bien de le dire afin de ne pas compromettre l'Allemagne à Constantinople. Mais, en vérité, tout porte à croire que Guillaume II a effectivement conseillé la modération et qu'il s'est contenté de promettre son appui diplomatique pour soutenir des propositions de paix raisonnables. Sous ce rapport, le Cabinet de Berlin est d'accord avec les autres Cabinets, même avec celui de Pétersbourg que l'on avait cru un instant disposé à une intervention plus active. En ce qui concerne le gouvernement français, dès les premiers jours d'octobre, c'est-à-dire dès le début de l'affaire tripolitaine, il avait témoigné au gou-
vernement italien son très sincère désir de lui faciliter la conclusion de la paix. M. de Selves avait donné à cet égard les assurances les plus amicales à M. Tittoni qui en avait paru touché. Nous ne savons si l'ambassadeur d'Italie à Paris en avait fait part au marquis de San Giuliano. Malheureusement, on ne sait sous quelles inspirations, le gouvernement italien a coupé les ponts derrière lui en proclamant l'annexion de la Tripolitaine et il a pris contre la navigation française des mesures inadmissibles. Malgré tout, le gouvernement français reste prêt à s'associer à toute démarche pacifique ayant pour objet la fin des hostilités. Sa bonne volonté égale celle de la Wilhelmstrasse.
Quant à la Triple- Alliance, il en a été aussi question et, à ce point de vue, l'entrevue de Brioni n'est pas la moins intéressante des trois. En effet, étant donné l'âge de l'empereur François-Joseph, il est ^impossible de [ne point prendre en considération, pour le renouvellement du pacte triplicien, les sentiments personnels de l 'archiduc-héritier. Or, on le sait, ces sentiments ne sont pas précisément sympathiques pour l'Italie et ils exercent une influence sérieuse sur les combinaisons de l'état-major austro-hongrois. Il est permis de supposer qu'après avoir causé avec François- Joseph à Vienne et avec Victor-Emmanuel III à Venise, Guillaume II a pu causer utilement à Brioni des relations austro-italiennes. Possédant la confiance des deux souverains, il était l'intermédiaire tout désigné dans la circonstance, et il s'est certainement acquitté de cette tâche délicate avec sa verve ordinaire. Mais les relations austroitaliennes ne dépendent point de conversations entre souverains ; elles sont dominées par la géographie et l'histoire.
Gauvain. — T. IV.
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LA DISCUSSION DE LA DEMANDE DE NOUVEAUX CREDITS MILITAIRES AU REICHSTAG.
23 avril 1912.
Le chancelier de l'empire, le ministre de la guerre et le ministre de la marine ont défendu hier devant le Reichstag les crédits demandés par le gouvernement pour le renforcement de l'armée et de la marine. On a lu dans la Revne militaire publiée ici la semaine dernière en quoi consistait exactement l'accroissement de forces militaires aux frais duquel il s'agit maintenant de faire face. Les représentants du gouvernement ont naturellement mis en avant les arguments d'usage pour justifier les nouveaux sacrifices exigés des contribuables. Le chancelier a commencé par déclarer, il est vrai, que la situation internationale en Europe ne donne actuellement aucun motif d'inquiétude. Il a reconnu les intentions pacifiques des gouvernements, mais il a signalé le péril que fait courir à la paix le fanatisme de certaines minorités, et toute la suite de son discours montre qu'il jugeait l'opinion allemande assez prévenue des dangers extérieurs pour qu'il fût superflu de hausser le ton. De son côté, le général de Heeringen a dit crûment que les difficultés internationales de l'été dernier avaient prouvé l'insuffisance des renforcements résultant du quinquennat militaire voté en 1910. S'ils avaient été plus préoccupés de chercher la vérité que d'obtenir un vote favorable, les ministres allemands auraient dû constater qu'il y a aussi une « minorité fanatique » en Allemagne et qu'à certains moments elle a reçu des encouragements officiels. Cette minorité chauvine a même entraîné presque tout le public
quand elle a agité devant ses yeux le spectre d'une armée noire française aux portes de l'Allemagne et quand elle a représenté le Maroc comme une réserve inépuisable de troupes noires. Chacun sait que les Marocains ne sont point des nègres et que le Maroc, loin d'être pour nous un réservoir de soldats, est destiné à retenir indéfiniment une partie de nos troupes métropolitaines. Militairement, notre nouvelle acquisition africaine est une source de faiblesse, non de force. Le moment où nous sommes en présence de très graves difficultés marocaines malgré la présence d'environ 40.000 soldats de la métropole, et où l'on se demande s'il ne convient pas d'envoyer des renforts, est mal choisi pour prétendre que l'installation du protectorat français au Maroc oblige l'Allemagne à constituer deux nouveaux corps d'armée et une troisième escadre active.
LE DROIT D'INTERPELLATION AU REICHSTAG. — ADOPTION DU DROIT DE POSER DE « COURTES QUESTIONS ».
9 mai 1912.
Le Reichstag allemand a voté hier, au sujet du droit d'interpellation, une résolution très intéressante, mais dont il convient de ne pas exagérer l'importance. Il s'agissait d'une proposition de la Commission du règlement intérieur tendante à permettre aux députés, après la discussion des interpellations, de présenter une motion invitant la Chambre à déclarer que les explications du chancelier répondent ou ne répondent pas à sa manière de voir. Une autre proposition, émanant de la même Commission, avait pour but d'autoriser les députés à poser au gouvernement de
« courtes questions », comme il est d'usage au Parlement britannique. La Commission faisait ainsi application de l'article 27 de la Constitution fédérale qui reconnaît au Reichstag le droit de décider seul des questions relatives à son règlement.
Les deux propositions étaient venues en discussion vendredi .dernier. Au nom du gouvernement, M. Delbrùck, ministre de l'intérieur, avait déclaré qu'une modification du règlement de la Chambre ne saurait entraîner un accroissement des droits du Parlement ni une diminution des droits de l'empereur, des Etats confédérés ou du chancelier. Il avait ajouté que le chancelier était en principe disposé à répondre aux questions posées à propos d'affaires d'importance secondaire, tout en se réservant la faculté de garder le silence. Puis, pour bien marquer que le vote de la Chambre n'engageait en aucune façon le gouvernement, M. Delbrùck avait quitté la salle des séances. La proposition relative aux « courtes questions » fut adoptée à une forte majorité sans grande difficulté. Mais celle qui concernait la sanction des interpellations fut attaquée avec une grande vivacité par les conservateurs. Le comte Posadowsky, qui fut un temps candidat au poste de chancelier, alla jusqu'à dire que le Parlement est incapable de gouverner et qu'on ne saurait songer à augmenter ses privilèges. Un autre député rappela avec mélancolie les fameux November Tage de 1908 pendant lesquels l'empereur fut si malmené au Reichstag, et il exprima la crainte que la personne de l'empereur fût englobée dans le blâme qui pourrait être adressé au chancelier. Enfin, d'une façon générale, hs conservateurs dénièrent à la majorité le droit de gouverner qui appartient entièrement à l'empereur et au chancelier. Après une discussion mouvementée, le vote fut remis au mercredi suivant.
La question est donc revenue hier devant le Reichstag. Les conservateurs ont déposé un amendement disposant que la présentation d'une motion au cours de la discussion d'une interpellation était inadmissible. Mais ils ont éprouvé un échec complet. Leur amendement a été rejeté par 265 voix contre 67, toutes de la droite, et trois abstentions. La proposition de la Commission a été ensuite adoptée sans autre discussion et le président a déclaré que cette modification du règlement de la Chambre entrait immédiatement en vigueur. Dès maintenant, en conséquence, le Reichstag aura le droit d'émettre un vote d'approbation ou de blâme après la discussion d'une interpellation. Mais ce droit ne changera rien aux attributions respectives des pouvoirs publics, et il faut se garder de dire, comme certains journaux allemands, que le vote d'hier ouvre une nouvelle ère parlementaire en Allemagne. Il indique seulement la volonté du Reichstag de suivre de plus en plus près la politique générale. Le chancelier continuera, comme par le passé, de dépendre exclusivement de l'empereur. Mais il est bien évident que les temps bismarckiens sont passés et que, avec ou sans interpellations, un chancelier ne pourrait se maintenir indéfiniment en présence d'un Reichstag franchement hostile.
MOUVEMENT DIPLOMATIQUE ALLEMAND. — LE COMTE WOLFF- METTERNICH ET LE BARON MARSCHALL DE BIEBERSTEIN.
10 mai 1912.
Depuis hier, la démission du comte Wolff-Metternich, ambassadeur d'Allemagne à Londres, est officielle. Quoique
le nom de son successeur ne soit pas publié, tout fait croire que ce sera le baron Marschall de Bieberstein, ambassadeur à Constantinople, qui sera désigné. Si la nomination n'a pas encore paru, c'est que les règles de la courtoisie internationale ne permettent pas de publier les nominations de chefs de mission avant que le gouvernement près duquel ils doivent être accrédités ait donné son agrément officiel. Dans le cas particulier, l'agrément du gouvernement britannique n'est pas douteux. On peut donc considérer comme certain ce mouvement diplomatique, qui serait complété par la promotion du baron de Wangenheim de la légation d'Athènes à l'ambassade de Constantinople. On avait pensé un instant que M. de Kiderlen-Waechter quitterait la Wilhelmstrasse pour le Bosphore. Mais il ne semble pas qu'il doive être donné suite à ce projet. Les décisions définitives vont être prises incessamment : l'empereur Guillaume II, parti de Corfou, doit arriver cette nuit même en Allemagne ; demain, il recevra le baron Marschall en audience à Carlsruhe.
En annonçant la retraite du comte Wolff-Metternich, la Gazette de V Allemagne du Nord dit qu'après un séjour de dix ans à Londres, il avait déjà l'intention de se retirer il y a environ un an, mais qu'il dut ajourner la réalisation de ses intentions en raison du voyage de Guillaume II à Londres, des fêtes du couronnement de George V et des graves événements politiques de ces derniers temps. Cette explication doit être exacte en partie, mais elle n'est pas complète. Si le séjour à Londres est devenu pénible au comte Wolff-Metternich, c'est surtout à cause des déceptions qu'il y éprouva durant la crise marocaine de l'été dernier. Il y a tout lieu de supposer qu'il avait cru que le Cabinet Asquith ne prendrait pas position dans le conflit franco-allemand et que cette opinion a exercé une influence
sur les initiatives du Cabinet de Berlin. Après les déclarations si nettes des ministres britanniques, sa situation devint aussi délicate à Berlin qu'à Londres. Il eut avec Sir Edward Grey des entretiens sans affabilité et probablement il ne reçut pas des compliments de Guillaume II. Après l'échec de la mission conciliatrice de Lord Haldane à Berlin, il était clair que le comte Wolff-Metternich n'était plus l'homme propre à rétablir entre les deux gouvernements ni entre les deux peuples l'harmonie désirée. Pour mener à bien une tâche aussi difficile, il fallait un autre négociateur. Guillaume II a résolu de recourir au baron Marschall qui, aux yeux de ses compatriotes et des étrangers, passe pour le premier diplomate de l'Allemagne.
Le baron Marschall de Bieberstein n'est pourtant point un diplomate de carrière. Né en 1842 dans le grand-duché de Bade, il remplit des fonctions judiciaires jusqu'en 1878, époque à laquelle il se fit élire député au Reichstag comme conservateur. En 1883, le grand-duc de Bade l'envoya comme plénipotentiaire à Berlin. Le baron Marschall occupait ce poste sans éclat quand, à la surprise presque générale, après la disgrâce de Bismarck, en 1890, il fut appelé par Guillaume II à remplacer Herbert de Bism rck au ministère des affaires étrangères de l'empire. Il resta sept ans à la Wilhelmstrasse. Il fut, avec le chancelier de Caprivi, l'auteur de la réduction des droits de douane sur les céréales et s'attira les rancunes implacables des agrariens. Pendant tout son ministère, il fut criblé d'épigrammes par le Wallenstein de Friedrichsruhe, qui ne lui pardonnait point, pas plus qu'au général de Caprivi, de tenir sa place et de suivre d'autres voies que les siennes. En 1897, à la suite d'intrigues encore mal débrouillées, se sachant en butte à l'animosité de gens bien en cour, le baron Marschall donna sa démission. Mais il ne resta pas
longtemps inactif ; peu de temps après, il fut nommé ambassadeur à Constantinople. C'est donc après un séjour de près de quinze ans en Turquie qu'il va représenter l'Allemagne à Londres.
Tout le monde connaît son œuvre pendant ces quinze années. Durant les onze premières, il fut de beaucoup le diplomate le plus influent à Constantinople. Il exerça une véritable puissance. Ayant solidarisé la politique allemande avec celle d'Abdul Hamid, il obtint du sultan à peu près tout ce qu'il demanda. L'empire ottoman devint la plus prospère des colonies allemandes. Le baron Marschall protégea fidèlement Abdul-Hamid contre toutes les conséquences du régime de despotisme et de délation, et, en revanche, il reçut des concessions de chemins de fer, des commandes d'armes et de fournitures de toute sorte, des terrains de colonisation, etc. L'armée ottomane fut instruite, presque commandée par des officiers allemands. Avec la révolution de juillet^ ic;o8,cette domination s'écroula. Néanmoins, avec sa parfaite connaissance des lieux, le baron Marschall parvint à rétablir peu à peu ses affaires. Il profita grandement des négligences des puissances de la Triple Entente, surtout de l'indécision des Cabinets de Londres et de Paris qui ne surent pas se décider à temps et prendre sur le nouveau gouvernement ottoman l'influence que celui-ci était tout disposé à leur accorder. Sans avoir reconquis sa prépondérance du temps d'Abdul Hamid, le baron Marschall put ainsi continuer discrètement son œuvre. Il réussit notamment à faire signer les décrets qui assuraient l'achèvement de la ligne de Bagdad dans les conditions les plus avantageuses pour l'Allemagne. Une seconde fois, l'automne dernier, cette puissance reçut un coup terrible. La brusque déclaration de guerre de l'Italie à la Turquie et l'occupation de la Tripolitaine
par les troupes de Victor-Emmanuel III portèrent à l'ambassadeur d'Allemagne à Constantinople un coup fatal. Jusqu'au dernier moment, le baron Marschall avait assuré le grand-vizir qu'il arrangerait l 'affaire tripolitaine et que la Turquie n'avait rien à craindre. La désillusion fut cruelle. Quelque temps encore pourtant, confiants malgré tout dans leur grand ami, les Turcs s'imaginèrent que, grâce à Berlin, le conflit se réglerait à leur honneur. Quand l'Italie promulgua le décret d'annexion de la Tripolitaine, leurs yeux durent enfin s'ouvrir à la lumière et reconnaître l'impuissance de l'Allemagne à les tirer d'affaire. Dans ces circonstances, la guerre s 'éternisant et la protection des intérêts italiens en Turquie — confiée aux agents allemands — devenant de plus en plus ingrate, le baron 4arschall n'éprouvait plus aucun plaisir à demeurer sur le théâtre de ses anciens exploits. Depuis plusieurs mois, il parlait de sa retraite. On comprend qu'il ait saisi avec empressement l'occasion de mettre un terme honorable à sa longue mission chez les Turcs.
En France et en Angleterre, des appréhensions se sont déjà fait jour sur la nouvelle orientation qu'il pourra donner aux relations anglo-allemandes. Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu pour nous de s'inquiéter. Le gouvernement britannique était et reste sincèrement désireux d'améliorer ses relations avec l'Allemagne, très tendues depuis les incidents de l'été dernier. Nous le savons et nous le trouvons naturel. Mais nous savons aussi de la façon la plus sûre que cette amélioration, si elle se produit, ne modifiera en rien les relations des puissances de la Triple Entente. Quels que puissent être les efforts du baron Marschall, à supposer qu'il en fasse en ce sens, ils ne réussiront pas à ébranler un système qui repose sur la volonté des gouvernements, les intérêts des pays et la sympathie des peuples.