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PROJET DE NOTE DES PUISSANCES A LA TURQUIE

14 janvier 1913.

La réunion des ambassadeurs a fixé hier, d'un commun accord, les termes de la note qui doit être adressée à la Turquie, mais il ne semble pas qu'elle se soit définitivement prononcée sur la date et le mode de la remise. On avait tout d'abord dit et l'on répète encore ce matin que la note serait remise au grand-vizir par le doyen du corps diplomatique de Constantinople, c'est-à-dire par le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie. Ensuite, on a proposé que les ministres des affaires étrangères des six grandes puissances remissent eux-mêmes la note aux ambassadeurs de Turquie accrédités chez elles. Cette dernière combinaison présentait l'avantage d'offrir aux ministres l'occasion d'inviter en termes pressants les représentants du sultan à recommander à leur gouvernement l'acceptation de la note identique. D'ailleurs, un mode n'exclut point absolument l'autre. En même temps que le doyen du corps diplomatique à Constantinople remettrait la note au grand-vizir, les ministres des affaires étrangères des six grandes puissances pourraient appuyer cette dé-

marche de conseils aux six ambassadeurs ottomans. Naturellement, les termes de la note ne peuvent être publiés avant d'avoir été communiqués à la principale puissance intéressée. Toutefois, ce qu'on en sait suffit pour qu'on en apprécie la portée. En somme les grandes puissances conseillent à la Porte de céder Andrinople et.de s'en remettre à elles du sort des îles de la mer Egée. Elles justifient cette invitation à l'abandon des territoires litigieux en attirant l'attention de la Turquie sur les dangers que la reprise des hostilités ferait courir à d'autres parties de l'empire. Elles encouragent la Porte à se résigner à l'inévitable en lui promettant leur concours éventuel pour la réorganisation de l'empire après la conclusion de la paix. Ce concours qui consisterait surtout en une aide financière et tout d'abord dans l'émission d'un emprunt de liquidation, deviendrait impossible si la continuation de la guerre bouleversait de nouveau l'Orient et mettait en péril l'existence même de l'empire. Aucune sanction n'est prévue dans la note. Le projet de démonstration navale dont il avait été question paraît être abandonné, du moins pour le moment. Les puissances espèrent que leur unanimité à conseiller la résignation au gouvernement ottoman finira par le persuader ; plusieurs d'entre elles ont hésité à accompagner une démarche déjà pénible d'un acte de force.

Si triste, si embarrassante que soit la situation de la Turquie, si douloureux que soit le sacrifice qu'on lui demande, la prompte acceptation de la note des puissances serait certainement la décision la plus favorable aux intérêts de l'empire que pût prendre la Sublime Porte. Kiamil Pacha et ses collègues doivent se convaincre que ce conseil leur est donné par des amis véritables désireux de sauver ce qui peut encore être sauvé. Qu'ils se remémorent l'histoire du xixe siècle : ils constateront que les querelles des

grandes puissances en Orient se sont toujours terminées par un démembrement de l'empire ottoman. Une nouvelle conflagration, si vaste fût-elle, ne tournerait pas davantage au profit de la Turquie. Finalement, tout le monde conclurait la paix à ses dépens, parce que tout le monde pourrait y trouver des compensations. En fait, la Macédoine et la Thrace sont perdues et ne peuvent être reprises ; les îles sont occupées par les Grecs, et la flotte ottomane, hors d'état de soutenir une lutte sur mer, est impuissante à chasser les occupants. Toutes les argumentations ne changeront rien à cela. On voit bien ce que certaines puissances pourraient -gagner à la reprise des hostilités : on ne voit pas quel bénéfice en pourrait retirer la Turquie sous aucun rapport. Par contre, de nouvelles dépenses rendraient encore plus lamentable la détresse du Trésor, et l'Asie, dégarnie de troupes et de moyens de défense, serait facilement ouverte aux audacieux. Il serait donc sage de profiter de ce qu'Andrinople tient encore pour essayer d'obtenir une bonne frontière en Thrace et des garanties pour les îles. Sur ces deux derniers points, les puissances sont disposées à s'employer activement en faveur du sultan. Le moment est venu d'utiliser ces bonnes dispositions.

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