‹ L'Europe au jour le jour (volume 4)Chapitre 102 sur 110 · ROUMAIN · texte numérisé non relu

ROUMAIN

22 janvier 19 13.

D'après des nouvelles concordantes de Constantinople, le gouvernement ottoman serait résigné à proposer au Grand Divan qui est convoqué aujourd'hui au palais de Dolma Bagtché d'adhérer à la note identique des six grandes puissances, c'est-à-dire de céder Andrinople à la Ligue balkanique et de confier aux puissances le soin de régler la question des îles de la mer Egée. Comme nous le disions hier, c'était le seul parti raisonnable à prendre. Il y allait du sort de l'Asie. Pour tous les observateurs attentifs des choses orientales, il est clair que la reprise des hostilités devant Tchataldja entraînerait presque inévitablement des occupations de territoires en Asie et par suite mettrait en

question l'existence même de l'empire ottoman. La Turquie risquerait fort d'avoir affaire non seulement aux quatre alliés balkaniques, mais encore à d'autres puissances promptes à saisir l'occasion de satisfaire des ambitions particulières. Toute autre considération disparaît devant celle-là. Le cœur meurtri, mais la conscience nette, Kiamil Pacha doit exposer sans réticence la situation actuelle et inviter les membres de l'assemblée à sanctionner une décision imposée par les événements. Il ne servirait plus de rien de recourir à de nouveaux ajournements. Plus tôt l'on conclura, mieux cela vaudra pour la Turquie.

Les nouvelles-dé Bucarest et de Sofia sont également rassurantes. Il semble acquis aujourd'hui que la Roumanie et la Bulgarie sont tombées d'accord. La Bulgarie a décidé de céder à la Roumanie une bande de territoire partant de Silistrie et aboutissant à la mer Noire en un point qui n'est pas encore divulgué, mais situé de telle sorte que le port bulgare de Varna reste suffisamment protégé et que le petit port roumain de Mangalia, à l'extrémité de la Dobroudja, soit complètement couvert du côté sud dans le cas où le gouvernement de Bucarest voudrait utliser cet admirable emplacement pour la création d'un port militaire. On ne dit rien de la ville même de Silistrie. Il est peu probable qu'elle soit cédée, malgré le désir formel qu'en avait manifesté le Cabinet Majoresco. Mais ce n'est pas la ville, de population bulgare, qu'il importe à la Roumanie d'acquérir ; ce sont les positions voisines. A ce propos, iî convient de relever une erreur répandue dans toute la presse, même dans celle de Bucarest. En parlant de Silistrie, on la qualifie de forteresse et l'on prétend qu'elle commande le pont du Danube. Or Silistrie n'est point et ne peut être une forteresse, car l'article 32 du traité de Berlin a stipulé : « Toutes les forteresses et fortifications qui se

trouvent sur le parcours du Danube depuis les Portes de Fer jusqu'à ses embouchures seront rasées et il n'en sera pas élevé de nouvelles. » En fait Silistrie n'offre nullement l'aspect d'une place forte et les ouvrages fortifiés dissimulés qu'on a pu y construire en les masquant avec des baraquements d'apparence inofTensive ne sont pas plus importants que ceux du même genre à Braïla et à Galatz. En outre, il n'existe aucun pont devant Silistrie, ni à proximité. Le seul pont qui franchisse le Danube depuis son embouchure jusqu'au delà des rives serbes est celui de Cernavoda, sur la ligne Bucarest-Constantza, dans la Dobroudja, et très en aval de Silistrie (environ soixante kilomètres à vol d'oiseau). La meilleure protection de ce pont, d'une importance capitale pour la Roumanie, sera toujours l'amitié roumano-bulgare. Mieux que toute forteresse, cette amitié assurera à la Roumanie la libre possession de ses domaines actuels et le développement normal de ses destinées.

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