LA QUESTION DE LA TRANSFORMATION DE L'ENTENTE CORDIALE EN ALLIANCE
27 mai 1912.
Depuis plusieurs jours, la question de la transformation de 1 Entente cordiale en alliance formelle est posée dans la presse anglaise. Le Morning Post, le Spectator, le Daily Chromck, le Manchester Guardian, l'Observer ont pubbé a ce sujet des articles remarqués. Dans ce premier échange de vues les avis sont partagés. Tandis que le Mormng Post, journal conservateur, plaide énergiquement en faveur de la conclusion d'une alliance avec la France, le Daily Chroniele, organe radical et ministenel, critique cette proposition et défend le maintien pur et simple du système actuel. Il est certain que le part, umomste en général est plus favorable que le parti radical a un resserrement des liens franco-anglais. Toutefois, il n'en faudrait pas conclure que la majorité actuelle-
ment au pouvoir est animée à notre égard de sentiments moins cordiaux. Au cours de l'été dernier, nous avons reçu la preuve manifeste de l'attachement inébranlable du Cabinet Asquith à l'Entente cordiale et de sa volonté de lui faire produire, en cas de besoin, tous ses effets sans reculer devant aucun risque.
Dans 'tous les partis en Angleterre on se rend compte avec la même netteté de l'intérêt vital pour ce pays d'empêcher à tout prix la France d'être écrasée par l'Allemagne. Au cas où nous serions vaincus, en effet, l'hégémonie allemande serait établie en Europe, l'équilibre serait détruit, et rien n'empêcherait plus nos voisins de l'Est d'accroître leur flotte dans des proportions qui leur permettraient de s'assurer sur mer la même suprématie que sur terre. Les partisans d'une alliance allemande sont verbeux et remuants, mais en nombre insignifiant dans le Royaume- Uni. Quelles que soient les sympathies des personnes pour tel ou tel peuple, l'immense majorité des Anglais reconnaît aujourd'hui que l'intérêt de leur pays commande le maintien de la puissance française, gardienne de l'équilibre, qui est lui-même la sauvegarde de la puissance britannique. Au contraire, l'alliance avec l'Allemagne ne pourrait tendre qu'à un partage de domination, et les Anglais savent bien que, quand les diplomates allemands proposent un partage, c'est avec l'intention bien arrêtée de reprendre la part de leur associé après avoir absorbé la leur. Que l'Allemagne se tourne vers la France ou vers l'Angleterre, c'est toujours pour dire : « Que ne ferions-nous pas à nous deux! Nous serions les maîtres du monde. » Dans les grandes tractations berlinoises, il est toujours question du partage des dépouilles d'autrui. En liant partie avec la Wilhelmstrasse, on court toujours le risque d'être entraîné bon gré mal gré dans une aventure. Toute la nation bri-
tannique sent très bien cela et, si elle entrait en arrangement avec l'Allemagne, ce serait uniquement pour diminuer les chances de conflit et mieux garantir l'équilibre ; ce ne serait nullement pour solidariser les destinées des deux peuples.
En France, les hommes politiques connaissent parfaitement cette situation. Ils ont pleine confiance dans la solidité des liens actuels qui unissent la France et l'Angleterre. Ils ont la certitude que, avec ou sans engagement écrit, l'Angleterre se portera sans hésitation avec toutes ses forces à l'aide de la France menacée. Quelques publicistes fantaisistes, qui vivent plutôt dans le passé que dans le présent, essayent bien encore de temps à autre de raviver les souvenirs de « la perfide Albion » et d'insinuer qu'elle prétend nous faire tirer les marrons du feu pour elle. Ces radotages choquent trop l'évidence pour tromper personne. Jusqu'à ces derniers temps, les partisans attardés de la fraternité franco-allemande chère à M. Emile Ollivier reprochaient à l'Angleterre de ne pas vouloir se lier formellement à nous afin de pouvoir mieux nous duper. Aujourd'hui que se dessine outre -Manche un mouvement en faveur de la conclusion d'un pacte ferme, ils accusent nos amis de vouloir nous duper encore. La raison d'être de ces théoriciens est de toujours récriminer ; aucun argument, aucun événement ne saurait les convaincre. Mais ils sont sans influence et l'Entente cordiale a jeté dans toute la France de puissantes racines qui gagnent chaque jour en force et en étendue.
Dans ces conditions, le public français ne peut voir qu'avec satisfaction toutes les manifestations de confiance et de sympathie qui nous viennent d'Angleterre. Il apprécie à toute sa valeur le concours qu'on se déclare prêt à nous donner. Cependant il doit observer une grande réserve en
ce qui concerne les projets de transformation d'entente en alliance. Il tient à n'éveiller aucune susceptibilité chez nos voisins, à éviter toute apparence de pression sur leur esprit. Il craint même dans une certaine mesure que les projets en discussion dans la presse soient exploités contre l'Entente cordiale par les rares irréconciliables qui effraient les timides avec le spectre de la conscription. Il ne faut pas qu'aux yeux de la population britannique, alliance avec la France et service militaire obligatoire soient solidaires. Cela donnerait trop beau jeu à nos rivaux. Si l'Angleterre est amenée à réformer ses institutions militaires, il importe que ce soit en toute liberté d'esprit, en considération d'intérêts attentivement pesés, et non point parce que l'exigerait une alliance française. L'Entente cordiale a pour elle la force des choses ; il suffit de lui laisser porter ses fruits naturels.'
VISITE DE LA REINE DE HOLLANDE A PARIS. — LES PAYS-BAS, LA FRANCE ET L'EUROPE.
x* juin 1912.
La reine Wilhelmine arrive cet après-midi à Paris avec le prince des Pays-Bas. Elle vient rendre au président de la République la visite qu'il lui a faite au commencement de juillet de l'an dernier. M. Fallières était parti pour la Hollande au lendemain de l'envoi du Panther dans les eaux d'Agadir. La brusque mise en demeure de l'Allemagne au sujet du Maroc n'avait en rien troublé les projets arrêtés depuis longtemps entre les Cabinets de Paris et de La Haye^et le voyage du président de la République s'accom-
plit comme si une menace de guerre n'avait point éclaté sur nous. Le ministre des affaires étrangères accompagna M. Fallières, comme il avait été prévu, sans craindre de suspendre la conversation inopinément engagée par M. de Schœn dans la matinée du Ier juillet. Le gouvernement de la République tint en cette occasion à donner aux Pays- Bas une preuve manifeste de sa confiance et de son amitié. Le programme fixé d'avance fut rempli de point en point et rien ne put faire soupçonner à nos amis hollandais que les représentants de la France étaient sous le poids des plus graves préoccupations extérieures. Toutefois, tout le monde sentait l'horizon chargé d'orage. Cette fois, heureusement, aucun nuage n'assombrit le ciel politique. Le président Fallières, les membres du gouvernement et toute la population parisienne feront fête en toute liberté d'esprit à la reine Wilhelmine et au prince-consort.
Personnellement, la jeune reine des Pays-Bas ne peut éveiller en nous que les plus vives sympathies. Héritière de la vieille maison d'Orange-Nassau, elle fut pendant dixneuf ans le seul rejeton de cette dynastie à laquelle les Hollandais sont passionnément attachés. Montée sur le trône à l'âge de dix ans, elle reçut huit ans plus tard, en 1898, le pouvoir des mains de sa mère, la reine Emma, qui avait exercé la régence avec un tact et un dévouement dignes de ceux de la noble reine Marie-Christine d'Espagne. Mariée eniçoi au duc de Mecklembourg, elle resta huit ans sans donner d'héritier à la Couronne et son peuple redoutait de voir s'éteindre avec elle la dynastie nationale. Aussi, quand la princesse Juliana naquit en 1909, ce fut dans tout le pays une explosion de joie indicible. La popularité de la reine Wilhelmine s'en accrut encore, et l'on peut dire que dans aucun pays le souverain et la nation ne sont unis par une affection plus profonde. La naissance
de la princesse Juliana fut accueillie avec une satisfaction sincère non seulement par les Hollandais, mais encore par tous leurs véritables amis, en particulier par les Français. En effet, la question de la succession de la maison régnante des Pays-Bas intéressait toute l'Europe. Il n'était indifférent pour personne que le trône néerlandais restât dans la maison d'Orange-Nassau. C'est elle qui a fondé et maintenu l'indépendance nationale. Si elle était venue à s'éteindre, de grands changements eussent risqué de survenir. Fermement attachée à l'équilibre européen, la France n'aurait pu voir sans inquiétude succéder un jour à la reine Wilhelmine un prince moins attaché qu'elle aux traditions hollandaises. En dehors des sentiments d'admiration et de respect que sa personne nous inspire, la reine Wilhelmine incarne donc à nos yeux un système politique sur lequel repose la paix de l'Europe.
Depuis bien longtemps, la France et les Pays-Bas ne sont plus séparés par aucun dissentiment. Les vieux souvenirs de Louis XIV et de Napoléon Ier ne sont plus que de l'histoire. D'ailleurs, tout compte fait, c'est la France qui a de beaucoup le plus pâti de l'intolérance religieuse du Roi-Soleil et de la politique grandiose du Premier Empire. La séparation de la Belgique en 1830 a mis fin à une situation artificielle créée en 181 5 et devenue intolérable. Aucun ressentiment ne subsiste de ce fait à notre égard. Par contre, les grands événements des cinquante dernières années démontrent que la France et les Pays-Bas ont un intérêt commun à défendre solidairement l'équilibre européen. Sous aucun rapport, les Hollandais n'ont rien à craindre de nous. Nous ne menaçons ni leur territoire continental, ni leurs colonies, ni leur commerce maritime, principale source de leur richesse. Nous n'avons aucune raison d'exercer sur eux une pression quelconque. Sans doute nos rap-
ports commerciaux pourraient être plus développés à l'avantage réciproque des deux pays, mais les légères difficultés qui ont pu naître à ce sujet sont de celles qui se présentent même entre puissances alliées. Par conséquent, elles ne sont nullement de nature à refroidir les rapports entre Paris et La Haye. Nous ne demandons à la Hollande qu'une seule chose au point de vue politique, c'est qu'elle observe et fasse respecter sa neutralité en cas de conflit européen ; c'est qu'elle permette aussi à la Belgique de faire respecter la sienne. C'est dans cet esprit que la question de Flessingue a été traitée par toute la presse française au courant de l'hiver de 191 1.
A aucun moment, une parole désobligeante ou comminatoire n'est partie de France à l'égard de la Hollande. S'il existe un danger pour celle-ci, il ne vient pas de nous. Le commerce maritime de Rotterdam, la grande cité qui est devenue rapidement la rivale d'Anvers, n'est menacé que par les projets allemands de taxation de la navigation sur les fleuves du centre de l'Europe, projets contraires à^certaines stipulations encore en vigueur de plusieurs traités internationaux. Ce n'est pas en France qu'on a parlé de détourner le cours inférieur du Rhin pour obliger la Hollande à se rallier à la modification de ces stipulations. Ce n'est pas en France non plus que des chauvins agitent périodiquement la question de faire entrer la Hollande dans un grand empire voisin. Aussi n'attachons-nous aucune importance à certaines démonstrations qui se produisenc de temps à autre dans quelques grandes villes des Pays- Bas. Nous sommes convaincus que l'influence de certaines colonies étrangères est purement superficielle et que tous les Hollandais tiennent aussi résolument à leur indépendance politique qu'à leur propre vie. En cas de besoin, ils sauraient la défendre, et la reine Wilhelmine, qui s'occupe
de toutes les choses militaires avec l'attention et la passion d'un vrai chef d'armées, se jetterait sans hésiter dans la lutte.
C'est donc sans aucune réserve, d'un cœur pleinement joyeux, que Paris accueillera ce soir la reine Wilhelmine et le prince Henri. La France sera fîère de les avoir quelques jours dans sa capitale et heureuse de leur témoigner publiquement la respecteueuse sympathie qu'elle professe pour leur personne et la grande amitié qu'elle ressent tout entière pour la Hollande.
2 juin 1912.
Les toasts prononcés hier soir au dîner offert par le président de la République à la reine Wilhelmine et au prince des Pays-Bas traduisent avec une parfaite exactitude les sentiments réciproques de la France et des Pays-Bas. Après s'être fait l'interprète de la respectueuse sympathie du peuple français pour la personne de la reine et de sa haute estime pour le pays dont elle dirige les destinées, M. Fallières a tenu à dire que la France se plaît à saluer dans la Hollande une terre jalouse de son indépendance. C'est ce que nous disions hier et c'est bien, en effet, l'attachement inébranlable des Hollandais à leur indépendance qui leur vaut le respect, l'admiration et la confiance des autres nations qui défendent en Europe la paix et l'équilibre. Dans sa réponse, la reine ne pouvait naturellement reprendre la pensée du président ; dans sa bouche, les mêmes mots eussent pris une autre signfication : on aurait pu y voir une allusion à un danger qui heureusement n'existe pas. La jeune souveraine a insisté surtout sur le rayonnement
littéraire et artistique de la France dans ses Etats. Mais, sous ce rapport, les Hollandais ont peu de chose à nous envier. Depuis des siècles, leurs penseurs, leurs savants et leurs artistes ont exercé une influence immense dans le monde. Leur race s'est fortifiée dans l'adversité et développée aux époques heureuses. Les mélanges qu'y ont introduits les bannis d'autres pays fuyant la persécution lui ont infusé des qualités uniques. Le sang des réfugiés français coule dans les veines de maints Hollandais. La reine Wilhelmine elle-même a du sang des Coligny, puisqu'une fille de l'amiral assassiné en 1572, le jour de la Saint-Barthélémy, devint la femme de Guillaume le Taciturne, chef de la maison d'Orange. Elle a eu la gracieuse pensée de le rappeler hier : « Je suis fière, a-t-elle dit, du sang français qui coule dans mes veines et que le nom de ma race se rattache à la France. » A son tour, la France est fière de voir sur le trône des Pays-Bas la descendante des Orange et des Coligny.
ÉLECTIONS GÉNÉRALES EN BELGIQUE. — ACCROISSEMENT DE ' LA" MAJORITÉ CATHOLIQUE.
3 juin 1912.
Les élections générales belges du 2 juin viennent de ruiner^ lesjespérances^de la coalition libérale-socialiste et de consolider au pouvoir le parti catholique. Quoiqu'on ne connaisse pas encore les résultats définitifs de toutes les
circonscriptions, il est certain que la majorité catholique, qui était de six voix dans la Chambre dissoute, dépassera sensiblement ce chiffre. D'après les dernières dépêches, elle atteindrait seize ou dix-huit voix. Ce serait un triomphe pour le gouvernement.
Le parti catholique était au pouvoir depuis vingt-huit ans. Aux élections du 14 juin 1884, il avait obtenu quatrevingt-cinq sièges alors que le gouvernement libéral présidé par Frère-Orban en conservait seulement cinquante-trois. M. Frère-Orban avait entrepris une politique scolaire très onéreuse pour le pays, et qui choquait les sentiments d'une grande partie de la population. Il avait prétendu instituer l'enseignement officiel neutre dans toutes les communes. Quatorze millions d'impôts nouveaux avaient dû être votés pour subvenir aux frais de la réalisation de cette conception politique. D'une part, ces nouvelles charges avaient été très mal supportées par le corps électoral ; d'autre part, le coup porté aux écoles confessionnelles avait provoqué d'ardentes protestations chez les catholiques qui pouvaient invoquer en faveur de leur système les franchises communales traditionnelles dans ce pays où la vie municipale a toujours joué un rôle prépondérant. Le parti catholique victorieux réforma radicalement les lois scolaires de Frère-Orban en permettant tout d'abord aux communes d'adopter des écoles catholiques libres, puis en subventionnant des écoles non adoptées, à la condition que celles-ci se soumissent à des inspections officielles régulières. Sous les huit ministères catholiques qui se sont succédé sans interruption depuis 1884 jusqu'en 19 12, le gouvernement a toujours pris pour base de sa politique scolaire la liberté du père de famille d'envoyer ses enfants à l'école de son choix. Par contre, les libéraux ont toujours soutenu le système de l'école d'État. Ce sont deux conceptions diffé-
rentes correspondant à des états d'esprit très différents. Dans cette lutte, les catholiques trouvaient leur meilleur appui dans les Flandres et les libéraux dans la Wallonie.
C'est encore sur cette question scolaire que vient de se faire la dernière campagne électorale. Ce sont les difficultés rencontrées par son projet de loi sur les « bons scolaires » qui avaient amené M. Schollaert à se retirer l'an dernier et à céder le pouvoir à M. de Broqueville. Celui-ci avait retiré le projet de loi Schollaert sans le désavouer et l'on était tacitement convenu de le laisser dormir jusqu'à ce que les électeurs se fussent prononcés. Les libéraux avaient dirigé contre la combinaison Schollaert des attaques furibondes qui ne nous semblent point justifiées. Dans le système ainsi vilipendé, l'administration communale était tenue de remettre à chaque père de famille de la commune autant de bons scolaires qu'il avait d'enfants en âge d'aller à l'école, et le père de famille devait utiliser le bon scolaire en le remettant au directeur de l'école de son choix. L'État devait, chaque année, rembourser la dépense aux écoles moyennant la production des bons. Cette combinaison peut manquer de simplicité ; les partisans des droits supérieurs de l'État peuvent aussi l'accuser de laisser une part trop petite à l'influence de l'État ; elle est contraire à l'esprit jacobin ; mais on ne peut, en toute bonne foi, la traiter d'inique, de sectaire, de fanatique. Dans un État démocratique, dans un gouvernement d'opinion publique, la liberté des pères de famille pour l'instruction et l'éducation de leurs enfants mérite aussi d'être prise en considération. Enfin loin de grever le budget, le projet de loi sur les bons scolaires aménageait d'une façon très ingénieuse la répartition des crédits affectés à l'instruction publique. Au mois de juin 191 1, lors de la démission de M. Schollaert, nous exprimions l'avis que la chute de ce ministre était
due moins à l'hostilité provoquée par son projet qu'à la rancune implacable du chef des catholiques intransigeants, M. Woeste, furieux du vote de la réforme militaire. Les élections d'hier sont la revanche de M. Schollaert.
Bien d'autres griefs avaient été invoqués par l'opposition contre le gouvernement. Le fait est que, durant vingt-huit ans, le parti au pouvoir avait assuré au pays une magnifique prospérité et procédé avec prudence à plusieurs réformes considérables malgré les résistances de l'extrême-droite. Dans les lois sociales notamment, il avait associé l'initiative privée à l'interventionnisme de l'État, encouragé les efforts individuels, subventionné — subsidié, comme on dit làbas — les œuvres dont ailleurs on veut faire des institutions exclusivement d'État. Aussi les socialistes avaient-ils coalisé toutes leurs forces contre lui. Déjà ils croyaient tenir la victoire et réclamaient deux ou trois portefeuilles dans le futur Cabinet libéral. Les libéraux avaient cru devoir conclure un cartel avec ces dangereux alliés. Les électeurs ne paraissent pas avoir beaucoup goûté cette coalition. Ceux d'entre eux qui, en dehors des questions de parti, désiraient simplement un bon gouvernement, ont pensé qu'une coalition libérale -socialiste, disposant d'une majorité de quelques voix à la Chambre, serait à la merci des socialistes et que le pays serait jeté dans des expériences ou 'des aventures dont les conséquences pourraient être désastreuses. Cette prudence se comprend. Elle explique le vote d'hier.