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LES RAPPORTS ENTRE L'AUTRICHE ET LA HONGRIE

31 mars 1912.

C'est bien d'une crise austro-hongroise, et non d'une crise purement hongroise qu'il s'agit. Au fond de toutes les crises ministérielles à Budapest il y a la question des

rapports entre les deux parties de la mcnarchie. On a vu dans les Débats du 7 et du 8 mars comment le Cabinet Khuen-Hédervary avait été amené à donner sa démission quoique la Chambre élue sous ses auspices fût aussi docile et dévouée qu'une Chambre hongroise peut l'être. Cette « Chambre introuvable » n'a pourtant pas voulu adopter tels quels les projets de loi sur la réorganisation de l'armée, notamment celui sur l'augmentation des contingents, et elle a subordonné son approbation atfvote d'une résolution limitant le droit du souverain de convoquer les réserves. Elle a tenu à conserver au Parlement son droit traditionnel de voter le contingent annuel et d'empêcher la levée des recrues dans le cas où le Parlement serait prorogé ou dissous. Il n'est pas douteux que ces prétentions correspondent au sentiment général des Magyars. Le peuplemagyar se méfie toujours un peu de Vienne. Il veut prendre ses précautions contre l'absolutisme. Il ne professe point une confiance parfaite dans l 'archiduc-héritier dont les tendances fédéralistes l'effrayent. Ce n'est point là affaire de parti, mais affaire nationale. Quand une partie de la Chambre est sur le point de céder, sous des influences de Cour, aux désirs de Vienne, il suffit que le parti de l'indépendance résiste et menace de l'obstruction pour que le sentiment national se réveille dans tous les groupes politiques. Les députés les plus gouvernementaux savent bien qu'ils seraient abandonnés de leurs électeurs, même avec le système électoral actuel, s'ils ne défendaient plus, en apparence du moins, les droits antiques de la couronne de Saint -Etienne. C'est pourquoi, dans la crise actuelle, le comte Etienne Tisza, l'organisateur et le chef du parti gouvernemental, a soutenu le projet de résolution sur la convocation des réserves avec la même énergie que M. Kossuth. C'est également pourquoi le comte Khuen-

Hédervary, homme de confiance du roi, s'était jusqu'à ces tout derniers jours rallié à ce projet.

Mais un revirement s'est produit hier. Après plus de trois semaines de démarches, d'entrevues, de conciliabules, de voyages entre Vienne et Budapest, le comte Khuen a eu avec François-Joseph un entretien décisif, d'où il est résulté que le souverain refusait en définitive d'accepter la limitation de son droit de convocation des réserves. François-Joseph serait allé jusqu'à parler d'abdiquer s'il ne recevait pas satisfaction à cet égard. En conséquence, le comte Khuen a aussitôt appelé ses collègues à Vienne et un Conseil des ministres s'est tenu au château de Schœnbrunn sous la présidence du roi. Il a été décidé que le Cabinet démissionnaire resterait au pouvoir. D'après les dernières dépêches, les ministres ont tous accepté. On doit en conclure que le comte Khuen et ses collègues se sont obligés à exercer toute la pression nécessaire sur le parti du travail et le groupe Kossuth pour les engager à renoncer au vote de la résolution relative à la convocation des réserves. Ils n'auront peut-être pas très grande peine à convaincre le comte Etienne Tisza. Seulement il sera plus difficile de persuader M. Kossuth, non pas que cetUiomme politique soit inaccessible aux raisonnements viennois,rmais parce qu'il est obligé de suivre une politique conforme à certaines idées nationales'sous peine dejruiner sa carrière. Dans tous les cas il faut 'compter sur la résistance du groupe qui suit M. de Justh, M. Hollo et le comte Batthyany. Le ministère a déjà menacé de briser son obstruction par des mesures de rigueur. Mais, pour que l'emploi de la force réussît contre les obstructionnistes, il faudrait être sûr que l'opinion du pays ne fût pas avec eux. Or, il est probable que, depuis quelques années, l'opinion hongroise est plutôt avec M. de Justh qu'avec les comtes Khuen et Tisza.

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