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LE MINISTÈRE LUKACS ET LA RÉFORME ELECTORALE

23 mai 1912.

La chute du comte Khuen-Hédervary et l'arrivée au pouvoir de M. de Lukacs n'ont pas amené en Hongrie la détente qu'espéraient les amis de la monarchie. Depuis près d'un mois qu'il est à la tête du gouvernement, M. de Lukacs a en vain essayé de s'entendre avec l'opposition pour la décider à renoncer à la tactique obstructionniste contre la discussion des projets de loi militaires. Il a eu conférences sur conférences avec M. de Justh ; il est tombé d'accord avec lui sur la nécessité de procéder à une réforme électorale sérieuse et sur la convenance de voter tout d'abord les projets de loi militaires à titre provisoire seulement .Mais l'accord s'est limité à ces deux questions de principe ; quand on est passé aux précisions et aux garanties, les dissentiments ont éclaté et sont allés en s'accentuant.

La réforme électorale, on le sait, est depuis plusieurs années le pivot de toute la situation politique en Hongrie. La loi électorale en vigueur est la plus extraordinaire qui soit en Europe ; on peut dire qu'elle dérive directement du régime féodal. Elle n'a pas pour but de créer une représentation nationale, mais d'assurer l'hégémonie à l'aristocratie magyare. Malgré tout, avec le temps, avec

l'importance croissante des agglomérations urbaines, avec les transformations de la vie industrielle, cette hégémonie a été battue en brèche et les partis bourgeois et populaire ont réussi à obtenir un nombre appréciable de sièges dans le Parlement. S'ils sont incapables de constituer un gouvernement, ils se sentent assez forts dans le pays pour empêcher de fonctionner tout gouvernement qui ne tiendrait pas compte de leurs desiderata dans une certaine mesure. Ce qui fait la force des amis de M. de Justh et d'une partie de ceux de M. Kossuth à la Chambre des députés, ce n'est pas leur nombre, c'est le sentiment général qu'ils représentent les masses privées de droits électoraux. Dans un pays comme la Hongrie où les opinions se manifestent facilement avec violence, il est impossible de ne pas prendre en considération la possibilité d'explosions populaires. Le comte Khuen lui-même, partisan résolu de la manière forte, s'est senti impuissant à résister au courant ; il a hésité dans la question militaire, s'est perdu dans des contradictions et a finalement sombré dans le discrédit.

M. de Lukacs, dont l'esprit de conciliation est bien connu, a donné franchement un coup de barre à gauche, sans réussir à sortir des écueils la barque gouvernementale. Il proposait d'étendre largement le droit de vote et de supprimer l'institution actuelle des curies. Mais il substituait à celles-cijm système bien compliqué. Il divisait en effet les électeurs en cinq catégories : i° tous les individus âgés de 20 ans remplissant les conditions d'électorat suivant la loi encore en vigueur ; 2° les individus âgés de 24 ans ayant fait leurs études secondaires ; 30 les individus âgés de 30 ans ayant suivi six classes primaires et remplissant en outre d'autres conditions accessoires réparties en onze catégories ; 40 les individus sachant lire et écrire, domiciliés depuis un an dans la même commune, propriétaires Gauvain. — T. IV. 5

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-dam nombre détermine d'hectares de terre, ou'payantun impôt foncier de to à 20 couronnes, ou payant d'autres impôts directs de 20 à 30 couronnes ; 50 tous les analphabètes propriétaires d'un certain nombre d'hectares ou payant au moins 30 couronnes d'impôts directs. Les électeurs de ces cinq catégorie s devaient -être inscrits 'sur une -même 'liste dans Chaque commune et voter dans >leur commune au lieu d'être obligés de se rendre comme précédem- -ment au dhef-lieu de -la circonscription. Enfin le suffrage devait être secret dans les villes et rester public dans les campagnes.

M. de Justh présenta aussitôt de nombreuses objections contre une répartition des électeurs en catégories aussi diverses, qui excluait encore un trop grand nombre de citoyens. Il proposait de son côté 'de conférer l'électorat à toutes les personnes du sexe -masculin âgées de vingt-quatre ans, sachant lire et écrire et domiciliées depuis -un an dans *'la commune du vote. A titre de garantie pour l'élément magyar, il retirait aux électeurs condamnés pour excitation contre « l'idée tle l'État hongrois »'le droit de vote pour dix ans, et, en cas de récidive, pour la vie.

Sur 'les points de détail, toutefois, l'entente aurait été réalisable. Ce qui provoqua la rupture, ce fut le maintien du scrutin public dans les -campagnes, et aussi, peut-être surtout, l'insuffisance des garanties pour le vote de la réforme. M. de Justh tenait essentiellement à ce que les projets de 'loi militaires ne fussent pas définitivement adoptés -avant la mise en vigueur de la nouvelle loi -électorale. 'En conséquence, Àl proposait de voter d'abord un ■provisoriwn militaire, puis la réforme électorale, et en troisième lieu la réforme militaire. "M. de Lukacs, au contraire, voulait faire voter d'abord un provisorium militaire valable pour un an, puis la réforme militaire, et seulement ensuite

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