‹ L'Europe au jour le jour (volume 4)Chapitre 22 sur 110 · L OBSTRUCTION PARLEMENTAIRE ET LE COMTE TISZA · texte numérisé non relu

L OBSTRUCTION PARLEMENTAIRE ET LE COMTE TISZA

5 juin 1912.

Les appréhensions qu'avait provoquées dans les partis d'opposition hongrois le remplacement de M. de Navay par le comte Etienne Tisza à la présidence de la Chambre des députés, étaient entièrement justifiées. La Chambre hongroise a été hier le théâtre de scènes de violences inouïes, et les députés de l'opposition ont été expulsés par la force de la salle des séances. Passant par dessus les prescriptions du règlement, le comte Tisza a clos de sa propre autorité la discussion du projet de loi militaire dont les articles n'avaient pas encore été adoptés, puis il a fait voter sans désemparer l'ensemble par la majorité en première, en deuxième et en troisième lecture. Ainsi, l'obstruction a été vaincue, mais à quel prix! La procédure employée par le comte Tisza est un simple coup de force, et l'expulsion des députés de l'opposition est un acte de violence. Ce sont des procédés révolutionnaires d'en haut ; il est fort à craindre qu'il y soit répondu par des procédés révolutionnaires d'en bas.

Nous avons indiqué en quoi consistait le conflit entre le gouvernement et l'opposition. Celle-ci subordonnait la cessation de l'obstruction contre le vote des projets de loi militaires à la suppression des clauses prétendues contraires au droit public hongrois ainsi qu'à l'engagement du Cabinet de faire voter parallèlement une réforme électorale étendant considérablement le droit de suffrage et conférant des garanties sérieuses pour la liberté du vote. L'opposition

tenait essentiellement à ce que le vote de la réforme électorale et celui des lois militaires marchassent de pair, de façon que, celles-ci une fois adoptées, celle-là ne pût plus être éludée. A cet égard, les deux fractions de l'ancien parti de l'indépendance, dirigées par M. François Kossuth, fils dj grand ; Kossuth, et M. de Justh, ancien président de la Chambre, étaient tombées d'accord et, sans reconstituer leur union,. faisaient front ensemble avec le concours- des populistes. L'opposition unie comptait. 127 membres, chmtt 5£ kossuthistes, 39 justhistes,. 14= populistes.;-. i-5- membres du partrde 1848 er^-agrariens soutenant le programme de. 1848. Le ipr juin^, son programme fut 'développé.1 à. la trirbune par.- M» Kossuthi.Le président du Gônseihse bornai à. répondre que. ce programme pouvait, servira de basa1 de. discussion ;, mais, le- surlendemain) 3- juin; il. adressa' ai M. Kossuth une longue. lettre contenant l'exposé détaillé; des. concessions du gouvernement. Il résultait de: cet -exposé de M. de^Lukaes que le gou^'erneTnent. retirait. d 'unemain ce qu'iLdonnait de l'autre;. Il s'engageait à.présenter, au- cours, de la prochaine session d'automne, un projet de réforme électorale fondé, sur le suffrage, universel etiégal; mais il se réservait! d'y introduire « les restrictions, quiexigeaient les intérêts supérieurs de l'Etat»; Même réserve en ce qui concerne le scrutin secret : « Le gouvernement proposera le scrutin secret avec des restrictions- telles que les intérêts: de l'Etat ne puissent être. mis -.en péril. » Enfin, les projets de loi militaires devaient-. être votés: sans" modification à titre définitif de: manière à: entrer en .vigueur le. Ier- février r 191 3, l'élévation du contingent de 1912 à 136.000 > hommes devant, être immédiatement réalisée.

Tousses. groupes'deil'opposition déclarèrent cesoondirions? inacceptables et: l'obstruction recommença. Le coup

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de force d'hier peut avoir d'immenses conséquences. L'opposition va probablement commencer par proclamer illégales- et-- inexécutoires les, lois votées irrégulièrement. Organisera-t-elle ensuite une résistance matérielle ? C'est assez probable. Le gouvernement a prévu cette résistance et pris dé grandes précautions militaires ; il espère intimider la foule et semble résolu à sévir avec la dernière rigueur -contre tous- le s- fauteurs- dé désordres. Mais-, en: pareilles circonstances, les meilleures précautions sont quelquefois inutiles; les: événements peuvent prendre brusquement une tournure qui- déjoue toutes- les prévisions.. On ne tardera pas à»connaître'la rorjce véritable dès-éléments-' en jeu : l'oligarchie1 féodale attachée- au vieux sy sterne du despotisme1 pateraeli et la1 démocratie en formation qui; réclame un gouvernement représentatif' réel: Il est regretstable pour L'opposition que; dans- la lutte qui s-annonce, elle n'ait pas cru- devoir s'agréger- les- représentants desnationalités non-magyares et que. so"n projet de réforme électorale frappe -de là: privation des droits; électoraux, actif s et passifs toutes les personnes- « condamnées1 pour excitation contre- l'unité ou; le caractère national- hongrois- de l'Etat ». Voilà, des condamnations faciles à obtenir des tribunaux, magyars -et un moyen commode- de supprimer le droit de vote et d'éligibilité' des non*-magyars-. L'oppression'des nationalités est une des -anomalies du régime hongrois ;. le parti qui y renoncerait franchement, loin de s'affaiblir,, gagnerait une autorité morale et une force matérielle de nature à- lui assurer le succès.

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