LE COMTE TISZA MATE L OBSTRUCTION
8 juin 1912.
Le coup de force parlementaire du comte Etienne Tisza a bouleversé les esprits en Hongrie. Les précautions militaires très sévères prises par le gouvernement ont réussi à prévenir les troubles graves dans la rue. Mais la surexcitation des députés de l'opposition a atteint un degré inimaginable. Tous les jours des scènes de violence se succèdent à la Chambre des députés. Hier un membre du groupe Kossuth, M. Kovacs, arrivé au dernier degré de l'exaspération, a tiré trois coups de revolver sur le président, puis, se rendant compte du caractère abominable de son acte, il s'est aussitôt suicidé. On voit jusqu'à quelles extrémités les passions politiques peuvent emporter les Hongrois.
Comme il était à prévoir, le premier soin de l'opposition, après l'escamotage du vote des projets de loi militaires, a été de déclarer nulles et non avenues les décisions ainsi prises par la Chambre. A l'unanimité, les membres de toutes les fractions de l'opposition, réunis sous la présidence de M. de Justh, ont adopté des résolutions proclamant la nullité des lois en question et la volonté des divers groupes de l'opposition de rester unis dans la lutte contre le comte Tisza. Les anciens dissentiments entre les chefs de groupes ont disparu et l'union s'est refaite instantanément. Le comte Albert Apponyi s'est exprimé sur le compte du président de la Chambre en termes aussi durs que M. de Justh. Même le comte Jules Andrassy, chef de l'ancien parti de 1867 et beaucoup plus près du gouverne-
ment que de l'opposition ,a cru devoir exprimer dans son journal le Magyar Hirlap un blâme énergique contre le comte Tisza. Cet homme d'État, qui a toujeurs professé des idées très modérées et qui est très attaché aux institutions actuelles, n'admet ni l'introduction de la police dans la salle des séances de la Chambre, ni les procédés dictatoriaux du président, ni l'exclusion de l'opposition. Il déplore qu'une loi de l'importance de la réforme militaire soit entachée d'illégalité et que le pays ait été jeté dans un état révolutionnaire. Le comte Andrassy ne voit d'issue à la situation actuelle que dans la réforme électorale et la modification du règlement de la Chambre. Son opinion est certainement une de celles qui ont le plus d'autorité dans la monarchie. Il suffit de la reproduire pour juger comme ils le méritent les communiqués officieux qui prétendent qu'il ne s'est rien passé d'anormal en Hongrie et que les récits des journaux étrangers sont sortis d'imaginations fantaisistes. Il est incroyable qu'un gouvernement ose publier de pareilles sornettes alors que les journaux gouvernementaux de Vienne et de Pest publient des récits identiques à ceux des journaux étrangers.
>+*\**>*f\*S\tS1
' *** WWW WWWM/WWWW