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LA CONVENTION FRANCO-ESPAGNOLE A LA CHAMBRE

8 mars 1913.

Une seule séance a suffi à la Chambre des députés pour discuter la convention franco-espagnole du 27 novembre 1912. Tous les orateurs ont recommandé l'adoption de ce traité qui a été approuvé à l'unanimité. On était loin du temps du ministère Caillaux où le pays se sentait entraîné par une politique louche vers on ne sait quels hasards. Les mauvais jours sont passés. Dès l'instant où le Cabinet Poincaré a pris la direction des affaires, l'ordre et la clarté ont été rétablis dans les négociations marocaines et toutes les difficultés restant à régler ont été tranchées dans l'esprit qui avait inspiré les gouvernements signataires des accords antérieurs de 1904 et 1095. Nos intérêts maro-

cains et nos intérêts européens, inséparables les uns des autres, ont été défendus solidairement. Nous avons tenu loyalement tous nos engagements en assurant le respect de tous nos droits. Nous avons obtenu davantage, matériellement et moralement, en traitant en toute confiance avec nos collaborateurs naturels et nos associés contractuels qu'en recherchant ailleurs un point d'appui contre eux. Cette seconde méthode a été approuvée par toute la France et c'est celle-là que la Chambre a ratifiée hier sans une seule voix discordante.

M. Jonnart l'a exposée dans un discours admirablement ordonné qui a été salué d'applaudissements répétés. Tout le monde a senti en lui la ferme résolution de continuer la politique de son prédécesseur et de n'y permettre aucune atteinte de la part de ses agents d'exécution. En matière africaine, d'ailleurs, le Parlement et le pays lui reconnaissent une compétence exceptionnelle et il joint à sa qualité de ministre des affaires étrangères une autorité personnelle accrue encore en la circonstance par la façon dont il s'est démis en 191 1 de sa charge de gouverneur général de l'Algérie. Personne mieux que lui n'était qualifié pour demander au Parlement l'approbation de la convention du 27 novembre ; personne non plus ne doit inspirer plus de confiance à l'Espagne pour en assurer l'exécution. Dès les premiers mots, M. Jonnart a nettement défini la situation : il s'agissait « d'écarter pour l'avenir toute source de malentendus et d'irritation entre deux grandes nations faites pour s'entendre et naturellement portées à s'aimer ». Les deux peuples, doublement voisins, doivent plus que jamais associer et confondre leurs efforts et leurs espérances ». Il est inutile de revenir aujourd'hui sur les différentes clauses qui ont été étudiées en détail ici, au moment de la conclusion de l'accord. M. Jonnart lui-même n'a fait que les ef-

fleurer en priant la Chambre de se référer à l'excellent et substantiel rapport de M. Noulens. Il convient seulement de toucher deux questions encore en suspens.

La première est celle du statut de Tanger. Elle est en bonne voie de règlement. Après de longs tâtonnements, on •est tombé d'accord sur le principe du statut applicable à cette zone internationalisée. On a heureusement renoncé au système consistant à donner à la municipalité locale des pouvoirs propres très étendus dont elle aurait fait on ne sait quel usage. En réalité, les traités en vigueur ont créé trois zones au Maroc avec trois protectorats : il y a la zone et le protectorat français, la zone et le protectorat espagnols ; la zone de Tanger doit être également soumise à une sorte de protectorat, et celui-ci ne peut être qu'international puisque trois puissances au moins, la France, l'Espagne et l'Angleterre ont contracté à ce sujet des engagements précis. C'est en ce sens, croyons-nous, que doivent être dirigés les pourparlers actuels de Madrid.

La seconde question est celle de Taza. M. Jonnart n'a pas prononcé le mot, mais il a certainement pensé à la chose lorsqu'il a dit que, soucieux d'éviter des aventures, de ne s'aventurer qu'en terrain bien préparé, de ménager les sentiments de nos protégés, de ne pas engager inconsidérément nos forces dans ces régions, le gouvernement de la République était décidé à n'étendre que progressivement et très prudemment son action et ses entreprises dans l'empire chérifien. Nous avons déjà plus de deux corps d'armée au Maroc et, en cas de conflit européen, le corps d'Algérie devrait probablement être plutôt renforcé que diminué. Il est impossible de nous engager militairement davantage en Afrique sans compromettre notre situation en Europe à l'une des heures les plus troubles de l'histoire. Tout le monde doit le comprendre. Nous avons été heureux d'en-

tendre lundi dernier, après une conférence de M. Robert de Caix sur le Maroc, le général de Lacroix exprimer la même opinion. Toutes les bonnes volontés concordant sur ce point, il semble qu'une vigilance élémentaire suffira pour nous épargner au Maroc de pénibles surprises.

M. Jonnarta tenu à rendre hommage au rôle du gouvernement britannique dans la délicate négociation espagnole. Cet hommage était mérité car, à de certains instants, ce rôle a été singulièrement difficile. M. Jonnart a voulu déclarer aussi que la France suivrait avec une sympathie chaleureuse les efforts qui se manifesteraient à nos côtés « aussi bien dans le nord du Maroc qu'en Libye, ou nos amis italiens peuvent compter sur notre concours le plus loyal ». Dans les diverses parties de l'Afrique, nos associés méditerranéens peuvent être assurés qu'en toute occasion, dans l'avenir comme dans le passé, le gouvernement français remplira pleinement tous ses engagements.

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