ALLOCUTION DE GUILLAUME II A HAMBOURG
20 juin 1912.
L'empereur Guillaume II a prononcé hier à Hambourg une de ces allocutions vibrantes qui lui sont familières et que la crise de novembre 1908 a seulement rendues plus rares. Celle d'hier ne contient d'ailleurs rien qui puisse éveiller des susceptibilités à l'étranger, ni rien qui surprenne de la part du souverain qui a dit que l'avenir de l'Allemagne était sur la mer. On était à bord du Victoria- Luise, paquebot.de la ligne Hambourg-Amérique, et le bourgmestre de Hambourg, M. Burchard, venait de remercier l'empereur, qui assistait pour la treizième fois depuis 1897 aux régates de l'Elbe, d'avoir réussi à donner à l'Allemagne sur mer comme sur terre la place à laquelle elle a droit. « Aujourd'hui, avait dit en terminant le bourgmestre de l'ancienne ville de la Hanse, tous les Allemands sont en un certain sens des Seedeutsche, des Allemands de la mer ; tous aiment la mer, aiment la flotte et se réjouissent de l'accroissement des possessions coloniales. » Guillaume II s'est félicité de ce que la fondation de l'empire
ait permis aux villes hanséatiques de recouvrer leur ancienne prospérité, encore accrue, et de ce que le commerce allemand s'effectue librement maintenant sur toutes les mers sous la protection du pavillon allemand. Le passage caractéristique de l'allocution, celui qui provoque ce matin les commentaires de la presse, est le suivant : « Désormais, le commerçant allemand peut suivre tranquillement sa route, non pas sous le pavillon étranger, mais sous le sien propre. Il peut faire appel à toutes ses facultés ; il est sûr d'avoir derrière lui, là où c'est nécessaire, la protection de l'empire. Cela n'est possible que si toutes les forces sont concentrées sous le pavillon allemand ; mais il faut que ce dernier flotte avec honneur ; on ne doit pas l'arborer à la légère, on ne doit pas le planter à la légère, où l'on n'est pas sûr de pouvoir le défendre. Vous comprendrez pourquoi j'ai pratiqué la réserve quand il s'est agi d'arborer le drapeau allemand en des endroits où peut-être certains désiraient vivement le voir flotter. »
Ce langage raisonnable recueille ce matin l'approbation des journaux allemands de toute nuance. ; chacun d'eux y trouve un sujet de satisfaction. Les pangermanistes y voient une promesse d'augmentation de la flotte. La Post jjre que la nation tout entière accourra en rangs serrés derrière l'empereur quand il hissera son étendard au grand mât. Mais la plupart de nos confrères d'outre-Rhin considèrent plutôt le discours d'hier comme une manifestation pacifique et voient dans la dernière phrase que nous venons de citer une allusion au coup d'Agadir. Le Berliner Tageblatt écrit :
Ce que l'empereur a dit au sujet du pavillon de l'empire est exact. Peut-être eût-il mieux valu ne pas le montrer à Agadir, du moment qu'on ne voulait pas l'y planter. Il fut un temps où nous ne cessions de pousser des cris de guerre. Nous nous sommes attiré ainsi la méfiance de l'uni-
vers. Cependant il ne faudrait pas tomber dans l'extrême opposé. Adoptons le principe américain : « Vos droits cessent là où les miens commencent, s
La National Zeitung reconnaît de son côté que certains actes du gouvernement impérial n'ont pas répondu aux désirs et aux espérances du peuple, et que celui-ci, en voyant le pavillon allemand arboré devant les côtes marocaines, a pu croire que le gouvernement impérial nourrissait certains desseins qui n'ont point été réalisés. La conclusion logique de ces commentaires devrait donc être le désaveu des personnes qui ont cru devoir cet été donner des encouragements publics ou secrets aux pangermanistes et qui n'ont pu planter le drapeau national où ils l'avaient déployé. Mais la presse allemande ne va pas encore jusquelà.