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LES RÉSULTATS DE L' ENTREVUE DE PORT-BALTIQUE

7 juillet 1912.

Ainsi qu'il avait été annoncé, aucun toast politique n'a été prononcé aux dîners donnés à bord des yachts impériaux en rade de Port-Baltique. Mais, conformément aux rites usités en ces occasions, des notes officieuses viennent d'être publiées par les soins des deux gouvernements. Voici celle qui a été communiquée aux agences de Pétersbourg :

La rencontre à Port-Baltique entre S. M. le tsar et S. M. l'empereur d'Allemagne a été d'un caractère extrêmement cordial et elle constitue une nouvelle preuve des relations amicales qui ont si longtemps uni les souverains.

Les échanges de vues qui ont eu lieu entre les hommes d'État accompagnant Leurs Majestés leur ont permis de manifester une fois de plus leur ferme intention de maintenir les traditions historiques existant entre les deux pays.

Les conversations politiques, qui ont porté sur toutes les questions d'actualité, ont montré que des deux côtés on partage la conviction que le maintien de relations basées sur la confiance mutuelle continue à être de la plus haute importance pour les intérêts des deux empires voisins et pour la paix générale. Vu les circonstances, il n'a été question ni d'un nouvel accord, ni d'un changement dans le groupement des puissances européennes dont l'utilité, pour le maintien de l'équilibre et de la paix européens, a déjà été démontrée.

La rencontre de Port-Baltique peut donc être accueillie partout avec satisfaction, car,tout en affirmant l'amitié existant entre l'Allemagne et la Russie, elle constitue en même temps une preuve éloquente des intentions pacifiques qui inspirent à un même degré la politique des deux empires.

En Allemagne, le Cabinet de Berlin a fait paraître l'information suivante dans la Gazette de V Allemagne du Nord :

La rencontre que viennent d'avoir les deux empereurs à Port-Baltique a été telle qu'elle avait été conçue, paisible et sans nuage. Cette entrevue

qu'avait ménagée à notre empereur, dans les eaux russes, l'hospitalité du tsar Nicolas, s'est écoulée en de cordiaux entretiens. Elle a offert aux deux souverains et à leurs ministres l'occasion de s'entretenir, ouvertement et en toute confiance, des questions politiques, aucune surprise n'avait été préparée.

La valeur de cet échange de vues réside en ceci que, de part et d'autre, il a fortifié la volonté de maintenir la communion d'idées qui existe entre l'Allemagne et la Russie, dans les grandes questions actuelles, pour la sauvegarde de la paix en Europe.

Les manifestations d'amitié entre l'Allemagne et la Russie, manifestations qui ont été échangées à Port Baltique, ont été moins exposées que lors des précédentes entrevues aux commentaires tendancieux de la presse.

Nous ne saurions omettre de faire remarquer, et nous constatons avec satisfaction, qu'à l'arrivée de l'empereur Guillaume dans les eaux russes, la presse russe s'est exprimée en termes amicaux à l'égard de l'Allemagne. Qu'il y ait réciprocité de notre part,de ce côté, nous n'avons pas besoin d'en donner l'assurance.

De son côté, la. Gazette de Cologne publie une dépêche de Saint-Pétersbourg ainsi conçue :

Les conversations ont montré que la Russie et l'Allemagne doivent marcher la main dans la main pour la conservation de la paix. Mais il faut spécifier expressément qu'aucune combinaison spéciale n'a été envisagée.

Quand demain l'ambassadeur de France, M. Louis, sera reçu par 'MM. Kokovtzof et Sazonof, ceux-ci pourront lui assurer qu'il n'y a pas lieu de craindre que des conventions aient été établies.

Dimanche, MM. Kokovtzof et Sazonof assisteront à un dîner chez l'ambassadeur d'Allemagne. Mardi, M.Kokovtzof a invité le chancelier et l'ambassadeur à Jelagin, et M. Sazonof conférera avec le chancelier au ministère des affaires étrangères.

Les autres journaux allemands se montrent jusqu'ici sobres de commentaires. Sur des tons différents, tous constatent qu'aucun arrangement nouveau n'a été conclu. Le Berliner Tageblatt semble résumer exactement l'impression générale en disant qu'après l'entrevue de Port-Baltique les relations russo-allemandes restent telles qu'elles étaient depuis l'entrevue de Potsdam : amicales et confiantes sans modification du statut diplomatique.

En somme, les communiqués officieux répondent à l'attente de l'opinion européenne. Ils établissent que rien n'est changé dans le groupement des puissances et, d'autre part, que la Russie et l'Allemagne restent animées du désir d'entretenir des relations de confiance mutuelle en vue du maintien de la paix générale. Il n'y a là rien de surprenant ni d'inquiétant. Il faudrait méconnaître toute l'histoire depuis un siècle pour s'imaginer que la Russie poursuit une politique hostile à l'Allemagne. En s 'unissant à la France par une alliance à laquelle elle reste inébranlablement attachée, la Russie a voulu ruiner les combinaisons de prépondérance germanique, se prémunir contre les ambitions austro-allemandes en Orient et garantir la France contre les provocations, c'est-à-dire assurer l'équilibre européen. Son entente avec l'Angleterre vise un but analogue en Asie. Aussi, toutes les fois que l'Allemagne déclare n'entretenir aucun projet d'extension ou de remaniement et vouloir poursuivre seulement son développement économique normal par des moyens pacifiques, le tsar s'empresse de prendre acte de ces déclarations et d'en formuler de semblables. Mais il est bien entendu que, si les événements venaient à prouver que les assurances allemandes ne sont pas sincères et que le Cabinet de Berlin nourrit d'autres desseins, le Cabinet de Pétersbourg modifierait son attitude en conséquence. C'est ce qui est arrivé chaque fois que l'Allemagne a tenté d'exercer sur nous une pression plus ou moins brutale, et c'est ce qui arriverait certainement encore en pareille circonstance. C'est le jeu de l'équilibre.

De son côté, l'Angleterre s'inspire des mêmes considérations. Elle veut àtont prix défendre scn indépendance maritime, condition même de son existence, et cherche naturellement un appui près des puissances intéressées comme

elle à s'opposer à toute hégémonie. Elle est contraire à toute entreprise agressive, d'où qu'elle vienne. Les échanges de protestations amicales entre Pétersbourg Berlin et Londres n'ont donc rien qui puisse nous porter ombrage. Nous serions absolument sûrs de trouver nos alliés et amis à nos côtés si nous étions menacés. Rien ne serait plus maladroit de notre part que de témoigner de l'humeur à l'occasion d'entrevues de souverains appartenant aux deux groupements qui se partagent l'Europe, car c'est précisément cette mauvaise humeur que nos voisins s'ingénient à faire naître dans l'espoir de nous brouiller avec nos amis. Il est inouï que des hommes politiques français puissent tomber dans des pièges aussi grossiers et prennent plaisir à exciter la défiance de l'opinion, tantôt contre la Russie, tantôt contre l'Angleterre, à propos de manifestations officielles d'ordre divers. En réalité, ces patriotes qui se croient plus clairvoyants que les camarades font le jeu de l'adversaire.

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