LA POLITIQUE EXTERIEURE AUX COMMUNES
11 juillet 1912.
Hier soir, à la Chambre des Communes, au cours de la discussion du budget des affaires étrangères, Sir Edward Grey a été amené à s'expliquer sur les principaux points de la politique extérieure britannique. Ses déclarations ont principalement porté sur la question navale qui est étroitement liée à la question diplomatique. Le chef du Foreign Office a formulé à cet égard un principe fondamental ; l'Angleterre ne doit pas compter sur la politique étran- Gauvain. — T. IV. 8
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gère pour assurer sa défense si elle néglige ses forces navales dans les eaux métropolitaines ; elle doit toujours entretenir dans ces eaux des forces supérieures à celles qui peuvent lui être opposées ; si ses forces navales dans ces eaux venaient à tomber au-dessous de ce niveau, sa diplomatie aurait une tâche à laquelle elle ne pourrait suffire ; elle devrait céder dans toutes les questions et le Royaume- Uni ne compterait plus au nombre des grands puissances. En ce qui concerne la Méditerranée, Sir Edward Grey a été aussi très net. Comme l'avait annoncé le Times et comme l'écrivait hier notre correspondant de Londres, l'Angleterre n'est nullement disposée à abandonner à ses amis ou alliés le soin de défendre ses intérêts dans les eaux méditerranéennes. En ce cas, en effet, a dit Sir Edward Grey, « il y aurait une tendance à nous laisser de côté, et, quoi que nous fissions en politique étrangère, la situation diplomatique se modifierait à notre détriment ». En conséquence, il a été décidé que l'Amirauté entretiendrait dans la Méditerranée « une force suffisante pour faire face à n'importe quel ennemi ».
L'Angleterre restera donc une puissance méditerranéenne. A vrai dire, aucun homme politique sérieux n'a jamais pu croire qu'elle renoncerait à ce rôle. En procédant à une nouvelle répartition de ses escadres plus conforme à la situation diplomatique résultant des accords conclus depuis huit ans, elle a simplement proportionné l'importance de ses forces navales dans les différentes eaux du globe à l'importance des intérêts en cause ; elle n'a abandonné la défense d'aucun de ses intérêts. Au moment où se constitue une puissante marine autrichienne, appelée à jouer on ne sait quel rôle, la marine britannique ne saurait déserter les voies qui mènent au canal de Suez et au Bosphore. D'autre part, le rôle de la marine italienne est encore
trop incertain' pour qu'on ne tienne point compte de ce facteur considérable. En conséquence, quelles que soient ses garanties diplomatiques, le gouvernement répartira ses forces navales de manière à conserver dans les eaux métropolitaines la maîtrise de la mer contre une coalition, à faire face dans la Méditerranée à une autre puissance maritime, et à défendre ses possessions d'au delà des mers avec le concours de ses colonies. Sans aucun doute, le peuple britannique consentira tous les sacrifices nécessaires pour remplir ce programme. Sur ce point, l'opposition unioniste renchérit encore sur le gouvernement. Dans la séance d'hier, M. Bonar Law s'est exprimé à ce sujet en termes catégoriques.
Les déclarations de Sir Edward Grey relatives aux affaires étrangères sont conformes aux précédentes et à ce qu'on pouvait attendre. La base de notre politique extérieure, a dit le chef du Foreign Office, est toujours notre amitié avec la France et avec la Russie. Il a particulièrement insisté sur l'utilité de l'accord anglo-russe, sans lequel, d'après lui, la Perse du Nord aurait pu être annexée à la Russie, et grâce auquel sera certainement construit un chemin de fer reliant l'Inde à la Perse et à l'Europe. A propos de l'entrevue de Port-Baltique, Sir Edward Grey a relevé de nouveau, comme il avait eu maintes occasions de le faire précédemment à propos d'autres événements, que la coexistence des deux systèmes de la Triple Entente et de la Triple Alliance n'impliquait en aucune façon une opposition permanente entre les membres de ces deux groupements et que le gouvernement britannique voyait toujours avec plaisir se conclure sur des questions particulières des accords de nature à rendre meilleurs ses propres rapports avec d'autres puissances. La France et la Russie sont dans le même cas. Il va sans dire que le propre des accords de ce
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genre est d'être négociés en pleine confiance avec les partenaires et qu'ils ne compromettent à aucun degré la politique générale, objet de l'alliance ou de l'entente.