‹ L'Europe au jour le jour (volume 4)Chapitre 34 sur 110 · DISCOURS DU GRAND- VIZIR A LA CHAMBRE OTTOMANE · texte numérisé non relu

DISCOURS DU GRAND- VIZIR A LA CHAMBRE OTTOMANE

16 juillet 1912.

Le grand-vizir a prononcé hier,à la Chambre ottomane, un grand discours sur les affaires intérieures et extérieures. Il n'avait pas à convaincre les députés, car l'assemblée issue des élections générales qui ont suivi la dissolution de janvier se compose à peu près exclusivement de candidats officiels élus sous la pression gouvernementale la plus énergique. Par contre, il était urgent d'éclairer le pays dont la nouvelle Chambre n'est nullement l'image et qui voit avec inquiétude divers mouvements séditieux éclater dans les vilayets d'Europe. Les puissances étrangères aussi attendaient avec un vif intérêt les déclarations du ministère relatives à l'affaire tripolitaine.

D'après les comptes rendus parvenus à Paris, la partie du discours du grand-vizir relative à la politique intérieure *est peu développée et sans relief. Sans doute Saïd Pacha, qui a eu la faiblesse de céder cet hiver aux sollicitations du comité Union et Progrès et de faire procéder à un simulacre de consultation nationale destiné à consolider un parti dont l'influence baissait, était embarrassé pour parler des funestes résultats de ces mesures inopportunes. « Ce serait une grande iniquité et un grand péril, disionsnous ici le 21 janvier dernier, si la voix des diverses races non musulmanes de l'empire était étouffée, si un parti acca-

parait la révolution à son profit et si l'on prétendait substituer au despotisme hamidien le despotisme d'un clan. » Cette iniquité a été commise et le péril apparaît aujourd'hui en pleine lumière. On a proclamé l'état de siège, subordonné la liberté de la presse à des conditions qui la rendent illusoire, supprimé la sincérité du scrutin, puis on s'est partagé le pouvoir. Ainsi comprimées, les oppositions qui trouvaient un exutoire naturel au Parlement ont fait explosion aans le pays. Si bonnes que soient les intentions des hommes au pouvoir, on n'admettra jamais qu'ils incarnent tout l'empire et que l'absolutisme d'un groupe remplace celui d'un souverain. On l'admettra d'autant moins que le désintéressement des premiers jours de la révolution a peu à peu disparu. L'histoire actuelle du comité Union et Progrès est l'éternelle histoire des jacobins, qui s'efforcent de concentrer dans leurs mains tous les pouvoirs sous le prétexte d'être en mesure de faire le bonheur de leur pays, et qui usent à conquérir l'autorité personnelle tous les rouages gouvernementaux, de sorte que, quand ils deviennent enfin les maîtres, la machine est complètement détraquée et refuse le service. Nous ne cesserons de le répéter : le salut de l'empire ottoman réside dans l'union des hommes de toute origine qui placent les intérêts de l'empire au-dessus des intérêts de parti.

Les dernières élections ont porté un coup fatal à l'Union. Dans un Ëtat aussi peu homogène, aussi sujet aux divisions que la Turquie, une dissolution aussi peu motivée que celle de janvier constituait une suprême maladresse. En jouant si imprudemment avec le joujou constitutionnel, Saïd Pacha a- risqué de le casser. Les récriminations de beaucoup de députés non réélus semblent entièrement jastifiées. Dans un pays où l'on recourt si facilement aux armes pour obtenir justice, il serait dangereux de ne pas donner satis-

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faction à certaines plaintes qui viennent d'Albanie. La nouvelle Chambre représente trop peu le pays pour qu'on lui reconnaisse le prestige et l'autorité nécessaires.

La partie diplomatique de l'exposé de Saïd Pacha soulève moins d'objections. Son optimisme ne répond pas exactement à la situation. Mais le grand-vizir ne pouvait guère tenir urt autre langage en raison de la continuation de l'état de guerre avec l'Italie. Il convient seulement, de retenir que, hier comme auparavant, le gouvernement turc s'est déclaré prêt à examiner toutes les propositions de paix présentant une forme acceptable. Dans cette lamentable affaire tripolitaine, ce n'est jamais de Constantinople qu'est venue l'intransigeance.

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