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LA SOUVERAINETÉ ITALIENNE EN TRIPOLITAINE

20 octobre 19 12.

Aussitôt après la signature des préliminaires de paix entre l'Italie et la Turquie, le gouvernement russe s'est empressé de reconnaître la souveraineté italienne en Libye. Les Cabinets de Berlin, de Vienne et de Londres avaient fait connaître à Rome, avant même" cette signature, qu'ils procéderaient à cette reconnaissance aussitôt après la conclusion définitive de la paix. Il semble qu'à Rome on s'étonne que la France n'ait point encore fait une déclaration dans le même sens et l'on peut se demander si la manifestation de cet étonnement n'a point pour objet de pousser le Cabinet de Paris à donner sans plus tarder ce témoignage de sympathie à l'Italie.

Le Cabinet de Rome ne doit pas partager l'étonnement que nous signalent les dépêches. Il sait que la France est

aussi résolue maintenant qu'au commencement de la guerre tripolitaine à tenir tous ses engagements méditerranéens à l'égard de l'Italie et qu'elle ne songe pas un seul instant à contester la situation nouvelle acquise par l'Italie en Tripolitaine et en Cyrénaïque à la suite de la signature des préliminaires du 15 octobre et du traité du 18 octobre. C'est précisément parce que la France et l'Italie sont liées à ce sujet par des accords antérieurs que le gouvernement français n'a point à faire sans délai une démarche qui se comprend de la part d'autres Etats restés jusqu'ici libres de tout engagement. Mais le voisinage de la Tripolitaine et de la Tunisie oblige les Cabinets de Rome et de Paris à préciser un certain nombre de points visés dans leur accords précédents. On ne comprendrait ni en France, ni en Italie, que les deux gouvernements ne profitassent pas de l'occasion actuelle pour régler définitivement les questions de voisinage de telle façon qu'aucun malentendu ne puisse surgir à l'avenir. Il est essentiel, dans l'intérêt des bons rapports entre l'Italie et la France dont nous sommes de chauds partisans, de ne laisser naître aucun prétexte à malentendu. Or, si certaines questions restaient en suspens et si, plus tard, quelques personnes moins enclines au maintien de l'amitié franco-italienne venaient à prendre une influence prépondérante dans leur pays, il pourrait facilement se produire des froissements regrettables.

La question des frontières est en ce moment assez simple. Avant la guerre tripolitaine, un arrangement pratique était intervenu entre le gouvernement tunisien et le vali de Tripoli autorisé à cet effet. La frontière a été délimitée sur place sur une grande étendue, et notamment dans les parages autrefois litigieux, comme ceux de Ghadamès. Rien ne s'oppose donc à ce que cette frontière soit

reconnue également par l'Italie et que, pour les parties restant à délimiter matériellement, on prenne des décisions conformes aux engagements des deux pays. Ces décisions ne pourront être suivies d'effets pratiques du côté italien pendant quelque temps, puisque les troupes italiennes sont encore très loin des frontières du sud. Mais cette difficulté momentanée ne dispense nullement les gouvernements de prévoir dès aujourd'hui le règlement de la question en principe.

La situation des Tripolitains résidant en Tunisie est chose plus délicate. Ils peuvent prétendre conserver la nationalité ottomane qui ne leur a pas été formellement enlevée .A cet égard, l'équivoque résultant de la transaction consacrée par les préliminaires et le traité de Lausanne peut devenir une source d'embarras sérieux pour nous. Les Tripolitains résidant en Tunisie sont très nombreux, il sont engagés dans beaucoup de travaux et les autorités tunisiennes ont de fréquentes occasions d'intervenir à leur sujet. Aussi importe-t-il que les Cabinets de Rome et de Paris étudient minutieusement tout ce qui concerne leur statut personnel et adoptent d'un commun accord une ligne de conduite à laquelle ils resteront l'un et l'autre fidèles.

La Consulta n'aura sans doute pas de peine à faire saisir ces raisons à l'opinion italienne, et celle-ci comprendra que, si la France ne se hâte point de reconnaître officiellement la souveraineté italienne en Libye avant même que le traité de paix lui ait été notifié, elle s'inspire dans sa conduite de sentiments d'une parfaite cordialité pour l'Italie.

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