LA FRANCE ET LES CHRÉTIEN D 'ORIENT
23 novembre 1912.
Comme nous le disions hier dans notre Dernière Heure, il est inexact que M. Poincaré ait déclaré au gouvernement ottoman qu'il le rendait responsable de toute violence exercée sur les chrétiens d'Orient. Une semblable déclaration, publiée par la voie de la presse, eût constitué un véritable appel à la rébellion des populations chrétiennes d'Asie Mineure. Loin d'avoir un salutaire retentissement dans tout l'Orient, elle eût déchaîné toutes les velléités d'indépendance des clientèles chrétiennes des États occidentaux. En Orient, quand des massacres sont jugés utiles à une cause, il s'en produit toujours au moment opportun. Ils sont bien rarement spontanés. Des populations aspirant à rejeter la domination turque et sûres de l'appui d'une grande puissance n'hésiteraient pas à provoquer des
troubles propices. Si chaque puissance sonnait le ralliement pour sa clientèle asiatique, il faudrait s'attendre très prochainement à un bouleversement général en Asie Mineure. Nous n'apercevons pas ce que la France et ses protégés catholiques y gagneraient. La Turquie, dont toutes les troupes disponibles sont en Europe, serait dans un extrême embarras pour réprimer des troubles. Les grandes puissances — car la France ne serait certainement pas seule à intervenir — se trouveraient dans l'impossibilité matérielle d'agir au delà de quelques kilomètres des côtes. C'est alors que de grands massacres seraient à craindre. Prétendrait-on en rendre responsable le gouvernement ottoman ? Et comment limiterait-on les interventions ? Combien de temps dureraient les occupations provisoires ?
On a toujours soutenu ici, quelquefois contre notre propre gouvernement, la cause des chrétiens du Levant et personne n'est plus attaché que nous au maintien de nos traditions religieuses en Orient. Mais, nous en sommes convaincus, cette cause et ces traditions seraient gravement compromises par des coups de gong tels que celui d avanthier. Le gouvernement ottoman a déjà pris une précaution efficace en faisant arrêter les personnes connues pour exciter l'opinion publique ; d'autre part, le cheik ul islam a envoyé des instructions aux fonctionnaires des provinces d'Asie pour que toute velléité de fanatisme soit immédiatement réprimée. L'ambassade de France à Constantinople, qui a constamment veillé avec une grande sollicitude au respect de nos protégés, n'aura certainement pas de peine à faire comprendre amicalement à Kiamil Pacha et à Gabriel EfFendi Noradounghian que l'intérêt essentiel de leur pays dans les circonstances actuelles est de maintenir l'ordre en Asie Mineure.
LES NEGOCIATIONS TURCO-BALKANIQUES. — l' AGITATION