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CONCLUSION D ARMISTICE ENTRE LA TURQUIE ET LES BALKANIQUES

4 décembre 1912.

Une dépêche de Constantinople, datée de cette nuit, annonce que l'armistice a été signé entre la Bulgarie, la

Serbie et le Monténégro. Le manque de détails ne permet pas d'apprécier l'importance de l'événement puisque cette importance dépend en grande partie des conditions de l'armistice, de sa durée et surtout des clauses relatives au ravitaillement. Le fait saillant est le refus de la Grèce de signer l'armistice signé par ses trois alliés. Cette scission \ s'explique par plusieurs causes. Des quatre alliés, c'est la Grèce qui a été le moins éprouvée par la guerre. Elle a fourni un magnifique effort, qui a même surpris la plus grande partie de l'Europe. Son armée, bien conduite, bien équipée, bien entraînée, s'est avancée méthodiquement sur Salonique en bousculant toutes les troupes turques qu'elle rencontrait. A la vérité, ce n'est pas de ce côté que les Turcs avaient organisé leur résistance, car avant tout ils se préoccupaient justement de l'armée bulgare qui menaçait Andrinople et Constantinople. Mais les troupes grecques n'en ont pas moins remporté quelques beaux succès et pris possession de presque tout le sud de la Macédoine. De plus, la flotte hellénique a rendu les plus grands services aux alliés en empêchant le transport des rédifs par mer et en facilitant le transport et le ravitaillement des troupes bulgares. La Grèce a donc rempli noblement son devoir et, avant comme après la déclaration de guerre, elle a rejeté sans hésitation toutes les propositions, assez avantageuses, tendantes à la détacher de la Ligue balkanique. Toutefois, en raison de sa situation et de sa configuration géographique, elle a moins souffert de la guerre que les autres membres de la Ligue, et elle dispose maintenant de plus de moyens qu'eux pour la soutenir. Alors, elle ne comprend pas qu'on conclue un armistice permettant à la Turquie de garder et de ravitailler les places assiégées. Elle eût voulu qu'on portât en Thrace toutes les troupes devenues disponibles par la destruction

des forces turques en Macédoine, et qu'on frappât un grand coup qui forçât la Turquie à subir les conditions qu'on lui imposerait. Elle voyait dans cette combinaison non seulement des avantages militaires, mais des facilités pour régler plus facilement après la paix l'attribution des territoires conquis.

Après hésitation, ses alliés n'ont pas cru devoir adopter son point de vue. Ils sont plus fatigués et plus exposés. La Bulgarie, qui ne songe plus à enlever Constantinople, désire éviter le nouveau et grave sacrifice d'hommes que lui coûterait l'assaut des lignes de Tchataldja ; ses efforts militaires et diplomatiques se concentrent sur Andrinople. La Serbie, elle aussi, quoique toujours victorieuse, a été très éprouvée ; de plus, elle est menacée d'un conflit vital avec l'Autriche-Hongrie qui déploie tous ses efforts en ce moment pour regagner dans les Balkans la place que la guerre lui a fait perdre. Ces deux puissances sentent donc le besoin de respirer à l'aise quelque temps et d'examiner en toute liberté d'esprit la situation générale européenne. Le refus de la Grèce de suspendre les hostilités pour sa part n'était pas de nature à les empêcher de signer l'armistice ; il ne les gêne point. C'est la Turquie qu'il devait embarrasser. Dès lors que le gouvernement ottoman consentait à signer l'armistice tout en restant exposé aux entreprises grecques en Épire et sur les côtes de la mer Egée, la Bulgarie et la Serbie n'avaient rien à objecter. Aussi convient-il de voir dans l'attitude actuelle de la Grèce moins une fissure dans la Ligue balkanique qu'une aggravation des conditions de l'armistice pour la Turquie. Il est bien vrai que les membres de la Ligue éprouvent des difficultés sur le partage des conquêtes non prévues dans leur conventions antérieures ; mais cela était inévitable, et sous ce rapport la situation ne pourra être éclaircie qu'après la

signature de la paix, car c'est alors seulement qu'on saura exactement ce qu'il y a à partager. D'ici là, les puissances amies de la paix et désireuses d'établir dans les Balkans un équilibre stable auront le temps de faciliter entre les alliés l'accord définitif nécessaire.

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LA POSITION DE LA GRÈCE DANS LA QUESTION DEV ARMISTICE. , — LE PROJET DE CONFÉRENCE.

5 décembre 1912.

Si Ton fait abstraction du risque d'une intervention injustifiée de PAutriche-Hongrie [en Serbie, la situation générale s'est sensiblement améliorée depuis avanthier. Les conditions de l'armistice signé mardi soir à Tchataldja sont de nature à faire espérer une prompte conclusion de la paix, et le projet de conférence d'ambassadeurs suggéré par Sir Edward Grey semble sur le point d'aboutir. Comme les négociations de la paix balkanique et la réunion d'ambassadeurs auraient lieu à Londres, cette heureuse coïncidence permettrait de donner aux conversations diplomatiques un tour particulièrement favorable. Certes, l'état de l'Europe est encore bien trouble et il faut se garder d'un optimisme prématuré ; on ne saurait notamment prendre et garder jusqu'au bout trop de précautions contre les accidents. Mais on commence à voir clair dans la situation et l'on s'achemine vers un dénouement normal.

Le refus cle la Grèce de ratifier les conditions d'armistice convenues la semaine dernière entre les autres belligérants a produit un excellent résultat pour la Ligue balkanique. La Turquie, qui avait obtenu la faculté de ravitailler ses places fortes assiégées, a dû renoncer à cet avantage capital et accepter l'interdiction d'envoyer à ces places des approvisionnements et des munitions. Les négociations de paix qui doivent s'ouvrir le 13 décembre à Londres vont ainsi s'engager dans des conditions incomparablement meilleures. En effet, dès lors qu'Andrinople, Scutari et Janina ne pourront être ravitaillées, elles seront forcées de se rendre si les négocaitions n'aboutissent pas dans un prochain délai. Or, le plus grand danger venait de ce que les négociations auraient pu s'éterniser. Le commandant d'Andrinople a bien télégraphié à Constantinople que les approvisionnements de la place lui permettaient de tenir un mois. Mais, en prenant pour exact ce délai qui est sans doute un maximum, cela nous conduirait au 3 ou 4 janvier, date relativement rapprochée de celle de l'ouverture des négociations. Les pourparlers d'Ouchy ont duré des mois et n'ont été terminés qu'à la nouvelle de la déclaration de guerre balkanique. On serait donc en droit de se féliciter hautement si le traité de paix était signé vers le Ier janvier 191 3. Quejmaintenant la Grèce adhère ou n'adhère pas à l'armistice, cela n'aura qu'une importance secondaire. Son refus ne nuirait pas à ses alliés et ne compromettrait pas les chances de paix,rpuisque la liberté de mouvements de la flotte grecque assurerait 'mieux le respect des clauses de l'armistice relatives au non ^ravitaillement.

Si le gouvernement ottoman a finalement accepté ces clauses, c'est apparemment^ qu'il est sincèrement désireux de conclure la paix définitive. Le choix de Londres pour

la réunion des plénipotentiaires est une autre indication dans le même sens. On peut être sûr que les plénipotentiaires des belligérants ne recevront de la part des hommes politiques britanniques que des invitations à la conciliation. Sans se départir de leur discrétion habituelle, M. Asquith et Sir Edward Grey ont en somme formulé dans leurs récentes déclarations un programme assez net qui peut devenir celui des négociateurs et de l'Europe : i° Les Balkans aux Etats balkaniques ; 20 pas de guerre pour des questions secondaires. Ce programme n'est pas impossible à réaliser, si certaines initiatives ne viennent point inopinément contrecarrer les tentatives de pacification. Au moment où la Turquie et les États balkaniques, las des horreurs de la guerre, s'entendent pour y mettre fin, l'opinion européenne ne pardonnerait pas à la puissance tierce qui, par amourpropre, remettrait tout en question.

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