‹ L'Europe au jour le jour (volume 4)Chapitre 85 sur 110 · SUSPENSION DES GARANTIES CONSTITUTIONNELLES EN TRANSLEITHANIE · texte numérisé non relu

SUSPENSION DES GARANTIES CONSTITUTIONNELLES EN TRANSLEITHANIE

13 décembre 1912.

Des informations contradictoires continuent d'être répandues sur les intentions de l' Autriche-Hongrie. D'après des nouvelles de source officieuse, l 'Autriche-Hongrie ne rêverait d'aucune tutelle, politique ou économique, sur la Serbie ; elle se contenterait de s'opposera l'installation des Serbes sur l'Adriatique et de reprocher au Cabinet de Belgrade de n'avoir pas encore répondu aux démarches faites au début de novembre par M. d'Ugron près de M. Pachitchr Mais on néglige de nous dire quel était le but précis de ces démarches. D'autre part, on continue d'assurer que le gouvernement austro-hongrois a l'intention de réclamer la réduction des effectifs serbes et de reprendre à un moment opportun la question des consuls, quoiqu'il soit avéré que M. Prochaska et son collègue de Mitrovitza n'aient été nullement molestés et qu'au contraire leur attitude puisse être gravement incriminée. Des journaux comme la Zeit avouent que l'objet de la politique viennoise est de faire « la conquête économique des Balkans ». Mais les faits sont plus éloquents que les opinions de presse. A partir de cette semaine, en vertu d'une loi qui vient d'être votée par le Parlement hongrois, entièrement à la dévotion du gouvernement, les garanties constitutionnelles vont être suspendues dans toute la Transleithanie. La loi votée supprime l'inviolabilité de la personne et du secret de la correspondance, la liberté de la presse, de la

parole et de réunion. La mise en vigueur de l'état de siège n'a été autorisée que pour quatre mois, mais elle peut être prolongée de quatre en quatre mois sur la demande du ministère. Le Magyar Orszag apprécie ainsi cette mesure exceptionnelle :

Cette loi a ceci de spécial qu'elle ne s'applique qu'à la Hongrie, où les Slaves ne sont que 5 millions environ, alors que l'Autriche, qui renferme de 16 à 17 millions de Slaves, n'a pas senti la nécessité de se faire voter par le Parlement de Vienne une loi analogue : c'est donc qu'on craint les Hongrois et leur mécontentement bien plus qu'on ne craint les Slaves en Autriche-Hongrie. Mais il semble plutôt que le ministère hongrois Tisza-Lukacs n'a plus d'autres moyens de se maintenir contre le flot d'impopularité qui lui livre assaut qu'en profitant de la situation internationale pour se faire voter une loi lui permettant de se débarrasser par la force de l'opposition. Afin de masquer cette manœuvre, il fait pousser au noir la prévision de guerre et fait dire par ses porte-paroles qu'en 1909, au moment de l'annexion de la Bosnie et des complications pouvant en surgir, le ministre hongrois du moment discutait un projet analogue.

Le comte Andrassy, qui fut ministre de l'intérieur alors, lui répond dans le Magyar Hirlap que, en effet, l'administration de la guerre demandait à ce moment au ministre hongrois le vote d'une loi suspendant les libertés constitutionnelles, mais que, après délibérations,le ministèrejrefusa d'entrer dans ces vues, bien que le projet ne s'appliquât qu'à la durée de la guerre et que l'état de siège cessât automatiquement et ipso jure avec les hostilités, ce qui n'est pas le cas de la loi Tisza-Lukacs.

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