PJŒCISION DES CONCESSIONS TURQUES
4 janvie 1913.
La séance d'hier de la conférence balkanique a été courte et la conversation sèche. Les plénipotentiaires ottomans ont apporté de nouvelles concessions sur plusieurs points. Comme ils l'avaient fait pressentir à la séance précédente, ils ont consenti dans le vilayet d'Andrinople non seulement à une rectification de frontières, mais à une véritable cession de territoires. En effet, Réchid Pacha a proposé de céder toute la partie du vilayet située à l'ouest d'une ligne tirée des environs d'Ada, sur l'Arda, point le plus méridional de la frontière bulgare actuelle, à la baie de Bourou, sur la mer Egée, à peu près à égale distance de Cavalla et de Dédéagatch. En outre, la Turquie se déclarait prête à renoncer à ses droits sur la Crète. Pour un seul jour et pour des Turcs, l'effort était appréciable. Mais les alliés ont accueilli avec mauvaise humeur des concessions qui restaient très loin de leurs exigences. Quoique le temps ne travaille pas contre eux, ils ont peu goûté cette manœuvre
dilatoire et posé une sorte d'ultimatum. Ils ont menacé de de rompre si les plénipotentiaires ottomans n'étaient pas en mesure, lundi 6 janvier à quatre heures, de leur céder purement et simplement la Crète avec les îles de la mer Egée et de leur proposer dans le vilayet d'Andrinople une autre frontière laissant la place d'Andrinople en dehors du territoire ottoman. Sur cette injonction, Réchid Pacha a répliqué qu'on n'avait pas besoin d'attendre jusqu'à lundi et que la prochaine séance pouvait être fixée au lendemain même, c'est-à-dire à aujourd'hui samedi.
Cette hâte de la part des Turcs a surpris. Il serait vain de risquer des pronostics à l'heure même où Réchid Pacha communique sa réponse'aux Balkaniques. On peut supposer seulement que, dans la séance d'aujourd'hui, les plénipotentiaires ottomans apporteront quelques précisions complémentaires et que, pour le reste, ils s'en remettront à la médiation des grandes puissances. Il convient aussi de remarquer qu'une rupture des négociations en cours ou une interruption des séances n'impliquerait pas forcément la dénonciation de l'armistice. Sans reprendre les hostilités, on pourrait attendre de part et d'autre que certains événements, telle la reddition d'Andrinople, facilitassent un arrangement. D'ailleurs, il est bien peu vraisemblable qu'on ne fasse pas le geste de tout rompre avant de tomber définitivement d'accord.