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MASSACRE. — L'ISLAMISME DE LA « NEUE FREIE PRESSE

17 mars 191 5.

Le forcement des Dardanelles met en émoi tout l'Orient. Tout le monde reconnaît maintenant l'importance capitale de l'événement. De toutes parts arrivent des informations montrant le désarroi du gouvernement turc. Cependant il convient de ne p^s accueillir sans réserves les nouvelles datées de Constantinople. Parmi elles, il en est bon nombre de fausses ou de tendancieuses. Par exemple il ne faut pas prendre au pied de la lettre les dépêches sur l'antagonisme de Talaat Bey et d'Enver Pacha et sur la discorde au sein du ministère ottoman. Il est cerain que les ministres ne sont unanimes ni dans leur appréciation des événements, ni sur la conduite à suivre. Il en était ainsi déjà avant la guerre. Mais cela a peu d'importance. Toute l'autorité se trouve

entre les mains d'En ver Pacha, qui l'a transmise aux officiers allemands. Il est invraisemblable qu'Enver Pacha songe aujourd'hui à se dégager de l'emprise germanique. Bon gré mal gré, il reste solidaire de l'Allemagne. Quant à Talaat Bey, il a trop longtemps fait bloc avec Enver Pacha pour se séparer de lui. S'il regrette que" les choses aient pris la tournure actuelle, il est incapable de remonter le courant. Il faut toujours se rappeler que, lors des crises précédentes à la Sublime Porte, on signalait toujours des dissentiments entre les ministres et que toujours les décisions favorables à l'Allemagne étaient adoptées. L'alliance du comité Union et Progrès avec l'Allemagne ne s'effondrera que lorsque la flotte anglofrançaise paraîtra sur la Alarmara. Alors nos adversaires les plus déterminés s'écrieront à qui mieux mieux que la France est leur seconde patrie. Certaines dépêches ont pour but de ménager chez nous un bon accueil à ces conversions de la dernière heure. On sait, sur le Bosphore, qu'il ne manque pas à Paris de bonnes dupes disposées à croire à la bonne foi des convertis.

Parmi les nouvelles tendancieuses, il faut relever surtout celles qui prédisent un massacre général des chrétiens pour le jour où les Alliés voudraient entrer de force à Constantinople. Le chantage au massacre est dans les traditions turques. Mais tous les gens au courant des mœurs ottomanes savent que les massacres n'ont lieu dans l'empire ottoman que par ordre, .au commandement pour ainsi dire, et que les populations locales sont en général très tolérantes. Les disputes entre nationalités entremêlées n'ont nullement le caractère de massacres ; elles résultent de rivalités séculaires et d'opposition d'intérêts permanents. Depuis plusieurs années les populations ottomanes dans leur ensemble sont dégoûtée? de la

domination du clin de l'Ui.ion et Progrès, qui a repris les pires traditions d'Abdul Hamid depuis qu'il est inféodé au germanisme. Loin de massacrer les chrétiens à l'approche des Alliés, elles songeront plutôt à se venger des exploiteurs dr nouveau régime en qui elles avaie t mis tant d'espoirs. Les Alliés seront reçus e : liber teurs dès que la tutelle militaire allemande sera détruite. Le chantage au massacre a pour objet d'obliger mer lemeut les Alliés à traiter avec la clique au pouvoir le jour où celle-ci se sertira •perdue. Les Alliés commettn.ic\ t une faute irréparable en tombant dans ce piège. En Orie t, on ne peut rien si l'on ne donne l'impression de 1?. force. Les Alliés révéleraie. t une 1 me table Liblesse s'ils rendaient le pouvoir aux homrr.es qui s'e w sont servris impudemment contre nous. Ils perdrais t la f.ce devant tout l'Orient. Ils doive t agir en maîtres et abandonner à leur destinée les ministres qui ont poussé 1?. Turquie aux abîmes.

De son côté, la presse austro-allemande continue de travailler de toutes ses forces à soulever la méfrnee des neutres contre les Alliés à propos du f.tur régime des Détroits. Elle avait pris prétexte d'articles de quelques patriotes mystiques russes, exaltés par les perspectives qu'ouvrait l'entreprise des Dardanelles, pour mettre en garde les Roumains et les Italie: s contre l'acc2parement de la mer Noire et des Détroits par la Russie. Elle semble avoir renoncé, provisoireme t du moins, à jouer de cet . argument manifestement contredit par les assurances formelles données aux intéressés. 3. lais elle s'en prend maintenant au système de l'internationalisation. Prenez garde, dit aux ventres la Nouvelle Presse libre, l'internationalisation est un trompe l'œil, « un morceau de papier, e basse machination du vertueux Sir Edward Grey. »

Dans son dépit, la Nouvelle Presse libre oublie que" le Cabinet de Vienne se pose au Vatican comme le dernier défenseur de h Sainte Eglise romaine : « Quelle honte, s'écrie-t-elle, pour l'hypocrite qui commet cet acte inouï d'enlever aux mahométans le dernier asile de leur indépendance politique , de livrer aux cosaques assoiffés

de meurtre le seul endroit où le Prophète puisse encore être vénéré sur un sol libre! Sir Edward Grey salit le nom anglais d'une souillure ineffaçable. » Il sera curieux de voir comment l'ambassadeur de Si Majesté Apostolique près le Saint-Siège expliquera à Benoît XV et au cardinal G^sparri l'ardeur de l'organe du Ballplatz à conserver aux sectateurs du Prophète les derniers lieux •où se célèbre librement le culte musulman.

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