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LES NEGOCIATIONS DES NEUTRES

18 mars 1915.

Malgré les changements de titulaires dans les grands postes diplomatiques, malgré sa pression anormale à Vienne pour décider François-Joseph à consentir à l'Italie . des concessions territoriales décisives, l'Allemagne n'a obtenu jusqu'ici que de minces résultats. MM. Salandra et Sonnino poursuivent à Rome la conversation engagée par le prince de Bùlow ; mais, malgré le savoir-faire, l'intelligence et l'énergie de l'ancien chancelier, la conversation tombe à chaque instant faute d'aliment. Le prince assure le Cabinet de Rome que l'Allemagne est prête à reconnaître à l'Italie la possession des territoires austro-hongrois que celle-ci reven-

dique comme indispensables à sa sécurité. Il proteste également des dispositions conciliantes du Cabinet de Vienne. Seulement, lorsqu'on arrive aux précisions, il se trouve que l'ambassadeur de Guillaume II au Quirinal n'est pas autorisé à en fournir. Il doit en référer à Berlin qui doit en référer à Vienne. On réunit Conseils sur Conseils à Vienne ; on parle d'entrevues de M. de Bethmann-Holhveg avec François-Joseph Ier et le baron Burian. Mais, autant qu'on sache, des propositions formelles comportant des engagements irrécusables ne sont point présentées ; on parle seulement au conditionnel. Alors l'entretien languit. Aucune intrigue, aucune habileté ne saurait prévaloir contre la force des choses.

D'un côté, l'Allemagne elle-même ne consentira jamais, sans réserve mentale, à la cession des côtes nordest de l'Adriatique. De l'autre, l'Autriche-Hongrie ne peut pas céder volontairement, tout en étant obligée de continuer la guerre sur les fronts actuels, des provinces qui forment son boulevard à l'ouest et ses débouchés directs sur l'Adriatique, la seule mer où elle ait accès. Cette cession ne la garantirait nullement contre les résultats de la guerre avec les belligérants actuels. Elle risquerait seulement d'apparaître comme un signe de faiblesse et le prélude d'un démembrement général. Dans ces conditions, risque pour risque, l'empereur-roi doit mieux aimer perdre en combattant les provinces en jeu que se les laisser arracher par la menace. Sans être initié aux secrets du Ballplatz et de la Hofburg, il est permis de croire que, dans l'esprit du souverain et de ses ministres, au pis aller, l'abandon du Trentin et de tout ou partie du Frioul doit être réservé comme élément de négociation pour la paix générale définitive. On n'aper-

çoit pas comment cette combinaison pourrait concorder avec les intentions de la Consulta . Les hommes politiques italiens sont trop fins pour ne pas le sentir. Il en est de même des journaux de la péninsule les plus autorisés.

En Bulgarie les tendances vers la Triple-Entente semblent s'accentuer. On y a de moins en moins confiance dans le triomphe final germanique. On s'y rend compte que, les Alliés une fois à Constantinople, il sera trop tard pour s'arranger avec eux. On n'est donc pas éloigné de contracter des engagements à leur égard, seulement on voudrait se faire payer le plus cher possible. Le Cabinet de Scfia se trouve bien lié à celui de Constantinople par certains arrangements. Mais il paraît que ceux-ci visent seulement l'attitude à observer envers les États balkaniques. Li dextérité bulgare réussirait certainement à mettre d'accord la conscience du Cabinet de Sofia et les intérêts nationaux si un accord s'établissait avec les grandes puissances. C'est la dernière occasion qu'aura la Bulgarie de rentrer dans la voie de la sagesse.

En Roumanie la campagne forcenée des agents germaniques n'aboutit pas à grand'chose. Elle ne produit d'effet que sur les russophobes, dont le siège était fait. Tout Roumain qui réfléchit reconnaît que le « péril russe » n'est rien en comparaison du péril que courrait la Roumanie si elle s'aliénait les puissances qui vont s'installer sur les Détroits. Ce serait faire de la politique à la Gribouille que de se fermer toit de suite l'issue vers la Méditerrai ée sous prétexte qu'on pourrait se brouiller plus tard avec les puissances qui en détiendront les clefs. Rien ne s'oppose à ce que la Roumanie entretienne à titre permanent des relations d'entière confiance avec les Alliés et s'assure ainsi le libre passage vers l'Occident et

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vice-vers?.. P-.r contre, elle serait enfermée dans li mer Xoire et réduite à l'état des principautés moldo-valaques au commencement du siècle dernier, si directement ou ir directement elle prenait position contre les puissances msîtresses de h Méditerranée.

ECLAIRCISSEMENTS DE M. DELCASSÉ A M. SHARP SUR LES REPRÉSAILLES MARITIMES CONTRE L'ALLEMAGNE.

19 mars 191 5.

Les procédés contraires aux règles les mieux établies du droit international dont se sert l'Allemagne contre les Alliés obligent ceux-ci à recourir de leur côté à des moyens qui ne sont ni définis, ni prévus par les conventions en vigueur. Seulement, tu dis que les Allemands ajoutent l'arbitraire 'et h férocité à l'illégalité, les Alliés tiennent à honneur de recter invariablement équitables et humains. Ils viennent d'en donner un exemple frappant dans, leur riposte au blocus fictif de leurs eux et de leurs côte^ • e ou deux douzaine: de sous-mnrins

allemands. Nous l'avons montré l'autre jour en raulvsaut le décret du président de la République et l'ordre en Conseil britannique sur l'extension du droit de visite des bâte lux neutres et la rétention des marchandises de provenance, de destination ou de propriété allemande. Cela ressort davantage encore d'une lettre que M. Delcassé vient de remettre à M. Sharp, ambassadeur des Et ts-Unis en France.

Le 7 mars, M. Sharp avait demandé à AI. Delcassé des éclaircissements sur le régime nouveau que le gou-

vernemeat françiis, d'accord avec le gouvernement an- *glais, se proposait d'appliquer à la navigation internationale par représailles contre la création fictive d'une « zone maritime interdite » par l'Allemagne. Le Cabinet de Washington semblait surtout préoccupé de savoir s'il y aurait blocus, comment et où il serait exercé. Le décret et l'ordre en Conseil ont déjà répondu à ces questions. La lettre de M'. Delcassé en date du 15 mars, qu'on publie aujourd'hui, achèvera de renseigner et de rassurer le gouvernement américain. Nctre ministre des affaires étrangères dit fort justement, en reprenant les expressions de M. Sharp, que les moyens avoués de pratiquer un blocus ne ce peuvent complètement appliquer dans les circonstances actuelles. Peu imperte donc le nom dont on baptise le régime établi par les Alliés. Il s'agit plutôt, nous l'avons indiqué, d'un droit de visite dans un sens extensif. Cela ne rentre exactement dans aucune des catégories de mesures envisagées dans les manuels de droit des gens et les conventions internationales. Mais l'Allemagne a bousculé de fond en comble toutes les notions et les prescriptions juridiques. Les neutres sont en droit de lui demander des comptes sévères. Ils devront, au ectraire, savoir le plus grand gré à 1a France et à l'Angleterre qui se sont ingéniées à ne pas leur causer de préjudices sérieux en organisant contre l'Allemagne un nouveau système de défense.* Les arguments de M. Delcassé sont irréfutables. Il n'est pas douteux que, placés diïis la même situation que nous, les Etats-Unis eussent prescrit des mesures an moins aussi rigoureuses.

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