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LES CONDITIONS DE L' INTERVENTION ITALIENNE

24 avril 191 5.

Les journaux italiens dont l'opinion compte ne discutent plus le principe de l'intervention ; ils en examinent seulement les conditions. Il reste peu de chose à dire sur les conditions politiques ; elles ont été copieusement exposées depuis plusieurs semaines. Mais le côté militaire avait été à peine effleuré. Nos confrères transalpins l'abordent maintenant sans perdre de vue, d'ailleurs, le côté diplomatique. On peut même dire que, dans leur esprit, les deux ordres d'idées se confondent et que leurs articles sont rédigés pour être lus chez les Alliés aussi bien que dans la péninsule.

Le raisonnement peut se résumer ainsi. Les armées des Alliés et de l'Austro-Allemagne se font équilibre ; elles se renforcent également, ou plutôt les nouveaux éléments mis en ligne arrivent seulement à combler les vides. La « décision » militaire peut tarder indéfiniment si des tiers n'apportent pas leur appoint à l'un des groupes belligérants. Hâtons-nous de le dire, nos confrères n'envisagent qu'une seule hypothèse, celle de l'intervention en faveur de la Triple-Entente. La neutralité encore officielle de leur pays ne leur permet pas de préciser. Mais leur langage ne laisse aucun doute. « Pour que l'Austro-

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Allemagne soit battue, dit le Corriere délia Sera, il faut que l'Autriche ait devant elle, sur toute l'étendue de sa frontière, de l'Adriatique au Dniester, un anneau de troupes intactes et nouvelles qui l'obligent à diviser ses efforts en de nombreuses directions. » De l'Adriatique au Dniester, il ne peut s'agir, outre la Serbie déjà en guerre, que de l'Italie et de la Roumanie. « Si l'Autriche, continue le grand journal milanais, tente de se jeter contre une seule des armées ennemies, les autres se précipiteront en avant pour arrêter l'attaque. Il ne lui sera pas possible de manœuvrer d'un point central. Elle sera en infériorité numérique avec ses ennemis. Elle sera peu à peu refoulée de toutes les directions vers le centre de la Hongrie. C'est là la nouvelle solution du problème. Il ne peut pas y en avoir d'autre. »

Le problème est ainsi bien posé. Mais la conclusion comporte des réserves. Sans aucun doute la solution indiquée est de beaucoup la meilleure. Toutefois elle n'est pas la seule. L'équilibre entre les deux groupes de belligérants est rompu depuis des mois en faveur des Alliés. Si la décision doit forcément être lente, elle est sûre. Les interventions de tiers hâteront certainement le dénouement inévitable et l'on ne saurait trop s'en féliciter sous tous les rapports. Mais, tout en présentant un intérêt de premier ordre, ce n'est point d'elles que dépend l'issue de la guerre. Les intervenants apparaîtront non en sauveurs ou en arbitres sur le théâtre de la guerre, mais en parties prenantes dans les grands remanieme; ts européens. Il serait fâcheux, pour le maintien des relations amicales dans l'avenir entre les pays en cause, qu'une autre idée s'accréditât.

Ce point éclairci, nous partageons entièremevt l'avis de nos confrères de l'autre côté des Alpes lorsqu'ils Gauvain — T. VIII. ii

disent que, de toute façon, l'entreprise sera rude et qu'il est « indispensable de se mettre d'accord avant d'agir si l'on ne veut éprouver des déceptions pendant et après l'action ». Nous exprimions la même idée déjà hier ; nous sommes heureux de la retrouver dans le Corriere délia Sera d'aujourd'hui. Nous espérons que notre confrère partagera aussi notre opinion si nous disons que les contractants doivent régler l'action commune envisagée en ayant en vue que les intervenants entrent en scène non afin de venir au secours de telle ou telle puissance, mais dans le dessein de réaliser des ambitions particulières. Ei conséquence, si les actions douent être minutieusement concertées, il ne faut pas qu'elles se confonde: t.

Quoiqu'on parle peu maintenant de la Roumanie, il y a tout lieu de croire que son action conïcidera avec celle de l'Italie. Depuis assez longtemps, les deux Cabinets de Rome et de Bucarest sont liés par des arrangements qui les rendent solidaires dans la crise actuelle. L' Austro- Allemagne le sait. C'est pourquoi sans doute elle a porté des forces si considérables en Bukovine. Elle tient essentiellement à prévenir une jonction des armées russes des Carpathes avec les troupes roumaines venant de h haute Moldavie. En effet, si cette jonction s'établissait, rien ne pourrait contenir la masse russo-roumaine marchant sur Budapest.

L'ALLEMAGNE ET L'AUTRICHE-HONGRIE — GLATZ ET LE HAUSRUCK. — LES MAGYARS ET LE VERTIGE NATIONA- LISTE.

26 avril 191 5.

L'Autriche-Hongrie se voit acculée à l'abîme. Elle lutte encore avec l'énergie du désespoir afin d'échapper à la catastrophe ; mais on la sent sur le point de s'abandonner au destin. Elle s'apprête, sans espoir de les vaincre, à faire face aux nouveaux ennemis qui s'annoncent à ses frontières de l'est et de l'ouest. Certainement, si elle s'est résignée à accepter la conversation sur des cessions à l'Italie, c'était sans illusions sur les intentions de son ennemie séculaire. Elle a dû voir dans ces négociations surtout un moyen d'ajourner la conflagration générale. En effet, elle ne pouvait songer sérieusement un instant à consentir à l'Italie des cessions territoriales dont la contrepartie ne fût pas la signature de la paix générale. Abandonner définitivement à un neutre, en pleine guerre, des territoires considérables et précieux, sans garantie aucune au sujet de la liquidation générale, aurait eu un caractère ignominieux. Perte pour perte, il valait mieux se battre d'abord ; le risque, après tout, n'était pas plus grand, et l'honneur était sauf.

On dit que, lorsque les diplomates allemands pressèrent l' Autriche-Hongrie de céder le Trentin à l'Italie, les représentants de François-Joseph répondirent en parlant du comté de Glatz et du Hausruck-Viertel. Le comté de Glatz, conquis en 1742 par Frédéric II sur

M? rie-Thérèse, par des procédés analogues à ceux de Guillaume II en Belgique, fut réuni à la Prusse par le traité de Breslau en 1763, après la guerre de Sept ans. Il forme enclave dans l'Autriche à l'est de la Bohême comme le Trentin dans l'Italie entre la Lombardie et la Vénétie. Le Hausrùck-Viertel, donné par Napoléon Ier à la Bavière, forme aussi enclave en Autriche, dans le Salzkammergut. Si l'on rectifiait les frontières entre puissances tripliciennes en vue de rétablir la Triplice dans son ancien état, pourquoi toutes les rectifications seraient-elles effectuées aux seuls dépens de l'Autriche- Hongrie ? La cause aoi nom de laquelle on parlait était commune aux deux puissances germaniques ; l'Allemagne, qui compte s'agrandir démesurément, devait aussi sacrifier quelque chose. Peut-être le baron Burian n'a-t-il point tenu exactement ce langage. En bon Hongrois, il ne se préoccupe guère plus du Trentin que du comté de Glatz ; il ne pense qu'à la Magyarie. Mais, dans l'entourage de François-Joseph, M. de Tchirschky et les émissaires du prince de Bùlow ont dû entendre des réflexions du genre de celles-là. En ce moment les Magyars ont le verbe moins haut que l'été dernier. On a dû leur dire qu'ils étaient les mauvais génies de la monarchie.

A Pest même il semble que la situation soit changée. "Le comte Tisza prend une attitude modeste. Il ne menace plus ; il prie, il conjure. Les chefs de l'ancienne opposition qui, par patriotisme, avaient cru devoir faire bloc avec la majorité gouvernementale, s'écartent l'un après l'autre. Naturellement, ils plaident toujours la caise magyare devant l'étranger. Seulement, en Hongrie, ils réclament des explications. A la Chambre, ils interpellent, ils refusent de nouveaux crédits militaires.

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Le comte Michel Karolyi, chef du parti de l'indépendance et partisan résolu, avant la guerre, d'une politique d'entente avec la France et l'Angleterre, annonce « que la trêve de Dieu accordée au gouvernement est terminée ». Le comte Batthyany, membre important de ce même parti de l'indépendance, demande l'institution du suffrage universel avec vote unique. L'irritation et l'agitation gagnent tout le personnel politique magyar. Mais, au milieu de la tourmente, pas un de ces hommes politiques, de n'importe quel parti, ne se dégage des préjugés nationaux. Ils ne paraissent préoccupés que de la Magyarie, de l'Etat magyar. Ils parlent et agissent comme si leur monstrueux système de gouvernement à l'égard des autres nationalités de Transieithanie n'était pas la cause initiale, déterminante, des difficultés actuelles. Aucun d'eux n'a fait un geste ou dit un mot pour renforcer cette Transieithanie croulante en rendant enfin à la Croatie et à la Transylvanie leurs libertés confisquées. Ils restent tous en proie au vertige nationaliste. Ils ne sortiront de leur erreur que lorsque les cosaques et les roshiori défileront à Pest dans la rue Andrassy.

L' AUTRICHE-HONGRIE ACCULÉE. — FEDERATION INTÉRIEURE OU UNION AVEC L'ALLEMAGNE.

27 avril 1915.

La preuve la plus forte de la détresse où la monarchie austro-hongroise est réduite se trouve dans les projets <le réorganisation que les plus importants de ses hommes

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politiques discutent publiquement. A Pest, on parle couramment de la transformation de la Transleithanie en Hongrie indépendante, rattachée ou non à l'Autriche par le lien ténu de l'union personnelle. Dans cette combinaison chère aux bouillants Magyars, le royaume de Saint-Etienne serait rétabli dans ses antiques prérogatives. A Vienne, on préconise déjà l'union douanière avec l'Allemagne. Le baron de Plener, président du Conseil supérieur des comptes de l'empire, et ancien premier ministre durant la période lointaine où les libéraux possédaient la majorité au Parlement de Vienne, déclare que rien n'empêchera plus, après la guerre, de faire de l'Allemagne et de l'Autriche un seul État sous le rapport économique. Il suppose que la clause de la nation la plus favorisée stipulée dans le traité de Francfort entre la France et l'Allemagne sera supprimée. Ainsi, des deux côtés de la Leitha, on prévoit la dissolution de la monarchie dualiste. Quoiqu'il y ait bien des contradictions dans ces projets, tous indiquent que personne n'a plus confiance dans le triomphe final. Il n'est plus question de dominer l'Orient ou de raffermir par la victoire les institutions vermoulues de 1867 ; on ne songe plus qu'à continuer de subsister tant bien que mal dans une Europe remaniée.

Les ambitions magyares, même contenues dans un cadre rétréci par les événements, sont aussi folles que celles d'avant la guerre. Une Hongrie indépendante, issue d'une défaite austro-hongroise, serait mort-née. Elle serait aussi hétérogène et moins puissante que la Transleithanie actuelle. Encerclée par des Etats jeunes, enorgueillis par la victoire, impatients de voir sous la domination magyare des populations de même race qu'eux, il lui faudrait à bref délai livrer bataille afin de défendre

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son existence. Mais dans quelles conditions! Ce serait la seconde étape du désastre. Que deviendrait une Magyarie constituée avec les territoires où vivent seulement des Magyars, dépourvue de frontières naturelles, sans débouchés, sans variété de ressources ? Elle sombrerait dans le néant. Au lieu de s'abandonner à leurs chimères ultra-nationalistes, les Magyars feraient beaucoup plus sagement de procéder à leur examen de conscience et de méditer sur les moyens de reconstituer l'Etat austrohongrois dans des conditions où toutes les parties restantes de là monarchie auraient une place proportionnée à leur importance réelle. En somme, les traditions féodales et l'esprit de domination devraient se résigner à céder devant un gouvernement démocratique et l'esprit de justice. Sans aucun doute la forme fédérative est la seule qui convienne aujourd'hui à l'assemblage bariolé de débris d'États dont est composée la monarchie austro-hongroise. C'est le seul moyen de lui permettre de vivre normalement et de remplir en Europe le rôle d'équilibre qui est sa seule raison de subsister. Les Hongrois ne bénéficieraient plus du prestige de la prepotenza ; mais l'entêtement dans ce système ostentatoire leur a valu une anarchie permanente et les a conduits au précipice.

De l'autre côté de la Leitha, chacun retourne à ses affinités naturelles. Slaves du Nord et Slaves du Sud, Tchèques et Slovènes aspirent à recouvrer l'ancienne indépendance. Toutefois la plupart d'entre eux, moins échauffés que les Magyars, désireraient rester, dans cette nouvelle condition, dans une monarchie commune où les droits de chacun seraient respectés et où les efforts de chacun s'uniraient en vue du bien général. Ici encore la forme fédérative convier t feule. Seulement, de même

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que les Magyars s'opposent à son adoption en Tfansleithanie, de même les Germains la repoussent en Cisleithanie. C'est pourquoi M. de Plenef et les libéraux, qui représentaient il y a quelques dizaines d'années l'idée de la centralisation sous la direction des éléments allemands, se tournent maintenant du côté de l'Allemagne. Plutôt que de vivre sur le pied d'égalité avec des Tchèques, des Moraves, des Slovènes, ils préfèrent se rattacher à la grar.de Allemagne. Tout compte fait, ils sont plus Germains qu'Autrichiens. Ils ne parlent aujourd'hui que d'union douanièie, mais l'union douanière conduirait infailliblement à l'union politique.

On entend dire souvent maintenant qu'il faut se garder, si l'on en est maître, de trop diminuer l'Autriche- Hongrie de peur de la jeter dans les bras de l'Allemagne, et il y a là une grande part de vérité. Mais on ne doit pas se dissimuler que cette éventualité redoutée est déjà en partie réalisée. Elle l'est militairement, car les armées des deux empires sont confondues ; elle commence aussi de l'être dans les esprits, car les Allemands aspirent visiblement à absorber la Germanie autrichienne, et leurs convoitises semblent s'accorder avec les désirs d'un grand nombre des sujets allemands de François- Joseph 1er.

UNE SOIREE A LA VILLA MALTA. — PROJET DE CEREMONIE PATRIOTIQUE A QUARTO. — M. DE BETHMANN-HOLLWEG ET LE COMTE TISZA.

28 avril 1915.

Le langage des journaux italiens est en ce moment le plus intéressant à entendre. Depuis deux ou trois jours, ils s'abstiennent de longs exposés sur les intérêts nationaux dans les différentes parties du monde où Yitalianità est plus ou moins fortement représentée. Ils semblent considérer le procès de la Triple-Entente et de l' Austro- Allemagne comme plaidé ; ils attendent le jugement. Seulement les avocats neutralistes jurent bruyamment que le tribunal ne peut se prononcer qu'en leur faveur, tandis que les organes interventionnistes dédaignent de mettre en doute la sagesse des juges. La Stampa, qui a mené la campagne neutraliste avec une rudesse toute germanique, jette ses derniers feux. Elle rend compte avec émotion de la magnifique réception donnée samedi dernier par le prince de Bùlow à la villa Malta, et énumère avec complaisance les personnages qui y figurèrent. Toutefois cette note politico-mondaine ressemble un peu à une nécrologie. Cette impression n'est pas diminuée par le récit d'un long entretien qui aurait eu lieu la veille au palais Chigi entre les ambassadeurs d'Autriche- Hongrie et d'Allemagne et leurs conseillers. Cette réunion prend l'aspect de la mise en bière, en famille, de la Triplice.

Du côté de la Consulta rien ne transpire. Toutefois,

à défaut d'informations positives, il y a des indices. Le Giornale d'Italia, organe fidèle de M. Sonnino, publie en tête de son numéro d'hier mardi une longue correspondance de Gênes sur l'inauguration solennelle, le 5 mai, du monument élevé à Quarto en l'honneur des Mille, qui s'embarquèrent dans cette localité la nuit historique. Ce monument consiste en une gigantesque statue en bronze de Garibaldi, où le sculpteur a évoqué, dit notre confrère, le « pur miracle de notre race, exprimant heureusement, en vue de la mer, la signification de l'héroïque épopée des Mille ». Les orateurs qui commémoreront l'expédition garibaldienne ne manqueront pas de rapprocher ce grand événement, d'où sortit l'Italie une, d'autres événements qui se préparent et d'autres mers. La municipalité de Gênes, qui a lancé les invitations, veut donner à la cérémonie un caractère national. Elle a convié toutes les associations de la Ligirie, sans distinction de partis, les plus importantes associations de la haute Italie, le Comité pour la liberté des peuples, les confédérations ouvrières, l'association Giuseppe Mazzini et enfin les ligues « Trente et Trieste ». Le Giornale d'Italia termine par ces mots : « La démocratie, consciente de l'heure solennelle et de l'action qu'elle sera appelée à accomplir pour le bien de notre pays, lèvera haut, le 5 mai prochain, ses propres insignes au cri de : Italia e popolo. » Le poète Gabriel d'Annunzio, qui a déjà rédigé l'épigraphe de la médaille commémorative, prononcera le discours inaugural. Mais il y a mieux. Le roi a accepté l'invitation de la municipalité de Gênes. Sa présence consacrera une politique. Le petit-fils du fondateur de l'unité italienne, du collaborateur royal de Garibaldi, parlera -t-il, ou bien se contentera-t-il d'un geste annonciateur d'une seconde épopée? On ne sait

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encore. Le 5 mai, toute l'Italie tournera ses regards vers Quarto ; elle s'attend à ce que Victor-Emmanuel III lui indique la direction de ses destinées. L'Europe civilisée souhaite que ce jour-là soit un de ceux dont puisse se glorifier « la liberté des peuples ».

Pendant ce temps la diplomatie austro-allemande paraît de plus en plus déconcertée. Après avoir parlé de tous côtés avec arrogance, elle se recueille. Elle a eu beau changer les titulaires de ses principaux postes, envoyer les hommes à poigne secouer les gouvernements neutres, et user tour à tour, ou en même temps, de la menace et de la corruption, elle se voit aujourd'hui réduite à l'alliance turque et à l'espoir bulgare. C'est peu pour tant d'efforts. M. de Bethmann-Hollweg est allé, dit-on, se reposer à Montreux. Est-ce pour y chercher, sur les rives printanières du Léman, les lauriers, qu'il n'a pu cueillir ailleurs ? Son compère, le comte Etienne Tisza, tient encore la tête haute à Budapest. Mais sa voix faiblit et sa main laisse flotter les rênes. La prédiction de son père, le comte Koloman, qui fut longtemps président du Conseil et qu'en appelait le pape calviniste, est-elle sur le point de se vérifier? « Etienne, disait le vieil homme d'Etat est un bon cavalier, mais un mauvais cocher. » En vérité le char hongrois est tellement enfoncé dans la boue et le sang qu'il n'y a plus de poigne capable de le tirer de l'ornière.

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