LE LIVRE ROUGE AUSTRO-HONGROIS
Ier mai 1915.
Devant le péril d'une campagne de printemps où l'Europe civilisée, enfin consciente de ses intérêts solidaires, s'apprête à disloquer définitivement les forces germaniques combinées, l'Allemagne redouble d'énergie
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et d'audace. Elle prend l'offensive partout où elle peut et médite on ne sait quel coup. En Autriche-Hongrie on se montre déconcerté et découragé. Le torpillage du Léon-Gambetta, tout en provoquant de bruyantes manifestations de joie, n'améliore en aucune façon la situation militaire de la monarchie. Tous les hommes clairvoyants devinent aisément que celle-ci aura très prochainement à faire face à un nouvel assaut dont rien ne pourra conjurer les effets. François-Joseph Ier ne possède plus l'inébranlable confiance d'antan dans Tisza le Sauveur. Il vient de faire appeler le comte Goluchowsky, le prédécesseur de M. d'Aehrei thaï au Ballplatz. Il ne s'agit sans doute que de demander l'avis du ministre qui a conclu les accoids austro-russes à la fin du siècle dernier. Mais cet appel n'en est pas moins significatif. D'autre part, les libéraux allemands de Vienne, dont la Nouvelle Presse libre est l'organe traditionnel, parlent de plus en plus de rattacher l'Autriche à l'Allemagne sous le rapport économique. On leur fait bien observer que l'industrie autrichienne serait incapable de supporter la concurrence avec l'industrie allemarde ; ils n'en vont pas moins fataleme- t où les poussent leurs préférences ethniques et soci. les. De même qu'ils ont commis l'inexcusable faute de mêler les armées des deux pays, ils préconisent maintenant l'associ;.tion économique des deux empires. Ils re voient plus d'autre ressource que l'absorption dans le Deutschthum.
Ce serait le moment pour les sujets lucides de l'empereur-roi de faire un tetour en arrière et de rechercher sérieusement comment la monarchie a été coud ite à l'abîme. On ne peut espérei qu'ils étudient les documents publiés par les puissances ennemies. M is, avec un peu de sens critique, ils trouveraient dans le recueil Gauvain. — T. VIII. 12
élaboré par leur propre gouvernement, dans le Livre Rouge publié en février dernier par la chancellerie du Ballplatz, des éléments d'appréciation de première importance. En effet, c'est une caractéristique de cet ouvrage documentaire et tendancieux que son examen attentif produit chez les lecteurs bien informés une impression toute différente de celle qu'attendaient les auteurs. Deuy ou trois fois déjà nous avons relevé ici les contradictions contenues dans le Livre Rouge. Mais l'espace nous manquait pour une analyse méthodique, minutieuse. Celle-ci pourtant était nécessaire, car les recueils diplomatiques des puissances de la Triple-Entente, composés seulement de pièces officielles émanant de leurs propres archives, ne permettaient pas de se faire une idée ei acte du jeu de la diplomatie austro-hongroise. On trouvera cette étude dans le dernier numéro de la Revue des sciences politiques (*). Le Livre Rouge y est examiné pièce par pièce. On n'y omet lien de ce dont pourrait se servir le Cabinet de Vienne pour se justifier. Seulement les thèses du comte Berchtold y sont ensuite soumises à l'examen rigoureux qu'elles appellent.
Le Cabinet de Vienne a mis six mois à préparer son recueil. Pour le publier, il a attendu que les autres puissances aient fait paraître le leur. Par conséquent il n'a rien dû négliger d'utile à sa cause. Or le Livre Rouge ne contient aucune pièce qui décharge sa responsabilité. En particulier, on n'} trouve aucune trace de la prétendue acceptation de médiation dont les amis de l'Autriche ont fait état pour soutenir qu'elle était décidée à la paix lorsque l'Allemagne brusqua le dénouement en sommant la Russie de démobiliseï . On constate au contraire
(*) Le Livre Rouge austro-hongrois, par Auguste Gauvain, dans la Revue des sciences politiques d'avril 191 5.
que le comte Berchtold a persisté jusqu'au dernier moment à réclamer à la fois h démobilisation russe et le droit de poursuivre sans aucune interruption l'action militaire austro-hongroise en Serbie. Or tous les projets de médiation avaiert pour bot essentiel et condition sine qua non la suspension des opérations de go erre contre la Serbie.
Voici la conclusion de l'article :
Dans cette discussion le Cabinet de Vienne raisonne comme si ses premiers préparatifs militaires visaient exclusivement la Serbie. Mais la mobilisation de l'armée d'un pays intéresse tous ses voisins. Elle n'est pas faite contre tel ou tel voisin. Suivant les circonstances, elle permet d'agir dans toutes les directions. C'est la concentration qui menace plus particulièrement une ou plusieurs puissances. Mais les voisins de l'État qui mobilise, lorsqu'ils ont de fortes raisons de suspecter ses intentions, ne peuvent attendre que sa concentration soit achevée pour commencer leur propre mobilisation. Autrement ils lui laisseraient prendre une avance de plusieurs semaines. Dans le cas qui nous occupe, le Cabinet de P<'trograd n'avait que trop de raisons de craindre que la mobilisation austro-hongroise, commencée sous le prétexte de la rupture avec la Serbie, fût surtout dirigée contre la Russie. S'il ne s'était pas prémuni, il aurait été obligé de capituler diplomatiquement ou de renoncer à défendre les provinces polonaises du tsar.
LA SOLIDARITÉ DE L'IRLANDE AVEC LES ALLIES. — LES IRLANDAIS A PARIS. — LES NÉGOCIATIONS D'iNTER- VENTION ET LE DROIT DES PEUPLES.
2 mai 191 5.
Parmi les spect xlej réconfortants que nous offre la résistance des nations civilisées à l'agression austro-allemar.de contre les libertés de l'Europe, un des plus émou-
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vants pour les Français est celui de la réconciliation de l'Irlande et de la Grande-Bretagne. La veille de la violation de la neutralité belge par les armées de Guillaume II, cette transformation de rivalités séculaires en une action commune parfaitement cordiale semblait hors de toute vraisemblance. Orangistes et home rulers étaient sut le point de s'affronter les aimes à la main. Pourtant, instantanément, à la nouvelle de la provocation germanique tous les Irlandais se fondirent en une seule masse pour lutter ensemble, coude à coude, contre les nouveaux barbares. Singulière ironie des choses, l'armement des milices orangistes organisées par Sir Edward Carson en vue d'une lutte contre les home rulers se retourna contre les Allemands qui comptaient sur l'explosion d'une guerre civile dans le Royaume-Uni. Et la France ressentit une double joie : elle vit l'Entente cordiale se changer en une alliance militaire inébranlable, et ses nouveaux alliés accourir à elle du même élan avec les braves Celtes qui avaient si souvent combattu côte à côte avec les troupes de ses rois. Ainsi, du même coup, nous bénéficiions du concours armé d'un noble petit peuple qui, croyait-on quelques jours auparavant, allait entrer en collision avec nos amis, et nous voyions disparaître le seul nuage qui assombrissait l'avenir de l'entente avec la Grande-Bretagne.
Vendredi M. O'Connor, président de la délégation parlementaire irlandaise séjournant actuellement à Paris, a expliqué ce miracle dans son allocution au président de la République. Il a montré « le peuple d'Irlande, fidèle à son passé, dressé pour défendre la cause sacrée de la liberté et de la justice », résolu à « assurer le triomphe du principe des nationalités et du droit des petites nations pour lesquelles combattent aujourd'hui les Alliés ». C'est
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l'idée de justice et l'espoir d'une paix réparatrice fondée sur le respect des droits sacrés des peuples qui ont entraîné dans un seul flot les Irlandais avec les Ecossais et les Anglais vers les rives de Belgique et de France. Ce sont ces sentiments, anciés au plus profond des consciences", qui ont été les véritables agents recruteurs des centaines et centaines de mille volontaires britanniques enrôlés pour la cause des Alliés. « Ce sera l'orgueil des générations irlandaises, a dit M. O'Connor à M. Raymond Poincaré, de songer que des soldats de leur race ont pris part à cette lutte héroïque et ont versé leur sang côte à côte avec les valeureux soldats de toutes les natons alliées, pour défendre la France et assurer le triomphe du droit et de la liberté. » Le président de la République, en souhaitant la bienvenue aux Irlandais, a exprimé les mêmes sentiments ; il a célébré « la même cause sacrée, celle de l'honneur national et de la liberté ». Un peu après, à l'archevêché de Paiis, Mgr Amette parlait aussi aux Irlandais de « l'union sacrée » inspirée par les mêmes idées : « Oubliant les divisions de la veille et, pour plusieurs, des griefs trop justifiés, tous les Français se sont levés comme un seul homme et se sont rangés autour de ceux auxquels était échu le périlleux honneur de tenir le drapeau. »
Hier samedi, au déjeuner offert à la délégation irlandaise par la Commission des affaires extérieures de la Chambre des députés, les orateurs ont tous tenu un langage analogue. En termes éloquents M. Léon Bourgeois a défendu « l'idée supérieure du droit », « le droit de toutes les nations à l'indépendance et à la vie ». De même il a fait espérer « la paix véritable, celle qui résulteia de la victoire des forces de la civilisation sur celles de la barbarie ». Enfin le président du Conseil s'est porté
garant « qu'aucune ambition malsaine ne fermentait dars l'âme héroïque des nations appelées aux suprêmes sacrifices ».
Toutes ces déclarations, tous ces engagements doivent être retenus. D'autres nations, annonce-t-on, vont se joindre à celles qui luttent aujourd'hui pour l'existence, l'honneur et la liberté. Celles-là n'obéissent point à une impulsion irrésistible de. la conscience ; elles cèdent plutôt à des ambitions et à des calculs. Elles ont pris le temps de la réflexion, un long temps. Il n'y a point harmonie préétablie entre elles et les peuples qui se sont levés d'un seul bond. Aussi importe-t-il qu'elles se pénètrent, en contractant des engagements avec les Alliés, des idées directrices de ceux-ci. De leur côté, les gouvernements des puissances alliées ne sauraient sacrifier, pour hâter 1?. conclusion d'acccrds désirables, les principes fondamentaux de leur alliance. Ils n'ont ni qualité ni droit pour disposer en faveur de qui que ce soit de populations quelconques contrairement à la volonté certaine de ces populations. A plus forte raison ne pourraient-ils point s'engager à les retenir pour le compte d'autrui sous une domination étrangère. Autrement, les motifs de se battre, dont parlaient hier et avant-hier les Irlandais avec une émotion vibrante, cesseraient d'exister pour bien des peuples. Pour vaincre, on perdrait les raisons de vaincre.
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XES INQUIÉTUDES DES YOUGOSLAVES A PROPOS DES NÉ- GOCIATIONS AVEC L'ITALIE. — L'ITALIE ET LES YOU- GOSLAVES.
3 mai 1915.
Nous faisions allusion hief aux préoccupations que soulèvent les bruits répandus par des journaux sérieux de divers pays sur certaines clauses des négociations en cours avec les puissances qu'on dit disposées à entrer en ligne aux côtés de la Triple-Entente. Ces bruits sont parvenus en Serbie et y ont provoqué une émotion dont on ne saurait exagérer l'importance. Peut-être le grand public ne s'en rend-il pas bien compte. Il connaît mal le monde slave. Pendant des générations, il a été induit systématiquement en erreur sur la Slavie austro-hongroise par les agents austro-hongrois. C'est pourtant le moment de se rappeler que les Yougoslaves ou Slaves du Sud, tout en aspirant à la délivrance, ne craignent rien tant que de -passer sous la domination d'une puissance non slave. S'ils ne peuvent devenir indépendants ou être réunis à un Etat slave, ils préfèrent rester, tant bien que mal, dans la monarchie dualiste. Ils savent que celle-ci est condamnée à disparaître comme grande puissance ou à leur donner une véritable autonomie. Ils aimeraient donc mieux attendre l'heure du destin que d'être incorporés dans un État d'autre race, d'autre langue, d'autre mœurs, d'autres intérêts. Ils se tournent naturellement vers la Serbie, leur voisine et leur sœur.
La Serbie n'a désiré ni la guerre, ni de nouvelles an-
nexions. Mais, puisque le gouvernement austro-hongrois lui a déclaré à l'improviste une guerre d'extermination, elle a fait appel à tous les frères opprimés de l'autre côté de la Save, du Danube et de la Drina. Puisque les Magyars, avec le consentement de Vienne, ont exercé dans toute la Yougoslavie un régime de terreur et d'abomination, les Yougoslaves ont juré d'être tous délivrés ensemble ou de périr ensemble. Ce n'est pas la Serbie qui les a excités ; ce sont eux qui se sont attachés à la Serbie, comme à la seule ancre de salut. Trois fois depuis trois ans, l' Autriche-Hongrie a voulu, soit par l'intermédiaire d'Etats complices, soit par elle-même, écraser la Serbie. Trois fois elle a été vaincue. Les Serbes et les Yougoslaves se croient donc en droit d'en finir une bonne fois avec un ennemi féroce et sans scrupules. Leurs espoirs sont d'autant plus fondés que la Serbie défend avec une magnifique intrépidité la cause du droit et de la civilisation en Orient et qu'elle a déjà sacrifié la fleur de sa jeunesse à la cause soutenue en commun par les Alliés solidaires. On comprend donc l'émoi du monde serbe — dans le sens le plus large du mot — à la nouvelle .qu'une grande puissance encore neutre mettait comme condition de son intervention la [reconnaissance de ses « droits » sur des régions adriatiques habitées par plus de 90 0/0 de Slaves. Le saisissement a été tel en Serbie que M. Pachitch a été interpellé à la Skoupchtina, qui vient de se réunir à Nich.
On lira plus loin le discours du président du Conseil serbe. M. Pachitch est un homme d'Etat dont les qualités rappellent celles de M. Venizélos. Il est clairvoyant, ferme et modéré. Il s'est toujours montré loyal et droit. Il inspire et mérite la confiance. La fatalité veut qu'il se trouve obligé de défendre son pays contre des projets
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attribués à un État pour lequel il a toujours professé la plus vive sympathie. Pendant toutes ces dernières années la diplomatie serbe est restée en contact très amical avec la diplomatie italienne. La Serbie considérait l'Italie comme une alliée naturelle. Et, en fait, ses raisons étaient excellentes. Une Slavie balkanique amie serait pour l'Italie le plus précieux des débouchés, le plus solide appui contre de futures revendications austroallemandes. Il y a place pour les deux pays dans l'Adriatique. Avec ce qu'on ne conteste point à l'Italie dans le nord de l'Adriatique et avec Vallona, l'Italie aurait le predominio strategico qu'elle ambitionne légitimement de posséder. Economiquement et militairement, à côté d'une Slavie libre, elle acquerrait une situation qui défierait les risques de l'avenir. Aussi, comme M. Pachitch, voulonsnous attendre des précisions authentiques avant de rien critiquer. Nous ne pouvons pas croire que l'Italie, fondée sur le principe des nationalités, voudrait se mettre sur les bras des populations irrémédiablement hostiles à l'annexion. Ce serait une faute politique d'une portée incalculable. Qu'on se souvienne de la paix de Campo- Formio et de l'imprudence de Bonaparte! Que chacun fasse le compte de ce qu'a coûté l'abandon de la Vénétie à l'Autriche.
PERIPETIES DIPLOMATIQUES A ROME. — L ABSTENTION DU GOUVERNEMENT A QUARTO.
4 mai 1915.
La> tension diplomatique provoquée par les projets d'intervention touche au point extrême. La diplomatie
germanique donne son dernier effort avec l'énergie qu'on lui connaît. La nouvelle officielle de la présence du roi Victor-Emmanuel, accompagné du président du Conseil et des ministres de la guerre et de la marine, à l'inauguration solennelle du monument des Mille à Quarto, semble avoir déterminé une démarche particulièrement grave du prince de Bùlow à la Consulta. Avant-hier matin, l'ambassadeur d'Allemagne est allé s'entretenir pendant une grande heure avec M. Sonnino. Dans l'après-midi, M. Sonnino a conféré près de deux heures avec le président du Conseil au palais Braschi, après quoi M. Salandra s'est rendu aussitôt à Villa Ada où il est resté avec le roi jusqu'à sept heures passées. Aussitôt après, M. Salandra s'est rendu à la Consulta où il a de nouveau conféré avec le ministre des affaires étrangères. Enfin, hier, un Conseil des ministres a été tenu et l'on a fait savoir peu après que le roi ni les ministres n'assisteraient pas à la cérémonie de Quarto. Cette nouvelle n'a été connue à Paris que cette nuit.
La décision du gouvernement italien causera partout, en Italie tout d'abord, une vive émotion. En effet, tout était prêt pour la fameuse commémoration qu'on avait voulu entourer d'un éclat exceptionnel. Dès lors que ni le roi ni les ministres n'y assisteront, les discours seront dépourvus de véritable signification politique. L'allocution de M. Gabriel d'Annunzio sera peut-être un événement littéraire ; elle n'aura point d'importance diplomatique. Les journaux de la péninsule arrivés ce matin à Paris ont encore des colonnes entières pleines d'informations sur la cérémonie du 5 mai. Certainement ils la considéraient tous comme un fait de première importance. Pour que la participation du gouvernement ait été supprimée, après tant de préparatifs, l'avant-veilie du
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jour fixé, il faut qu'il se soit produit dans l'intervalle quelque chose d'important. Vraisemblablement ce quelque chose doit être la visite du prince de Bùlow à M. Sonnino. D'après certaines informations, l'ambassadeur de Guillaume II aurait présenté de nouvelles propositions de nature à déterminer le gouvernement à réfléchir de nouveau avant de déchaîner le patriotisme national dans une manifestation comme celle de Quarto. Comme rien n'a transpiré de l'entretien Bùlow-Sonnino, on ne peut démentir cette version. Cependant, aucune entrevue ne saurait modifier la nature même des choses, et l'on n'aperçoit toujours pas comment l'Austro-Allemagne pourrait satisfaire les revendications italiennes : l'opposition d'intérêts est trop forte. Alors on est plus porté à croire à la menace allemande. Le prince de Bùlow a pu déclarer avant-hier à M. Sonnino, il est même naturel qu'il l'ait déclaré, que son gouvernement considérerait comme un acte inamical toute allusion d'un discours officiel à l'extension du royaume dans des territoires appartenant à l'Autriche-Hongrie. Inévitablement cette démarche ou une démarche analogue devait être faite tôt ou tard.
Pour notre part, nous ne sommes donc point surpris de l'incident. Dans l'état où sont arrivées les choses, les incidents sont dans l'ordre. La décision du gouvernement italien de s'abstenir demain indiquerait seulement qu'il n'estime pas le moment venu de s'expliquer publiquement. Lui seul est juge du moment. Très probablement l'Austro- Allemagne va profiter de ce répit pour tenter une grande opération militait e destinée, dans son esprit, à décourager les interventions projetées. Mais elle trouvera à qui parler. Peut-être aussi espère-t-elle engager les impérialistes transalpins à formuler devant la Triple-
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Entente de nouvelles exigences dont l'acceptation jetterait le trouble dans les rapports des Alliés avec les Slaves et, en tout cas, créerait fatalement plus tard à l'Italie des difficultés très graves. Mais on ne peut supposer que des diplomates aussi avisés que les Italiens tombent dans ce piège. Il convient d'attendre avec patience et confiance.