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LA TENSION DIPLOMATIQUE ET LA TRIPLICE

5 mai 1915.

La décision inopinée du gouvernement italien de n'être pas représenté aujourd'hui à la cérémonie de Quarto par le roi et les principaux ministres continue d'être l'objet de tous les commentaires. Les grands journaux italiens ne fournissent aucune explication ; à peine même émettent-ils de vagues hypothèses. Ils s'en tiennent à la note officielle, d'après laquelle le Conseil des ministres, dans sa séance du matin du 3 mai, « a reconnu, après avoir considéré la situation politique, la nécessité qu'aucun membre du gouvernement ne s'absente de Rome ». [A première vuey cette nécessité était la même avant le 2 mai qu'après. Si elle a paru plus impérieuse le 3, c'est qu'il s'est produit un fait nouveau dans l'intervalle. Nous croyons toujours que ce fait nouveau est la démarche du 2 mai de M. de Bùlow à la Consulta].

L'examen des nouvelles militaires arrivées des différents théâtres de la guerre nous conduit à la même conclusion. Les communiqués allemands, autrichiens et turcs

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annoncent tous des succès austro-allemands. Chose curieuse, en même temps on apprend qu'une colonne italienne opérant en Libye a subi de fortes pertes entre Syrte et Casr-bu-Adi, et que des officiers allemands et turcs ont été trouvés parmi les blessés laissés surplace par les Tripolitains. Sur ces données on peut reconstituer l'entretien Bûlow-Sonnino. Sans quitter le sourire, l'ambassadeur de Guillaume II a pu communiquer ces nouvelles — sauf celles de Libye — au ministre des affaires étrangères de Victor-Emmanuel III et lui demander s'il croyait le moment vraiment choisi peur déchaîner le patriotisme irrédentiste à l'inauguration du monument des Mille. Le prince de Bùlow a pu ajouter, avec une nuance de tristesse, qu'il serait désolant que des paroles irréparables fussent prononcées avant que d'anciens bons amis comme le comte GoluehoWiky, en route pour Rome, ou M. Edmond Miklos, ancien commissaire général de Hongrie à l'exposition de Rome, aient eu le temps de parler à cœur ouvert avec les membres du gouvernement italien. Quelques renseignements précis sur la position des armées allemandes, quelques allusions à la possibilité de nouvelles concessions territoriales de l'Autriche-Hongrie ont pu achever de faire comprendre à M. Sonnino les intentions de l'Allemagne. Sans tenir un langage précisément comminatoire, un diplomate de l'envergure du prince de Bùlow sait produire l'effet qu'il désire. Qui sait si, vers la fin de la conversation, il n'a point fuit miroiter devant M. Sonnino le rôle d'initiateur du rétablissement de la paix générale ?

En annonçant l'abstention du roi et des ministres à Quarto, le Giornale cTItalia engage le public à ne pas se laisser induire en erreur par des voci opposte, à ne pas perdre le calme, à ne pas s'abandonner à des impulsions.

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« Que le pays, dit- il en terminait, continue de rester patient, confiant et préparé, et il donnera par cette attitude le meilleur appui au gouvernement national tandis que celui-ci veille et travaille consciencieusement pour le bien de la patrie. » Ces conseils sont excellents ; ils seraient à leur place chez les Alliés aussi. Notre raison à nous d'être calmes et patients est notre foi dans notre propre force et la ccnfLrxe que les peuples encore neutres dont les intérêts sont en jeu sont fatalement poussés, malgré les hésitations des gouvernements, vers l'accomplissement de leurs destinées. Dans ces pays, tous les hommes clairvoyants qui ne sont point infectés du virus germanique se rendent compte que ce printemps marque le dernier terme des tergiversations. Quels que soient les événements militaires, il faut se décider. Si les opérations de guerre sont favorables aux Alliés, tout invite à en profiter. Si elles ne l'étaient pas, il y aurait urgence à mettre en ligne toutes ses forces afin de prévenir un nouveau retard dans le règlement de comptes général. Tout fait prévoir maintenant que l'Allemagne veut absorber, d'une manière ou de l'autre, la Germanie autrichienne et que celle-ci ne s'y opposera pas. La réalisation de cette éventualité constituerait le danger le plus menaçant pour l'Europe civilisée, pour l'Italie et la Roumanie en particulier. C'en serait fini pour l'Italie du predominio strategico dans l'Adriatique ; elle ne serait plus pour les Allemands que le pays où l'on va entendre des ritournelles et voir danser la tarentelle. Quant à la Roumanie, elle retomberait à l'état de dépendance où elle se trouvait avant le milieu du dix-neuvième siècle ; elle aurait seulement changé de maître. Enfin, en dépit du réalisme des néo-diplomates de divers lieux, on a le droit d'espérer que le peuple italien et le peuple roumain

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n 'attendront pas l'heure de la curée pour se montrer. Ils savent que leur avenir dépend, non seulement de leur part de dépouilles, mais surtout de la part qu'ils auront prise à la victoire.

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