‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 127 sur 161 · DECLARATION DE GUERRE DE L ITALIE · texte numérisé non relu

DECLARATION DE GUERRE DE L ITALIE

A l'autriche-hongrie

24 mai 191 5.

Les derniers rites sont accomplis. Après une longue controverse diplomatique l'Italie se trouve officiellement en état de guerre avec l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Hier 23 mai M. Sonnino a notifié à l'ambassadeur de François-Joseph Ier près le Quirinal que le gouvernement italien se considérait, à partir du 24 mai, en état de

l'intervention de l'italie 233

guerre avec l' Autriche-Hongrie. Ce matin on annonce que, de son côté, l'Allemagne a déclaré la guerre à l'Italie. En vain le Cabinet de Vienne a-t-il tenté de retarder le dénouement inévitable en retenant le télégramme par lequel M. Sonnino chargeait, dès le 22 mai, le duc d'Avarna de signifier l'état de guerre au baron Burian. Sans attendre la réponse du duc d'Avarna M. Sonnino a invité les représentants du roi Victor-Emmanuel à l'étranger de faire part aux gouvernements près desquels ils sont accrédités de la déclaration de guerre adressée à Vienne. On ne sait pas encore si quelque chose a été fait à Constantinople. Mais il n'est pas douteux que l'Italie se considère déjà en état de guerre de fait avec la Turquie, alliée de l'Autriche-Hongrie et de l'Allemagne (>).

Voilà donc réalisés les espo'rs que les plus anciens amis de l'Italie et les défenseurs de la civilisation latine mettaient dans nos alliés de 1859, dans les héritiers de la grandeur romaine. Voilà rétablie entre les deux grandes nations des deux versants des Alpes l'accord que des malentendus, perfidement ourdis par la Germanie, avaient réussi à troubler. Au moment où l'Italie libre recourt aux armes aux côtés de la Triple-Entente pour achever son unité, il convient de rappeler que cette unité n'a jamais eu d'adversaires plus tenaces que les États allemands. Si le fameux programme de Napoléon III : « L'Italie libre des Alpes à l'Adriatique » ne put être complètement exécuté en 1859, ce ^ut à. cause de la menace allemande. C'est sur les États allemands, sur tous les membres de la Confédération germanique,

(2) Les nouvelles concernant l'état de guerre avec l'Allemagne et la Turquie n'étaient pas exactes.

qui réclamaient la mobilisation contre la France et 1& marche contre nos provinces de l'Est dégarnies de troupes, que retombe la responsabilité de la conclusion hâtive de la paix de Villafranca. Suivant sa funeste coutume, Napoléon III avait alors commis l'imprudence de ne pas prévoir et de ne pas se préparer. Mais, on ne saurait trop le redire, il eût tenu toutes les promesses de sa proclamation sans l'intervention hostile de l'Allemagne. Ce -n'est donc pas contre la France, ma:s contre l'Allemagne, que les Italiens, déçus dans de légitimes espoirs, auraient dû tourner leur irritation. Cette fois ils ne se sont pas laissé induire en erreur. Ils ont reconnu le véritable ennemi, l'ennemi héréditaire, celui qui, durant toute l'histoire moderne, s'est efforcé de les assujettir. Ils ont le même intérêt que nous à en finir une bonne fois avec les entreprises d'hégémonie germanique, brutales ou sournoises.

Notre cause est commune. Comme le dit si bien M. Millerand dans son télégramme au général Joffre et au général Gouraud, l'Italie va mener à nos côtés le combat pour la civilisation contre la barbarie. Une défaillance de l'Italie en une pareille crise eût produit les mêmes résultats chez elle qu'une défaillance de notre part 'à la fin de juillet 191 4 eût causés en France. On n'aurait échappé à la guerre que pour choir dans l'asservissement, d'abord déguisé, ensuite public. Les Allemands voulaient devenir les maîtres de l'Europe et du monde. Quand leurs hommes politiques alléguaient qu'ils désiraient le maintien de la paix, cela signifiait seulement qu'ils voulaient absorber leurs voisins l'un après l'autre. Mais ils étaient bien résolus à user de la force si l'hypocrisie échouait. La France a découvert le piège et relevé le défi. L'Italie le relève à son tour. Après elle d'autres

viendront. Par la faute de l'Austro- Allemagne le monde se trouve en présence de deux politiques, de deux civilisations qui s'excluent. Il faut que l'une triomphe de l'autre. Le triomphe de celle que nous défendons était déjà certain. L'intervention italienne le hâtera. Les ovations de la foule aux représentants de la Serbie et de la Roumanie à Rome nous donnent la confiance que l'Italie confond sa cause avec celle de l'indépendance des peuples.

Page 1