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CHAPITRE VI L'ANNIVERSAIRE DE LA GUERRE

LA PREMIERE ANNEE DE GUERRE. — LA MISE EN SCENE AUSTRO- ALLEMANDE. — LA LEGENDE DE L'ISOLEMENT DIPLOMATIQUE DE L' AUSTRO- ALLEMAGNE. — LE CALCUL DES FORCES ET DES COURAGES.

31 juillet 191 5. (2)

L'allemagne a déclaré la guerre à la Russie le Ier août 1 914. Quoiqu'elle ne l'ait déclarée à la France que le 3 août, qu'elle n'ait rompu avec la Grande-Bretagne que le 4 août au soir, que l'Autriche-Hongrie n'ait déclaré la guerre à la Russie que le 6 août, et qu'enfin l'état de guerre entre l'Autriche-Hongrie d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part, ait été proclamé seulement le 12 août, c'est bien le Ier août qu'il faut faire commencer la guerre européenne. Depuis deux semaines au moins elle était irrévocablement résolue à Berlin comme à Vienne. La mise en scène diplomatique imaginée par les

(2) Du 8 juillet aii 20 septembre l'auteur est resté absent de Paris pour raisons de santé.

gouvernements allemand et austro-hongrois avait seulement pour but de tromper, de déconcerter et de disloquer la Triple-Entente, de retarder la mobilisation russe et de maintenir l'Angleterre dans ses illusions pacifistes. Il convient de n'attacher aucune importance aux propos rassurants tenus pendant la période critique des négociations par de hauts personnages allemands ou austrohongrois.

En premier lieu, le mensonge officiel était alors de règle dans la bouche des Etats agresseurs ; ensuite, tous ces agents n'avaient pas été mis dans le secret ; probablement même plusieurs avaient été laissés intentionnellement dans l'ignorance de ce qui avait été décidé afin que leur bonne foi fît pl^us d'impression sur les gouvernements étrangers. Ils ne réussirent que trop bien dans certains milieux où, jusqu'au dernier moment, des hommes politiques, flattés de leurs confidences, crurent à la paix. Mais cette comédie fut courte. Quand sonna l'heure fixée d'avance pour la mise en marche de sa formidable machine, le grand état-major allemand, sans se préoccuper de considérations diplomatiques, lança contre la France des masses compactes déjà groupées dans la région frontière sous différents prétextes. Le 2 août, il viola la neutralité du Luxembourg qui se laissa faire, et le surlendemain celle de la Belgique qui résista. Le plan d'offensive foudroyante contre Paris, minutieusement combiné à Berlin, fut mis à exécution heure par heure comme il avait été conçu. Les boniments diplomatiques débités dans l'intervalle par les représentants de Guillaume II et de François-Joseph sur les tréteaux européens devaient simplement amuser le public jusqu'au coup de jtonnerre qui dissipa toutes les illusions.

A ce moment, le gouvernement allemand semblait

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