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BULGARE CONTRE LA SERBIE

12 octobre 1915.

Le nouveau ministère grec s'est présenté hier lundi devant la' Chambre. Le compte rendu télégraphique de la séance qui nous est parvenu ne jette pas une grande lumière sur la situation. Néanmoins, joint à d'autres indications, il peut servir à débrouiller un peu la situation. M. Zaïmis a répété devant la Chambre ce que les officieux disaient depuis la constitution du Cabinet. Il ne s'est pas mis en opposition avec M. Venizélos. Il ne s'est pas prononcé pour la neutralité absolue. 11 a seulement réservé la faculté d'adapter la politique de la Grèce avec les événements, « afin de mieux assurer les intérêts vitaux de la nation ». M. Venizélos aurait déclaré que les événements étaient déjà assez développés pour que la Grèce prît une décision sans plus tarder. M. Zaïmis, c'est-à-dire le roi, préfère attendre, tout en proclamant « que sa politique s'appuie sur les mêmes bases que la politique suivie par la Grèce depuis le début de la guerre européenne ». Comme M. Venizélos a présidé à cette dernière politique depuis le commencement de la guerre jusqu'au printemps, il n'existe pas de contradiction apparente entre la politique des deux hommes d'État. La différence se manifeste plutôt dans les méthodes. C'est pourquoi M. Venizélos, en répondant à M. Zaïmis, n'a pas rompu avec lui. Après s'être défendu de vouloir jeter le pays dans des troubles intérieurs, il s'est borné à justi-

fier sa propre méthode et à déclarer « qu'il donnera son appui au gouvernement aussi longtemps que celui-ci ne renversera pas les bases de la politique venizéliste ».

L'attitude de la Grèce dépend donc de l'idée que se font et se feront le roi Constantin et M. Zaïmis de l'influence des événements en cours sur les intérêts vitaux de la Grèce. M. Venizélos, qui voit clair du premier coup d'oeil, soutient qu'avec ou sans traité il faut soutenir la Serbie afin d'empêcher la Bulgarie de concourir à son écrasement et de venir ensuite avec toutes ses forces écraser la Grèce. « Si la Bulgarie était victorieuse, s'est-il écrié hier, l'hellénisme serait complètement détruit. » Cette vérité saute aux yeux, et depuis longtemps nous l'avons exprimée. Peut-elle échapper au roi ? Que l'Allemagne ait ou non signé le traité dont le texte a été publié hier et qui promet à la Bulgarie la Macédoine grecque, le danger est à peu près le même pour la Grèce. Le gouvernement bulgare actuel veut absolument s'emparer de toute la Macédoine sans parler d'une partie de l'Albanie. S'il n'a peut-être pas revendiqué Salonique dans ses tractations avec Berlin, c'est que la Germanie veut posséder ce port pour elle-même. Mais il poursuit avec ténacité l'hégémonie dans les Balkans. Or cette hégémonie et le triomphe turc consommeraient évidemment la ruine totale de l'hellénisme. Malgré toutes les alliances de famille et les sympathies personnelles, Constantin Ier ne peut pas ne pas voir cela. Il paraît qu'en recevant le ministre d'Angleterre, après la chute de M. Venizélos, ses premiers mots à Sir Francis Elliot auraient été : « Rien n'est changé dans notre politique. » On ne va pas tarder à voir si ces paroles sont exactes, car, depuis hier soir, la menace bulgare s'est transformée en actes. Dans la journée d'hier, les troupes bulgares ont franchi

la frontière serbe entre Racovitza et Zaïtchar. Cette dernière ville était désignée aux convoitises de l'ennemi. Située dans la vallée du Timok, à quelques kilomètres de la frontière, à la bifurcation des lignes de chemin de fer qui relient Negotin et le Danube avec Nich, la vallée du Timok avec celles de la Mlava et de la Morava, sa prise causerait une gêne énorme aux Serbes dont elle couperait les relations régulières avec la Roumanie. Elle porterait les Bulgares à une distance relativement courte de Nich, le siège actuel du gouvernement serbe, et permettrait à l'armée du tsar Ferdinand de menacer les derrières des troupes du roi Pierre qui luttent avec acharnement contre les Austro- Allemands débarqués dans les environs de Semendria. En tout cas l'attaque bulgare est aujourd'hui un fait accompli, la troisième guerre balkanique est déchaînée. Si la Grèce n'y prend pas part, elle se suicide. L'interprétation des clauses de son traité avec la Serbie est d'intérêt secondaire. Elle doit se battre pour se sauver, elle et l'hellénisme.

La question vitale se pose avec la même urgence à Bucarest. La jonction des Bulgares et des Austro-Allemands dans la vallée de la Morava impliquerait l'encerclement, l'étouffement, la mise hors de cause de la Roumanie. M. Jean Bratiano s'est enfermé jusqu'ici dans la plus prudente réserve. Il disait toujours qu'il attendait son moment. Le moment est venu. Si la Roumanie attendait plus longtemps, elle perdrait sa raison d'être.

Gauvain. — T. VIII. 26

DÉCLARATIONS DE M. VIVIANI SUR LES AFFAIRES D'ORIENTE — M. MADJAROF ET LA DIPLOMATIE GERMANO-TOURA- XIENNE.

13 octobre 1915.

M. Viviani a fait hier à la Chambre des députés la déclaration que tout le pays attendait avec impatience. Comme le commandaient les circonstances, cette déclaration comprend deux parties : des explications sur le passé, et des indications pour l'avenir. La première est comme les événements qu'elle expose, c'est-à-dire mauvaise. La seconde est excellente.

M. Viviani n'a fourni aucune justification de la politique suivie par les Alliés en Orient : il ne pouvait pas en fournir. Il a dû se contenter d'expliquer les erreurs commises, et l'explication n'est pas brillante. C'est plutôt un aveu. « Le traité de Bucarest, a dit le président du Conseil, avait laissé derrière lui en Bulgarie des rancunes profondes : ni le roi, ni le peuple bulgares ne se résignaient à perdre le fruit de leurs efforts et de leurs sacrifices et à porter la peine de la guerre injustifiée qu'ils avaient faite à leurs anciens alliés. » Quelle conclusion devions-nous tirer de ce fait ? Puisqu'il y avait dans les Balkans un Etat assoiffé de revanche contre d'autres Et< ts qui étaient nos amis et dont la coopération était pour nous de première importance, il fallait le mettre dans l'impossibilité de nuire. Par prudence et par scrupule, on pouvait tout d'abord tenter un effort à Sofia pour constater si la haine et la rancune y prévalaient sur le désir de réconciliation

avec les anciens alliés moyennant des concessions aussi avantageuses qu'honorables. Mais, dès le mois de novembre 1914, on fut fixé à cet égard. Le gouvernement bulgare répondit aux avances spontanées de M. Pachitch par une incursion de comitadjis dans la vallée du Vardar. Ensuite le Cabinet Malinof déclara qu'aucun accord ne serait possible si les territoires rétrocédés n'étaient pas immédiatement occupés par des troupes bulgares. Après ces réponses, il était inutile de poursuivre une négociation qui ne devait plus servir qu'à indisposer nos amis et à permettre au tsar Ferdinand d'exercer un chantage à Constantinople et à Berlin. Tous nos efforts devaient se •concentrer sur la mise en œuvre des autres forces balkaniques, qui penchaient plutôt vers nous. Pourtant on s'obstina à vouloir ramener le fils, prodigue bulgare dans le giron des Alliés. M. Yiviani n'a donné d'autre raison de cette aberration qu'une indulgence préexistante pour toutes les frasques bulgares. On retrouve des traces de ce tendre sentiment dans ses paroles d'hier : il a qualifié simplement d'injustifiée l'attaque brusquée du 29 juin 191 3. Que de ménagements encore à l'égard d'une politique de brigands!

Les journaux allemands ne se gênent plus maintenant pour se gausser de nous. Le Lokal-Anzêiger , qui est souvent officieux, nous le dit en propres termes : « Afin d'endormir M. Sazonof, la Bulgarie avait laissé toute liberté à son ministre, M. Madjarof, ami intime de l'Entente. Les actes et les opinions de M. Madjarof, ainsi que son maintien à Pétrograd, donnèrent à croire aux Russes que, malgré tout, la Bulgarie se rangerait du côté de l'Entente. » La même tactique fut suivie ailleurs. De même, en juillet et en août 1914, le prince Lichnowsky, le comte Mensdorf, le baron de Schœn et le comte Szecsen pro-

clamaient à Londres et à Paris la pureté des intentions de l'Austro-Allemagne. Et on les a crus jusqu'à l'invasion de la Belgique ! Cette foi aveugle dans les bonnes paroles de représentants d'Etats rivaux, sinon ennemis, ne s'explique que par des raisons qu'il vaut mieux pour l'instant ne pas préciser.

Sur le programme pour l'avenir, M. Viviani a dit ce qu'il fallait dire. Très énergiquement il a déclaré que, « sans affaiblir notre front, nous avions le devoir de remplir la mission que nous imposent notre intérêt et notre honneur ». Il a annoncé en même temps que les gouvernements français et britannique /étaient d'accord « sur l'importance des effectifs, conformément à l'avis de leurs autorités militaires », et que la Russie tenait à « se joindre à ses alliés pour porter secours au peuple serbe ». A la séance d'aujourd'hui, M. Viviani sera peut-être attaqué sur la question des effectifs. Nous espérons qu'il répondra vigoureusement. Il ne doit pas laisser mettre en doute son affirmation d'hier : « Xous sommes en plein accord avec le général en chef de nos armées en France. » Et puis la question d'Orient est, au plus haut degré, une question de gouvernement qu'il appartient au gouvernement de résoudre après s'être éclairé près de tous les hommes responsables. Le Parlement et le pays doivent se pénétrer de ces idées directrices : notre intérêt et notre honneur nous prescrivent de nous porter au secours de nos alliés sur le nouveau front où nos ennemis cherchent en ce moment la décision indirecte de la guerre européenne ; à supposer même que les troupes de secours arrivent trop tard pour donner la victoire aux Serbes, elles ne doivent pas moins être envoyées en Orient, car elles y seront en tout cas employées à une tâche d'une importance capitale ; si l'on ne peut empêcher la ligne

du Vardar d'être coupée, on peut prendre la route de Constantinople. Nous ne ferons qu'une concession sous ce rapport aux adversaires de l'expédition, c'est que le gouvernement doit prouver qu'il agit avec réflexion, avec méthode, avec un plan ou des plans alternatifs dont les détails soient étudiés avec soin.

Jusqu'ici l'esprit de prévision a fait étrangement défaut aux Alliés. On a cru supprimer les difficultés en supprimant les critiques et les informations déplaisantes. On a vécu dans l'imagination. On s'est amusé à refaire l'Europe sur le papier au lieu de concentrer sa pensée sur la défense de l'existence nationale. Il faut revenir aux réalités.

APPROBATION DE L EXPEDITION DE SALONIQUE PAR LA CHAMBRE FRANÇAISE. — DEMISSION DE M. DELCASSE. — DÉFECTION DE M. ZAÏMIS

14 octobre 1915.

La Chambre des députés a approuvé hier la politique extérieure exposée par M. Viviani, c'est-à-dire l'expédition de Macédoine, par 372 voix contre 9. Trouble et confuse sous certains rapports, la séance a été d'une parfaite netteté en ce qui concerne l'urgence d'envoyer des secours à nos alliés serbes et la nécessité de parer le coup porté par les Austro- Allemands en Orient. Aucun des interpellateurs n'a combattu le proiet gouvernemental. Ils se sont bornés à réclamer des éclaircissements. Au moment du vote, ceux d'entre eux qui ont trouvé la réponse du président du Conseil insuffisante se sont abstenus. En annonçant l'abstention de ses amis, l'orateur des

socialistes a tenu à préciser que cette attitude ne devait pas être considérée comme un signe d'opposition aux mesures prises ou à prendre dans les Balkans. Malgré les tristesses d'une discussion fertile en incidents provoqués par des questions d'un tout autre ordre, on ne peut donc que se féliciter du résultat de la séance d'hier. La nouvelle de la démission de M. Delcassé et les commentaires qu'on y ajoutait n'ont pas modifié les sentiments de la Chambre. Les efforts tentés pour faire dévier le débat ont heureusement échoué. S'il y a eu désaccord, comme on le prétendait, entre le ministre des affaires étrangères démissionnaire et le président du Conseil, qui lui succède au quai d'Orsay, la Chambre s'est prononcée clairement pour M. Viviani et ses collègues restés solidaires.

Le sentiment qui se manifeste avec force en France a gagné l'Angleterre. Même le Manchester Guardian et le Daily News se montrent favorables à l'expédition. La presse britannique semble maintenant unanime à reconnaître que, si ces nouvelles opérations sont méthodiquement préparées et sagement conduites, elles peuvent . produire de grands résultats sans nous exposer à des risques sérieux. Personne ne conteste qu'il y ait des risques. Ils sont inséparables de toute opération militaire, même de celles qui ' se présentent dans les meilleures conditions. Mais, dans la circonstance, ils seront réduits à un minimum. Si les Austro-Allemands portent en Orient des forces considérables, ils devront dégarnir leurs fronts de l'Est et de l'Ouest alors que les nôtres resteront intacts. L'ennemi courra donc un danger grave sur Pun au moins des deux fronts principaux s'il s'engage plus à fond dans les Balkans. Pour lui, dans cette circonstance-ci comme au commencement de la guerre,

"l'essentiel est la rapidité. Il n'a pas réussi au mois de septembre 191 4 malgré l'immense supériorité de sa préparation. Il ne réussira pas davantage cette fois si nous agissons avec prévoyance et énergie. De notre attitude dépend celle de la Roumanie et de la Grèce.

La Grèce, il est vrai, vient de renier officiellement son traité d'alliance avec la Serbie. Avant-hier, M. Zaïmis a fait dire à Nich que le gouvernement grec considère que le cas actuel n'implique pas le casas fœderis prévu par le traité d'alliance. Le prétexte invoqué est celui fourni par la presse allemande dès avant la chute de M. Venizélos, à savoir que l'alliance a été conclue en prévision d'une guerre purement balkanique, et non d'une conflagration générale. M. Zaïmis donne incidemment une autre raison : « La Grèce, qui demeure l'alliée de la Serbie, dit-il, dans sa note à M. Pachitch, croit que sa neutralité armée et vigilante sert les intérêts des deux pays et lui permet, en sauvegardant ses intérêts vitaux, de protéger, le cas échéant, ceux qui lui sont communs avec la Serbie. » De cette phrase ulysséenne on doit conclure que, suivant M. Zaïmis, les intérêts communs des deux pays ne seront en péril que lorsque les Bulgares auront pénétré dans les territoires macédoniens attribués à la Grèce et à la Serbie par le traité de Bucarest. Cette interprétation est aussi contraire à la lettre du traité qu'à l'intérêt bien entendu de la Grèce et à l'esprit du traité de Bucarest. Si la Bulgarie s'emparait, comme elle le médite, d'autres territoires serbes que ceux de Macédoine, l'équilibre balkanique établi en août 1913 n'en serait pas moins rompu.

En ce moment la peur de l'Allemagne, jointe à des sympathies dynastiques, domine la politique grecque. Toutefois cela pourra changer si l'on sait s'y prendre. Quand les troupes alliées seront en force en Macédoine,

un revirement pourra se produire dans les esprits les plus timorés. La Grèce, qui est avant tout un pays maritime , ne peut rester longtemps séparée des puissances qui possèdent la maîtrise de la mer. Après que la politique des Alliés se sera affirmée résolue, appuyée sur une armée solide, M. Zaïmis pourra changer de point de vue. N'oublions pas aussi que la majorité venizéliste est toujours là. On ne tardera pas à connaître la décision prise par l'Italie à la suite de la visite de M. Salandra au roi sur le front des Alpes au sujet de l'intervention. L'Italie dispose de gros effectifs qui ne trouvent point leur emploi dans la haute montagne. Elle se demande s'il ne sera pas plus facile de conquérir Trente et Trieste en Orient qu'en Carnie. Que l'Autriche-Hon^rie soit battue sur un terrain ou sur un autre, le résultat sera le même.

DECLARATION DE SIR EDWARD GRE Y SUR LES AFFAIRES D'ORIENT. — LE PRÉTENDU REVIREMENT BULGARE.

15 octobre 1915.

Sir Edward Grey a fait hier à la Chambre des Communes des déclarations analogues à celles de M. Viviani au Palais-Bourbon. Il a été aussi net, aussi énergique que le président du Conseil français. Il a démontré la nécessité de l'expédition de Macédoine et affirmé la volonté des Alliés de faire l'effort indispensable. « Sur quelque front que les combats aient lieu, a-t-il dit, la lutte et son issue sont indivisibles. » Cela est évident. Il faut aller où l'ennemi veut porter un coup décisif. Si nous le laissions écraser la Serbie et mater l'Orient, nous le retrouverions

ensuite avec des forces accrues et un prestige nouveau devant notre propre front. L'Angleterre serait particulièrement menacée. Elle deviendrait vulnérable en Egypte et aux Indes. On le comprend enfin à Londres. Il a fallu la menace directe de l'Allemagne en Asie pour que le Foreign Office reconnût l'importance de l'indépendance serbe. Jusque-là il dédaignait plutôt les affaires de ce petit peuple et cédait volontiers à la tentation de l'abandonner à la tutelle austro-allemande dans l'espoird'éviter des complications européennes- Il constate aujourd'hui que le chemin du Vardar mène au golfe Persique et au canal de Suez. Alors il organise une résistance acharnée. Mais le discours d'hier de Sir Edward Grey montre l'étendue de ses illusions antérieures.

« Au début de la guerre, a dit l'éminent diplomate, alors que la Serbie était la seule nation balkanique impliquée dans le conflit, nous n'avons pas cherché à y voir engager d'autres pays. » Voilà bien l'erreur fondamentale. Dans la guerre mondiale qui commençait, aucun des États balkaniques ne pouvait rester indéfiniment neutre. Les intérêts vitaux; de chacun d'eux étaient en jeu. Il importait donc de saisir les occasions propices pour enlever le concours des hésitants et prévenir par une action vigoureuse l'exécution des mauvais desseins des Etats inféodés à l'Allemagne. Au contraire, les Alliés prétendirent « localiser » la guerre. C'était précisément le plan austro-allemand. Ecoutons Sir Edward Grey nous exposer la politique suivie à l'égard de la Turquie : « Les Alliés et nous, nous avons assuré à la Turquie que, si elle restait neutre, les Alliés tiendraient la main à ce que ni la Turquie ni les Turcs ne souffrissent des stipulations du traité de paix. » Quelle bénédiction pour Envcr Pacha, Talaat Bey et leurs acolytes! On les garantissait contre

tout risque. Mais comment les Alliés conciliaient-ils cette garantie avec leurs projets de reconstitution de l'union balkanique aux frais de l'empire ottoman? Il est vrai que ces projets se précisèrent seulement après l'état de guerre avec la Turquie, c'est-à-dire en novembre 1914. Mais c'est dès septembre et octobre que les positions devaient être prises.

Depuis le mois de janvier 191 3 le gouvernement turc était indissolublement lié à l'Allemagne ; depuis le mois d'août 191 3 le gouvernement bulgare, maintenu au pouvoir malgré les désastres de juillet, méditait une revanche sanglante sur ses anciens alliés qu'il avait abominablement trahis. A Constantinople et à Sofia on préparait avec une égale duplicité les moyens de nous nuire. Cela crevait les yeux de tous les observateurs que le parti pris n'aveuglait point. La Turquie avait même décrété la mobilisation générale en même temps que l'Allemagne. Ce n'était point pour se prémunir contre une attaque bulgare puisqu'elle avait combiné, dès octobre 191 3, un plan d'action commune avec Je Cabinet de Sofia. Alors la Turquie n'était point en état de soutenir une guerre et les neuf dixièmes des Ottomans eussent accueilli les Alliés comme des libérateurs. Gn s'enteta pourtant dans la <^ localisation du conflit.

Il convient encore de retenir cet aveii de Sir Ed. Grey : « Etant donné les circonstances passées, la politique austro-allemande, qui consiste à fomenter des divisions et à envenimer les antipathies existantes, était d'exécution plus facile que celle avant pour but de réconcilier les Etats balkaniques et d'assurer leur union. » Oui, certes. Mais alors pourquoi s'être obstiné jusqu'à la fin de septembre 1915 à la poursuite d'une chimère? Nous lisons ce matin dans des interviews accordées à des

journalistes français par notre ministre à Sofia, lors de son voyage de retour, qu'un « revirement » s'est produit dans l'esprit du gouvernement bulgare, « précédemment bien disposé en notre faveur », après les revers russes. On explique toujours par des revirements les événements qu'on n'a pas su prévoir. Dans le cas particulier, le gouvernement bulgare est resté parfaitement conséquent avec lui-même. Il a simplement attendu pour se prononcer ouvertement que les circonstances lui fussent favorables. A ce sujet Sir. Ed. Grey a fait hier un autre aveu. Il a reconnu l'existence d'un traité secret entre la Bulgarie et les puissances centrales. Voilà plus d'un an que nous le disons ici. Il est triste que des gouvernements ne croient aux choses que lorsqu'ils ont des preuves écrites en mains. Il est des faits dont la signification vaut tous les documents.

Sir Ed. Grey n'a fait aucune allusion à la coopération italienne dont M. Viviani a cru pouvoir parler hier au Sénat. C'est sans doute qu'il n'avait pas encore reçu de Rome des informations suffisantes. Mais M. Viviani s'est dit autorisé à déclarer qu'il avait sujet de penser « que l'Italie ne restera pas étrangère à l'action commune ». On ne peut donc plus douter du concours effectif de l'Italie en Orient. Il s'agit seulement de savoir sur quel terrain il se produira.

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